Lenovo vient de déclencher le réflexe le plus classique des périodes de tension composants : « commande maintenant, discute après ». Selon une lettre adressée aux partenaires en Amérique du Nord, Lenovo anticipe des augmentations de prix sur plusieurs gammes commerciales — côté PC (Intelligent Devices Group) comme côté serveurs/infra (Infrastructure Solutions Group) — et pointe directement du doigt la volatilité des marchés DRAM et 3D NAND, dopés par la demande data centers/IA.
Les éléments clés rapportés par la presse spécialisée sont très opérationnels — et donc très parlants pour les acheteurs :
- Accélération des commandes : Lenovo recommande à ses partenaires de passer commande avant le 25 février, avec une remontée des distributeurs avant le 28 février pour sécuriser les prix actuels.
- Risque de changement de prix même après commande : même si une commande est enregistrée avant le 28 février, elle pourrait être repricée si elle n’est pas expédiée avant le 31 mars 2026.
- Validité plus courtes côté ISG : Lenovo aurait aussi raccourci les fenêtres de validité des devis pour les produits infra (14 jours pour certains cas internes, 30 jours pour d’autres), avec une logique « prix ajustables jusqu’à l’expédition » qui se généralise dans le secteur.
Le message implicite : la chaîne d’approvisionnement ne garantit plus le prix, elle garantit au mieux une intention — et tout le monde se protège contre le scénario « commande aujourd’hui, expédition plus tard, coût mémoire entre-temps +X % ».
Pourquoi maintenant : DRAM/NAND sous pression, effet domino IA
Lenovo n’est pas seul. Le contexte est celui d’un marché mémoire redevenu « vendeur » : la demande IA et data centers met sous tension DRAM et NAND, avec des hausses qui se répercutent ensuite sur l’équipement entreprise (PC, serveurs, stockage, réseau).
C’est d’ailleurs ce qui rend la communication Lenovo crédible : elle s’inscrit dans un mouvement plus large où d’autres OEM ajustent déjà leurs conditions.
Dell, HPE, Cisco : même musique, mêmes clauses
HPE a averti ses partenaires « d’ajustements de prix » et a, lui aussi, raccourci les fenêtres de validité (14 jours évoqués), tout en ouvrant la porte à des ajustements jusqu’à expédition selon les termes.
Cisco a modifié des clauses des chaînes dans le même esprit (capacité à ajuster prix/annuler certaines commandes plus proches de la date d’expédition), signe que la volatilité des composants est devenue contractuelle.
Autrement dit, ce n’est pas « Lenovo augmente », c’est l’industrie qui raccourcit ses promesses.
Ce que ça change pour les entreprises (concrètement)
Si vous avez des refreshs prévus sur Q1/Q2 2026, Lenovo envoie un signal clair : le timing va compter autant que la configuration. Ainsi, si vous avez des projets déjà budgétés : sécuriser les commandes avant les dates clés (25/28 février) limite le risque… mais l’élément critique devient la date d’expédition (31 mars). Si vous êtes en phase d’appel d’offres : des devis plus courts + conditions « prix à la livraison » obligent à raccourcir le cycle de décision ou à intégrer une clause d’indexation.
Et, si vous planifiez un basculement infra : prévoyez des marges de manœuvre, car les coûts mémoire ne touchent pas seulement le « GPU de rêve », mais aussi les configurations standard.
Une hausse de prix, ou un nouvel âge contractuel ?
Les hausses passeront peut-être. Les clauses, elles, restent souvent. L’enjeu est là : l’IA transforme les marchés composants en zones de turbulence permanente, et les OEM adaptent leur modèle de vente pour ne plus absorber le risque.
Pour les acheteurs, la bonne question n’est donc pas « est-ce que ça augmente ? », mais « qui porte l’incertitude — et jusqu’à quand ? »



