Les derniers chiffres du marché des assistants IA semblent sans appel : ChatGPT reste largement en tête avec 54,7 % des visites web mondiales, tandis que Gemini atteint 27,4 % et Claude enregistre une croissance spectaculaire de 306 % sur un trimestre.
Pourtant, derrière ces statistiques impressionnantes se cache une réalité plus complexe : le trafic web n’est peut-être plus le meilleur indicateur pour mesurer l’influence réelle des intelligences artificielles.
À mesure que les assistants deviennent capables de répondre directement aux utilisateurs sans les envoyer vers des sites externes, les métriques héritées de l’ère du moteur de recherche commencent à perdre de leur pertinence.
ChatGPT reste leader, Gemini accélère, Claude explose
Selon les données compilées par Momentic à partir de Similarweb, ChatGPT conserve la première place avec 54,7 % des visites web parmi les principaux assistants IA mondiaux.
Mais, l’écart se réduit rapidement.

La progression de Gemini est particulièrement notable, tandis que Claude affiche la croissance la plus rapide du marché avec une hausse d’environ 306 % de son trafic entre janvier et avril 2026.
Aux États-Unis, Claude atteint même 12,5 % de part de marché web, dépassant largement sa moyenne mondiale.
Le problème : les visites Web ne racontent plus toute l’histoire
Le principal défaut de cette méthodologie est qu’elle repose sur une métrique héritée de l’époque des moteurs de recherche traditionnels. Or, les assistants IA sont justement conçus pour réduire le nombre de clics.
L’utilisateur pose une question. L’IA répond directement. Et dans de nombreux cas, aucun site web n’est visité.
Mesurer la popularité d’un assistant IA uniquement à travers les visites de son site devient donc de plus en plus comparable à mesurer l’audience d’une chaîne de télévision en comptant les personnes qui se rendent physiquement au studio.
Le signal existe, mais il ne reflète plus l’usage réel.
L’ère du « zéro clic » change tout
Depuis deux ans, l’industrie assiste à une montée en puissance du phénomène du « zero-click ». Les utilisateurs obtiennent leurs réponses directement dans l’interface de l’IA ou du moteur de recherche sans visiter de site externe.
Cette tendance est particulièrement visible chez Google. Les recherches enrichies par l’IA génèrent de moins en moins de clics vers les éditeurs traditionnels. Les réponses synthétiques remplacent progressivement la navigation classique entre les liens.

La même logique s’applique aux assistants conversationnels. Plus un assistant est performant, moins l’utilisateur ressent le besoin de quitter l’interface.
Paradoxalement, le succès de ces plateformes réduit donc la pertinence du trafic web comme indicateur de performance.
Les assistants ne jouent pas tous selon les mêmes règles
Autre limite importante : tous les acteurs ne concentrent pas leur activité sur le web. ChatGPT, Claude, Gemini ou Copilot disposent de modèles de distribution très différents.
Une part importante de l’utilisation de :
- OpenAI ChatGPT passe par les applications mobiles et les API ;
- Anthropic Claude est fortement utilisé dans les environnements professionnels ;
- Google Gemini est intégré à Android, Workspace et désormais à plusieurs services Apple ;
- Microsoft Copilot est principalement consommé dans Windows et Microsoft 365.
Aucune de ces utilisations n’apparaît réellement dans les statistiques de trafic web. Ainsi, un assistant peut gagner massivement des utilisateurs tout en affichant une croissance limitée de ses visites sur navigateur.
La vraie bataille se joue désormais dans la distribution
La dynamique actuelle du marché montre que la distribution devient l’arme principale des géants de l’IA. Gemini bénéficie de l’écosystème Google : Android, Search, Workspace et désormais les nouvelles intégrations Apple Intelligence, tandis que Claude progresse grâce à son adoption croissante auprès des développeurs et des entreprises, et ChatGPT conserve une avance importante grâce à sa notoriété et à son immense base d’utilisateurs.
La compétition ne consiste plus seulement à attirer du trafic sur un site Web, mais à devenir l’assistant intégré par défaut dans les appareils, les systèmes d’exploitation et les logiciels du quotidien.

Une métrique utile, mais insuffisante
Les chiffres de trafic publiés cette année restent intéressants pour observer les tendances du marché. Ils montrent clairement que l’avance historique de ChatGPT se réduit et que Gemini et Claude gagnent du terrain. Mais, ils ne doivent plus être interprétés comme un classement absolu de l’utilisation réelle des assistants IA.
À l’ère des réponses instantanées et des expériences sans clic, la métrique la plus importante n’est plus le nombre de visiteurs, mais la fréquence à laquelle une IA devient la réponse elle-même.
Et sur ce terrain, la bataille entre ChatGPT, Gemini et Claude ne fait que commencer.



