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AWS et Microsoft Azure bientôt sous le Digital Markets Act : l’Europe cible désormais le cloud

AWS et Microsoft Azure bientôt sous le Digital Markets Act : l’Europe cible désormais le cloud
AWS et Microsoft Azure bientôt sous le Digital Markets Act : l’Europe cible désormais le cloud

Après les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et les boutiques d’applications, l’Union européenne pourrait bientôt s’attaquer à un autre pilier du numérique : le cloud computing.

Selon plusieurs informations relayées par Bloomberg, la Commission européenne s’apprête à publier dès la semaine prochaine des conclusions préliminaires indiquant qu’Amazon Web Services (AWS) et Microsoft Azure répondraient aux critères permettant leur désignation comme « gardiens » dans le cadre du Digital Markets Act (DMA).

Une décision définitive n’est pas attendue avant la fin de l’année 2026, mais les conséquences potentielles pour l’industrie du cloud pourraient être considérables.

Le DMA pourrait s’étendre au cloud

Jusqu’à présent, le Digital Markets Act ciblait principalement les plateformes numériques grand public. Le règlement européen s’applique déjà à plusieurs géants technologiques : Alphabet, Amazon, Apple, ByteDance, Meta et Microsoft.

Cependant, les services concernés étaient essentiellement les moteurs de recherche, les boutiques d’applications, les réseaux sociaux, les plateformes publicitaires et les services de messagerie. L’intégration d’AWS et d’Azure en tant que gardiens du cloud représenterait donc une évolution majeure du cadre réglementaire européen.

La Commission européenne estime que Microsoft et Amazon occupent une position particulièrement dominante sur le marché mondial des infrastructures cloud. Cette préoccupation s’est renforcée après plusieurs incidents majeurs observés ces dernières années.

Parmi les exemples les plus marquants :

  • Une panne AWS ayant perturbé les services d’Apple, Epic Games et McDonald’s.
  • Une interruption d’Azure ayant affecté Alaska Airlines.
  • Des difficultés techniques ayant bloqué certains votes du Parlement écossais.

Ces événements ont mis en lumière une réalité devenue difficile à ignorer : une partie importante de l’économie numérique repose aujourd’hui sur un nombre extrêmement limité de fournisseurs.

Le verrouillage des clients au cœur des préoccupations

L’un des principaux sujets étudiés par Bruxelles concerne le phénomène de « cloud lock-in ». En pratique, de nombreuses entreprises rencontrent des difficultés lorsqu’elles souhaitent migrer leurs applications ou leurs données vers un autre fournisseur.

Les obstacles sont multiples : coûts élevés de migration, compatibilités limitées, dépendances techniques complexes et contrats de long terme. L’Europe considère que ces barrières peuvent réduire la concurrence et limiter la liberté de choix des entreprises.

Si AWS et Azure sont officiellement désignés comme des « gardiens », ils pourraient être contraints de faciliter beaucoup plus largement l’interopérabilité entre plateformes.

Ce que risquent Amazon et Microsoft

Une désignation officielle sous la DMA entraînerait plusieurs obligations importantes. Les deux groupes pourraient notamment devoir simplifier les transferts de données, améliorer l’interopérabilité avec les services concurrents, limiter certaines pratiques favorisant leurs propres services ou réduire les mécanismes de verrouillage technologique. En cas de non-respect, les sanctions prévues par le DMA sont particulièrement sévères.

Les amendes peuvent atteindre 10 % du chiffre d’affaires mondial annuel, et jusqu’à 20 % en cas de récidive. Pour des entreprises générant plusieurs centaines de milliards de dollars de revenus, les montants potentiels se chiffreraient en dizaines de milliards.

Une opportunité pour les acteurs européens

L’initiative pourrait également rebattre les cartes du marché européen du cloud. Aujourd’hui, les hyperscalers américains dominent largement le secteur. Selon plusieurs estimations, AWS, Azure et Google Cloud représentent près de 70 % des revenus du cloud en Europe. Des acteurs locaux comme OVHcloud, Hetzner ou encore Scaleway pourraient bénéficier d’un environnement plus ouvert et plus favorable à la concurrence.

L’objectif européen est clair : réduire progressivement la dépendance stratégique aux infrastructures américaines.

Une décision hautement politique

Le dossier dépasse largement les seules questions techniques. Le Digital Markets Act est devenu l’un des principaux sujets de friction entre Bruxelles et Washington. L’administration Trump a déjà critiqué à plusieurs reprises les réglementations européennes visant les géants technologiques américains. Les sanctions récemment infligées à Apple et Meta ont encore renforcé ces tensions.

L’extension du DMA au secteur du cloud pourrait donc ouvrir un nouveau front dans les relations économiques transatlantiques.

Le cloud devient un enjeu de souveraineté

Cette enquête illustre une évolution plus profonde de la vision européenne du numérique. Pendant longtemps, le cloud a été considéré comme une simple infrastructure technique. Aujourd’hui, il est perçu comme un enjeu stratégique comparable à l’énergie ou aux télécommunications.

Les entreprises, les administrations et les services publics reposent désormais sur ces infrastructures pour leurs opérations quotidiennes.

Dans ce contexte, la question n’est plus uniquement de savoir qui fournit le cloud, mais dans quelle mesure les États et les entreprises conservent leur capacité de choix. Si AWS et Azure sont effectivement désignés comme gatekeepers, 2026 pourrait marquer un tournant historique dans la régulation mondiale du cloud computing.

Tags : AWSAzureDMAEUeurope
Yohann Poiron

The author Yohann Poiron

J’ai fondé le BlogNT en 2010. Autodidacte en matière de développement de sites en PHP, j’ai toujours poussé ma curiosité sur les sujets et les actualités du Web. Je suis actuellement engagé en tant qu’architecte interopérabilité.