Le smartphone est en train de redécouvrir une règle que l’industrie croyait avoir domptée : quand la mémoire (DRAM pour la RAM, NAND pour le stockage) se renchérit brutalement, tout le reste suit.
Cette semaine, Lei Jun a été interrogé sur le sujet et a reconnu, en substance, que l’explosion de la demande liée à l’IA a créé une tension d’offre sur l’année écoulée, faisant grimper les prix et mettant sous pression les marges de Xiaomi et de ses autres gammes de produits.
Il promet de “lisser” l’impact plutôt que de tout répercuter immédiatement sur les clients.
Pourquoi l’IA fait monter le prix des téléphones ?
Le mécanisme est moins mystérieux qu’il n’y paraît : la vague IA a dopé la demande de mémoire côté serveurs (et notamment HBM/DDR5), ce qui pousse les fondeurs et fabricants à privilégier les puces les plus rentables. Résultat : la disponibilité des mémoires “grand public” se tend, et les prix montent.
IDC parle même d’une crise durable, avec une croissance d’offre DRAM/NAND en 2026 sous les normes historiques, et des hausses de prix déjà sensibles.
Reuters va plus loin : fin février, l’agence rapporte qu’IDC anticipe une chute marquée des expéditions de smartphones en 2026, en pointant précisément la flambée des coûts mémoire comme facteur clé.
Ce que Xiaomi dit (et ce que Xiaomi ne dit pas)
Lei Jun adopte une ligne très “manufacturer reality check” : oui, les coûts s’envolent ; non, ce n’est pas soutenable d’absorber indéfiniment ; mais Xiaomi cherchera des moyens de rendre l’ajustement acceptable.
En parallèle, Xiaomi tente de rassurer sur sa capacité à sécuriser l’approvisionnement : Lu Weibing affirme que la marque n’est pas en situation de pénurie immédiate grâce à ses relations avec les grands fournisseurs — tout en prévenant que ce cycle pourrait durer jusqu’à fin 2027, un horizon particulièrement long.
“Hausse de prix” ou “baisse de specs” : les deux scénarios qui arrivent
Dans ce genre de cycle, les marques n’ont que trois leviers, et aucun n’est confortable :
- Monter les prix (même légèrement) — ce que le marché commence déjà à normaliser.
- Couper dans la fiche technique (moins de RAM, stockage plus lent, capteurs photo moins ambitieux) pour tenir les paliers psychologiques.
- Repositionner la gamme vers des modèles plus rentables, quitte à laisser mourir les vrais appareils d’entrée de gamme.
Counterpoint avait déjà averti que l’entrée de gamme serait la première victime : quand les coûts composants augmentent, les modèles à faibles marges deviennent les plus fragiles.
La tendance lourde : l’“entrée de gamme” se raréfie, le milieu de gamme gonfle
C’est le point le plus important à retenir : si la mémoire reste chère jusqu’en 2027, le marché ne va pas juste “augmenter”. Il va se recomposer.
• Les modèles sous certains seuils (200–250 € selon régions) risquent de devenir moins intéressants ou moins fréquents.
• Les marques vont pousser des “midrange premium” plus chers, mais mieux armés en marges.
• Et les fabricants qui vivent de volumes (Xiaomi, Oppo, Honor…) vont devoir arbitrer plus finement, marché par marché.
Cette recomposition est déjà dans les discours publics : Xiaomi parle de pression, Nothing parle de fin de l’ère des smartphones “bargain”, et les analystes décrivent un cycle mémoire atypique par sa violence et sa durée. 
Ce que ça signifie pour vous (très concrètement)
• Si vous comptiez sur une hausse gratuite des specs (plus de RAM/stockage au même prix) : ce modèle se casse.
• Attendez-vous à voir davantage de téléphones avec configurations de base plus modestes, ou des “versions” plus chères poussées comme nouveau standard.
• Et si Xiaomi tient sa promesse de “ne pas tout passer au client”, ce sera probablement via des promos, des bundles, ou une segmentation plus agressive — pas par magie.
La mémoire n’est pas le composant le plus sexy d’un smartphone. Mais en 2026, elle est en train de devenir le composant qui décide du prix — et de la disparition silencieuse de certains modèles.


