Les smartphones modulaires reviennent régulièrement hanter l’industrie, entre promesse de liberté et échecs retentissants. À l’approche du MWC 2026 (2–5 mars, Barcelone), TECNO tente une relance plus maligne : une plateforme d’accessoires magnétiques qui promet d’ajouter des fonctions sans transformer le téléphone en « brique ».
En effet, cette fois, c’est TECNO qui entre dans l’arène avec un concept étonnamment séduisant : un téléphone ultra-fin de 4,5 mm, pensé comme une base minimaliste à laquelle on viendrait greffer des modules selon ses besoins.
TECNO vend une vision : le smartphone n’est plus un objet figé, mais une base « slim » sur laquelle on clipse — à la demande — des modules orientés photo, gaming, communication off-grid ou autonomie. Le cœur du message est clair : l’IA et les usages intensifs augmentent la demande de calcul et d’énergie, mais les utilisateurs ne veulent pas d’un appareil plus lourd au quotidien.
Une idée familière : du rêve de Project Ara aux Moto Mods
Si le concept vous rappelle quelque chose, c’est normal. Le projet le plus ambitieux reste Project Ara de Google, qui promettait un smartphone entièrement personnalisable, avec des composants interchangeables à la volée. Visionnaire, mais trop complexe : il n’a jamais atteint le marché.
Plus tard, Motorola a tenté l’expérience avec ses Moto Mods, et LG avec le G5 modulaire. Sans succès durable.
Plus récemment, Fairphone a misé sur la réparabilité et l’évolutivité, tandis que Nothing a exploré quelques accessoires externes. Mais, aucun n’a réellement imposé une modularité grand public et pérenne.
La proposition TECNO : partir du minimalisme
La différence chez TECNO tient dans l’approche : au lieu de concevoir un téléphone « segmenté », la marque imagine un smartphone ultra-fin de 4,5 mm, presque une carte électronique premium. Pour donner un ordre d’idée, c’est plus fin qu’un iPhone récent — l’iPhone Air étant cité à 5,6 mm. À ce niveau, la contrainte évidente, c’est l’autonomie.
Pour compenser, TECNO prévoit un module batterie externe de 4,5 mm, capable de doubler l’autonomie. L’idée est simple : garder un téléphone minimal au quotidien, puis clipser de l’énergie supplémentaire quand nécessaire.

ATOM vs MODA : deux esthétiques pour raconter le même futur
Le concept sera montré en deux « éditions » :
- ATOM Edition : aluminium argenté, accents rouges, approche minimaliste.
- MODA Edition : look plus expressif, assumant la dimension « geek » et la modularité visible.
TECNO ne cache pas sa stratégie : faire du modulaire non pas un compromis, mais un style.
Neuf modules annoncés
La marque évoque également neuf modules magnétiques orientés vers : la photographie, la communication hors réseau, le gaming, et potentiellement des modules liés à l’IA. Le système reposerait sur un attachement magnétique avec pogo pins, capable de gérer alimentation et transfert de données haut débit. Un maillage magnétique (« zone grid ») permettrait un enclenchement rapide et sécurisé.
Sur le papier, l’approche ressemble à un croisement entre Project Ara et les Moto Mods, mais avec une base bien plus fine et une promesse de simplicité accrue.
Le vrai défi : l’écosystème, pas le hardware
TECNO n’en est pas à son coup d’essai côté concepts audacieux — la marque avait déjà présenté un smartphone trifold ultra-fin ainsi que des lunettes connectées orientées IA. Mais, l’histoire des smartphones modulaires est implacable : le problème n’est pas l’idée, c’est la continuité.
Pour que cela fonctionne, TECNO devra :
- Maintenir un système d’attache identique sur plusieurs générations.
- Garantir la compatibilité descendante.
- Convaincre des partenaires tiers de créer des modules.
Sans écosystème stable, les accessoires deviennent obsolètes au changement de téléphone — et l’argument modulaire s’effondre.
Modularité pragmatique ou démonstration technologique ?
Le concept TECNO est séduisant, car il inverse la logique actuelle : au lieu d’acheter un smartphone surdimensionné « au cas où », on achète une base fine et on ajoute selon l’usage. C’est presque une vision plus durable — si la compatibilité tient dans le temps. Mais, la modularité impose une discipline industrielle rare : standardisation, vision long terme, gestion des coûts. Autant de terrains où même Google a échoué.
La vraie question n’est donc pas « est-ce possible techniquement ? ». Elle est : TECNO peut-il bâtir un écosystème avant que le marché ne perde patience ?
Si la marque réussit, elle pourrait redéfinir la notion même de smartphone premium : non plus un objet figé, mais une plateforme évolutive. Sinon, ce sera un chapitre de plus dans l’histoire fascinante — et fragile — des téléphones modulaires.



