Il a fallu plus d’un demi-siècle pour revoir une fusée habitée quitter la Floride avec la Lune pour horizon. Le 1er avril 2026, la NASA a lancé avec succès Artemis II depuis le Kennedy Space Center à bord de la fusée SLS et du vaisseau Orion, marquant la première mission lunaire habitée depuis Apollo 17 en décembre 1972.
Le décollage a eu lieu à 18 h 35 heure de l’Est, avec quatre astronautes à bord : Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen de l’Agence spatiale canadienne.
Le moment est historique, évidemment. Mais ; il est aussi plus stratégique qu’il n’y paraît. Artemis II n’est pas encore un retour au sol lunaire. C’est un vol d’essai habité en espace lointain, pensé pour valider en conditions réelles le tandem SLS-Orion avant les prochaines étapes du programme Artemis. La NASA présente la mission comme une répétition critique pour les vols lunaires habités à venir.
Une fusée colossale, une mission de presque dix jours
Au décollage, le Space Launch System a développé environ 8,8 millions de livres de poussée, arrachant Orion à la rampe 39B dans un rugissement que la Floride n’avait plus entendu pour une mission lunaire habitée depuis l’ère Apollo. Quelques minutes plus tard, les deux boosters latéraux se sont séparés du corps central après avoir fourni l’essentiel de l’impulsion initiale.
Liftoff.
The Artemis II mission launched from @NASAKennedy at 6:35pm ET (2235 UTC), propelling four astronauts on a journey around the Moon.
Artemis II will pave the way for future Moon landings, as well as the next giant leap — astronauts on Mars. pic.twitter.com/ENQA4RTqAc
— NASA (@NASA) April 1, 2026
La mission doit durer près de dix jours. D’abord, l’équipage passera environ 24 heures en orbite terrestre élevée pour vérifier les systèmes du vaisseau. Si tout se déroule comme prévu, Orion effectuera ensuite son injection translunaire pour partir vers la Lune. La trajectoire l’emmènera à environ 405 554 km de la Terre, puis à quelque 6 500 à 7 400 km au-delà de la Lune, ce qui fera d’Artemis II le vol habité le plus lointain jamais réalisé.

Une mission sans alunissage, mais pas sans enjeu
Il faut être clair : Artemis II ne se posera pas sur la Lune. Sa vraie mission consiste à tester Orion avec des humains à bord dans l’environnement de l’espace profond, là où les marges d’erreur deviennent beaucoup plus étroites. Pendant le voyage, les astronautes doivent vérifier les systèmes de bord, tester les procédures d’urgence et évaluer notamment l’abri temporaire contre les radiations que l’équipage peut installer dans la capsule en cas d’événement solaire ou d’anomalie.
La mission a aussi une portée symbolique forte. Christina Koch deviendra la première femme à voyager vers l’espace cislunaire, Victor Glover le premier homme noir à le faire, et Jeremy Hansen le premier Canadien à participer à une mission lunaire.
La NASA relance enfin la séquence lunaire habitée
Artemis II arrive après Artemis I, la mission inhabitée de 2022 qui avait permis de tester Orion autour de la Lune. Si ce nouveau vol se déroule correctement, la NASA prévoit ensuite de poursuivre son architecture Artemis avec de nouvelles étapes menant vers un retour d’astronautes à la surface lunaire. L’agence vise désormais 2028 pour la prochaine mission avec alunissage dans ce cadre révisé.
Au fond, c’est là que ce lancement prend tout son sens. Artemis II n’est pas encore l’aboutissement. C’est le moment où la NASA prouve qu’après des années de retards, de critiques budgétaires et de doutes techniques, elle peut de nouveau envoyer des humains vers la Lune. Et dans l’histoire spatiale, ce genre de vol compte souvent autant que l’arrivée elle-même.



