Treize ans après Google Glass, l’industrie des lunettes connectées se retrouve confrontée aux mêmes questions : jusqu’où peut aller la technologie avant de franchir la frontière de la vie privée ?
Les lunettes intelligentes de Meta connaissent actuellement un succès que Google n’avait jamais réussi à atteindre avec ses célèbres Google Glass. Pourtant, une récente enquête de WIRED pourrait raviver les inquiétudes qui avaient contribué à l’échec du projet de Google au début des années 2010.
Selon les informations découvertes dans le code de l’application compagnon des Ray-Ban Meta, la société travaillerait sur un système de reconnaissance faciale baptisé « NameTag ». Une technologie qui, si elle venait à être déployée, pourrait permettre aux lunettes d’identifier automatiquement les personnes croisées dans la rue ou lors d’événements.
Un système déjà largement intégré à l’écosystème Meta
D’après l’analyse de WIRED, plusieurs composants liés à NameTag seraient présents dans l’application Meta AI depuis le mois de janvier. Le système reposerait sur trois modèles d’intelligence artificielle distincts.
Le premier détecterait les visages dans le champ de vision de la caméra embarquée. Le deuxième isolerait et enregistrerait ces images sur le smartphone associé. Enfin, un troisième module comparerait les données biométriques capturées à des « empreintes faciales » déjà stockées localement sur l’appareil.
Autrement dit, l’infrastructure technique nécessaire à l’identification de personnes semblerait déjà en place, même si la fonctionnalité reste désactivée pour le grand public.
Cette découverte fait écho à une autre fuite apparue en mai dernier, lorsque certains utilisateurs avaient repéré dans l’application Meta AI une fonction baptisée « Connections », accompagnée du message : « Remember the people you met » (« Souvenez-vous des personnes que vous avez rencontrées »).
Meta tente de calmer les inquiétudes autour des Ray-Ban Meta
Face à la médiatisation du dossier, Meta a rapidement réagi. Ryan Daniels, porte-parole de l’entreprise, a déclaré que ces éléments ne constituaient pas la preuve d’un lancement imminent. Selon lui, il s’agirait simplement d’expérimentations internes et aucune décision définitive n’aurait été prise concernant une éventuelle commercialisation.
Meta affirme également ne pas développer de base de données biométrique centralisée destinée à collecter les visages des utilisateurs. L’entreprise assure que toute future évolution dans ce domaine serait annoncée publiquement et accompagnée d’informations transparentes sur son fonctionnement.
Une réponse attendue, mais qui ne suffit pas à dissiper totalement les interrogations. Dans l’univers de la tech, de nombreuses fonctionnalités ont déjà été découvertes dans des versions préliminaires bien avant leur lancement officiel.
Une controverse qui ne date pas d’hier
Le dossier NameTag n’est pas une révélation totalement nouvelle. Dès février, le New York Times évoquait déjà l’existence d’un projet de reconnaissance faciale au sein de Meta, en s’appuyant sur des documents internes. Certains passages de ces documents avaient particulièrement attiré l’attention. Ils suggéraient notamment que le contexte politique actuel pourrait détourner l’attention des critiques potentiellement adressées à cette technologie.
Même si ces réflexions ne constituent pas une stratégie officielle de l’entreprise, elles ont renforcé les craintes des défenseurs de la vie privée, déjà méfiants à l’égard des dispositifs de captation visuelle portés sur le visage.
Au-delà de NameTag, un débat plus large sur les lunettes connectées
La polémique dépasse aujourd’hui le simple cadre d’une fonctionnalité expérimentale.
Plusieurs chercheurs et experts en sécurité ont déjà démontré qu’il était possible de modifier physiquement certains modèles de lunettes connectées afin de désactiver le voyant lumineux censé signaler un enregistrement vidéo. Une pratique qui soulève des questions évidentes sur le consentement des personnes filmées.
Par ailleurs, Meta a déjà été confrontée à des critiques concernant le traitement des données capturées par ses produits d’intelligence artificielle. Ces controverses alimentent une méfiance persistante autour de tout projet impliquant des données biométriques.
Le défi est particulièrement sensible pour les lunettes connectées. Contrairement à un smartphone, dont l’utilisation est visible et explicite, ces appareils peuvent enregistrer des informations de manière beaucoup plus discrète, voire imperceptible pour les personnes environnantes.
Meta peut-elle éviter l’erreur de Google ?
L’histoire de Google Glass reste un précédent marquant. Malgré son avance technologique, le produit avait été rejeté en grande partie à cause des inquiétudes liées à la surveillance et à la vie privée.
Meta se trouve aujourd’hui dans une position différente. Les Ray-Ban Meta bénéficient d’un design plus discret, d’une meilleure intégration logicielle et d’un accueil commercial nettement plus favorable.
Mais, l’arrivée d’une reconnaissance faciale embarquée pourrait faire ressurgir les mêmes résistances sociétales.
Il n’est donc pas impossible que Meta choisisse finalement d’abandonner NameTag avant son lancement officiel. L’entreprise avait déjà renoncé en 2021 à son système de reconnaissance faciale sur Facebook après de fortes critiques réglementaires et médiatiques.
Une chose est certaine : la technologie est désormais prête. La véritable question n’est plus de savoir si les lunettes intelligentes peuvent reconnaître les visages, mais si les utilisateurs, les régulateurs et la société sont prêts à accepter qu’elles le fassent.



