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Apple et crise de la mémoire DRAM : Une stratégie pour étouffer les rivaux ?

Apple et crise de la mémoire DRAM : Une stratégie pour étouffer les rivaux ?
Apple et crise de la mémoire DRAM : Une stratégie pour étouffer les rivaux ?

Dans un marché secoué par l’envolée des prix de la mémoire DRAM et de la NAND, Apple apparaît comme l’un des rares acteurs capables d’absorber le choc. La firme sécurise ses approvisionnements à des tarifs que beaucoup de concurrents ne peuvent tout simplement pas suivre.

De là à y voir une manœuvre délibérée pour étouffer la concurrence, il y a un pas — encore loin d’être prouvé.

Un marché de la mémoire sous très forte tension

Le décor est désormais bien connu dans l’industrie : les prix des mémoires flambent sous l’effet de la demande liée à l’IA, pendant que les fabricants privilégient les marchés les plus rentables, notamment les serveurs et les SSD d’entreprise. Dès janvier, des rumeurs rapportaient que la hausse des coûts de la mémoire pesait déjà sur les perspectives de l’électronique grand public.

Cette tension ne touche pas tous les acteurs de la même manière. Apple, grâce à sa taille, à sa puissance d’achat et à la profondeur de son réseau de fournisseurs, serait mieux armé que des rivaux plus petits pour traverser cette phase sans trop abîmer sa compétitivité.

Apple paierait très cher pour verrouiller ses volumes

Jukan relaie l’idée que Apple a accepté des hausses de prix particulièrement sévères pour sécuriser sa mémoire mobile. Fin février on entendait déjà des informations selon lesquelles Apple aurait accepté une hausse de 100 % sur certains modules LPDDR5X fournis par Samsung pour la production de l’iPhone 17.

Cela ne signifie pas automatiquement qu’Apple « surpaie » sans logique. Dans un marché où les volumes sont contraints et où la visibilité reste courte, payer davantage peut simplement être le prix de la continuité industrielle. TrendForce note d’ailleurs que les cycles de négociation se raccourcissent et que les fournisseurs exigent plus facilement des hausses trimestrielles, ce qui réduit la marge de manœuvre des acheteurs, même les plus puissants.

L’idée d’un Apple achetant volontairement la DRAM à perte pour exclure ses concurrents du marché ne repose pas, pour l’instant, sur une démonstration documentée. Elle provient surtout d’une publication de Jukan, selon laquelle Apple achèterait « toute la DRAM mobile disponible » à des prix extrêmement élevés afin de priver ses concurrents d’un approvisionnement suffisant.

À ce stade, il faut être très clair : cette accusation n’est pas confirmée. Ce que les sources solides établissent, c’est un marché sous pression, des hausses de prix massives, et une Apple plus capable que d’autres d’encaisser ce choc. Elles ne démontrent pas qu’Apple mène une stratégie coordonnée de sabotage concurrentiel.

Apple joue sans doute la sécurisation, pas forcément la destruction

La lecture la plus prudente — et la plus crédible avec les éléments disponibles — est la suivante : Apple cherche avant tout à garantir ses lancements et ses volumes dans une période de pénurie. C’est une stratégie classique de leader industriel : accepter une baisse ponctuelle de marge pour éviter les ruptures, protéger son calendrier produit et conserver une image premium. Reuters rappelait déjà qu’Apple avait, par le passé, absorbé d’autres surcoûts plutôt que de les répercuter immédiatement sur ses clients.

Bien sûr, cet avantage logistique peut produire un effet collatéral très réel : des concurrents plus fragiles risquent d’être davantage comprimés par la hausse des coûts et la rareté de l’offre. Mais, il y a une différence entre bénéficier d’un rapport de force favorable et organiser intentionnellement une éviction du marché.

Un pari rationnel, mais pas sans risque

Apple n’est pas pour autant à l’abri d’un mauvais calcul. Si la tension sur la mémoire s’apaise plus vite que prévu, la firme pourrait avoir absorbé des coûts élevés sans avantage durable. Mais, la tendance générale décrite par TrendForce reste plutôt celle d’une pénurie prolongée, avec une capacité additionnelle significative qui n’est pas attendue avant fin 2027 au plus tôt. Dans cette optique, verrouiller les approvisionnements aujourd’hui peut sembler coûteux, mais rationnel.

Au fond, cette séquence raconte surtout autre chose : dans l’ère post-IA, la bataille des smartphones et des ordinateurs ne se joue plus seulement sur le design ou les fonctionnalités, mais sur la capacité à acheter les bons composants avant les autres. Apple le sait. Et même sans « sabotage », cela suffit déjà à inquiéter tout le secteur.

Tags : AppleDRAMiPhoneRAM
Yohann Poiron

The author Yohann Poiron

J’ai fondé le BlogNT en 2010. Autodidacte en matière de développement de sites en PHP, j’ai toujours poussé ma curiosité sur les sujets et les actualités du Web. Je suis actuellement engagé en tant qu’architecte interopérabilité.