Meta n’abandonne finalement pas totalement Horizon Worlds en réalité virtuelle. Du moins, pas tout de suite. Après avoir annoncé lundi la fin de l’expérience VR au 15 juin 2026 au profit d’un recentrage sur mobile, le groupe a nuancé sa position deux jours plus tard : lors d’une session de questions-réponses sur Instagram, le CTO Andrew Bosworth a indiqué que les mondes VR existants resteraient accessibles et que l’application Horizon Worlds sur casque resterait téléchargeable « pour un avenir prévisible ».
Horizon Worlds : Un rétropédalage partiel, pas un retour en arrière
Il faut bien mesurer ce que cela signifie. Meta ne relance pas Horizon Worlds en VR comme si rien ne s’était passé. Bosworth précise au contraire que l’entreprise ne prévoit pas de nouveaux jeux ou grandes nouveautés VR pour la plateforme, et que l’effort principal reste dirigé vers la version mobile, là où se trouve désormais « la majeure partie de l’énergie des créateurs et des consommateurs ».
Autrement dit, la VR survit, mais en mode conservation plus qu’en mode expansion.
La raison officielle est assez simple : les utilisateurs attachés à Horizon Worlds en VR se sont manifestés. Bosworth dit explicitement que Meta veut continuer à soutenir « les fans qui y tiennent vraiment ». Cela ressemble à un geste d’apaisement, mais aussi à un aveu implicite : même affaiblie, la base VR reste suffisamment vocale pour rendre une fermeture brutale politiquement coûteuse en interne comme en externe.
Cette dernière phrase est une analyse fondée sur le revirement public et sur la justification donnée par Bosworth.

Meta continue pourtant de se retirer de plusieurs paris VR
Ce changement de cap n’efface pas la tendance de fond. Les dernières semaines ont confirmé la fragilité de la stratégie logicielle VR de Meta. The Verge rapporte que Reality Labs a récemment subi des licenciements touchant environ 10 % de la division, ainsi que la fermeture de trois studios VR. Le même article rappelle aussi l’arrêt des nouveaux contenus pour Supernatural et la fin du métaverse orienté travail.
Autrement dit, même si Horizon Worlds reste en ligne sur casque « pour un avenir prévisible », la dynamique générale ne change pas vraiment : Meta réduit son exposition aux expériences VR qui n’ont pas trouvé un vrai modèle d’adoption.
Le métaverse selon Bosworth est devenu beaucoup plus large… au point de se diluer
L’aspect le plus révélateur du discours de Bosworth n’est peut-être pas la survie de l’app VR, mais sa définition du métavers. Il explique que Meta le voit depuis longtemps comme quelque chose de plus large que la seule réalité virtuelle : un espace mêlant VR, AR, objets numériques superposés au monde physique, et même des situations aussi banales qu’une personne absorbée par son téléphone à la table du dîner.
Cette vision a un avantage évident pour Meta : elle permet de dire que le métavers n’a pas échoué, mais qu’il s’est simplement diffusé ailleurs. Le problème, c’est qu’en élargissant autant le concept, l’entreprise le rend aussi beaucoup moins distinctif. À ce stade, le métavers devient presque synonyme de vie numérique connectée. Cette conclusion est une interprétation, pas une citation de Meta.
Ce que ce revirement dit vraiment
Au fond, Meta ne « sauve » pas Horizon Worlds en VR. L’entreprise évite surtout d’envoyer un signal trop brutal d’abandon total. La plateforme reste là pour ne pas rompre complètement avec les utilisateurs les plus engagés, mais le centre de gravité a déjà bougé vers le mobile, et plus largement vers d’autres paris comme les lunettes connectées, l’IA et l’AR légère.
La situation résume assez bien le moment actuel de Meta : le groupe ne veut plus porter seul le poids symbolique du métavers en VR, mais il ne veut pas non plus prononcer sa mort officielle. Il préfère le laisser flotter dans une zone intermédiaire, assez vivant pour ne pas choquer, mais plus assez central pour orienter réellement sa stratégie.



