Jusqu’où l’intelligence artificielle est-elle déjà capable de remplacer certaines tâches professionnelles ? Pour la première fois, un grand laboratoire d’IA a posé directement la question à ses utilisateurs. Jusqu’où utilisons-nous Claude ?
Les réponses publiées par Anthropic dans la dernière édition de son Economic Index dressent un portrait fascinant de l’adoption de l’IA au travail, tout en rappelant les limites d’une telle photographie.
Une enquête qui mesure autant les usages que les perceptions
Publiée le 26 juin 2026, cette nouvelle édition de l’Anthropic Economic Index repose sur près de 9 700 utilisateurs actifs de Claude. Contrairement aux précédentes études, qui se limitaient à analyser les conversations avec l’assistant, Anthropic a demandé aux utilisateurs d’évaluer eux-mêmes la part de leur travail que l’IA est aujourd’hui capable d’effectuer.
Les résultats sont frappants.

Près de 50 % des répondants estiment que Claude peut déjà réaliser au moins la moitié de leurs tâches professionnelles. Plus marquant encore, 4 % considèrent que l’IA est désormais capable d’effectuer 100 % de leur travail. L’étude se projette également dans un avenir proche. Environ 26 % des personnes interrogées pensent que, d’ici un an, l’IA prendra en charge la majorité de leurs missions professionnelles.

Pour renforcer la crédibilité des réponses, Anthropic a associé les déclarations des participants à leurs véritables sessions Claude grâce à son système d’analyse confidentielle CLIO, permettant de comparer les perceptions avec les usages réels.
Les tâches les plus facilement automatisées
L’étude confirme une tendance déjà observée depuis plusieurs mois : l’IA excelle surtout lorsqu’il s’agit de produire un livrable clairement défini. Parmi les catégories les plus représentées figurent la rédaction de requêtes SQL et de bases de données, la création d’articles et de billets de blog, la production de contenus marketing, les présentations professionnelles et les travaux académiques.

À l’inverse, les activités reposant davantage sur la coordination humaine, la prise de décision ou les interactions sociales restent beaucoup moins automatisées.
Autrement dit, lorsque les utilisateurs déclarent que l’IA réalise « 50 % de leur travail », ils parlent principalement des tâches de production, et non de l’ensemble des responsabilités qui composent un métier.
Les utilisateurs les plus avancés sont aussi les plus optimistes
L’un des enseignements les plus surprenants concerne les utilisateurs intensifs de Claude. Ceux qui délèguent déjà le plus grand nombre de tâches à l’IA sont également ceux qui se montrent les plus confiants quant à leur avenir professionnel.
Loin d’y voir une menace directe, beaucoup estiment que l’IA augmente la valeur de leurs compétences plutôt qu’elle ne les remplace.
Anthropic souligne également que cette perception est remarquablement homogène : quel que soit le secteur d’activité, le niveau d’expérience ou la localisation géographique, les répondants anticipent une progression rapide des capacités de l’intelligence artificielle au cours des prochaines années.
Une photographie qui ne représente pas tout le marché du travail
L’étude comporte toutefois une limite importante. Les 9 700 participants sont tous des utilisateurs actifs de Claude. Ils représentent donc une population déjà familiarisée avec les outils d’IA générative, et probablement plus encline à intégrer ces technologies dans son quotidien professionnel.
Les travailleurs les plus exposés à une substitution par l’IA pourraient, paradoxalement, ne pas apparaître dans cette enquête. Anthropic reconnaît ce biais de sélection, tandis que plusieurs études indépendantes viennent apporter un éclairage complémentaire. Des travaux publiés par la Federal Reserve Bank of Dallas montrent que le ralentissement de l’emploi touche particulièrement les jeunes diplômés dans les secteurs fortement exposés à l’automatisation.
De son côté, Goldman Sachs estime que l’IA entraînerait déjà la disparition nette d’environ 16 000 emplois par mois, principalement dans les fonctions administratives et les postes d’entrée de carrière.
Ces profils utilisent souvent peu les assistants IA avancés, ce qui explique leur sous-représentation dans l’étude d’Anthropic.
Les jeunes actifs restent les plus inquiets
L’enquête confirme néanmoins une tendance largement observée ailleurs. Les professionnels en début de carrière sont ceux qui estiment que l’IA peut prendre en charge la plus grande partie de leurs missions. Ils sont également les plus préoccupés par un éventuel remplacement. Cette inquiétude s’explique en partie par la nature des postes juniors, souvent constitués de tâches structurées, répétitives et facilement automatisables.
À l’inverse, les fonctions plus expérimentées reposent davantage sur la stratégie, la coordination, la négociation ou le management, des domaines où l’IA reste aujourd’hui davantage un outil d’assistance qu’un substitut.
L’autonomie progresse, mais l’humain reste au centre
Les données comportementales analysées par Anthropic montrent également une évolution intéressante. Les utilisateurs de Claude Code, destiné au développement logiciel, confient à l’IA des missions nécessitant un niveau d’autonomie bien supérieur à celui observé dans les conversations classiques.
Pour autant, les professionnels travaillant sur les projets les plus complexes ne deviennent pas moins impliqués.
Au contraire. Les sessions les plus sophistiquées mobilisent davantage d’interactions humaines, davantage de vérifications et davantage de décisions. L’IA automatise certaines étapes, mais elle augmente aussi le niveau de supervision nécessaire lorsque les enjeux deviennent plus importants.
Une transition déjà engagée, mais loin d’être achevée
L’enseignement principal de cette étude ne réside peut-être pas dans le chiffre de 50 %, mais dans l’évolution des mentalités. Une part croissante des utilisateurs considère désormais l’IA comme un véritable collaborateur capable d’assumer une portion significative du travail quotidien.
Cela ne signifie pas que les métiers disparaissent du jour au lendemain.
Les résultats montrent surtout que les tâches les plus standardisées basculent progressivement vers des assistants capables de produire rapidement des livrables de qualité, tandis que les responsabilités nécessitant du jugement, du contexte et des interactions humaines demeurent largement entre les mains des professionnels.
La véritable question n’est donc plus de savoir si l’IA transformera le travail, mais à quelle vitesse cette transformation s’étendra au-delà des premiers utilisateurs déjà convaincus.



