Apple voulait transformer Santé en véritable compagnon intelligent, capable de passer du suivi à la recommandation — presque un « coach » virtuel, personnalisé, branché sur l’Apple Watch et enrichi par des données externes.
Selon Mark Gurman (Bloomberg), ce plan vient d’être largement réduit : le projet interne Mulberry/Apple Health+ aurait été remisé, et Apple privilégierait désormais une stratégie plus prudente, en déployant des briques de fonctionnalités une par une dans l’app Santé.
À l’origine, Apple Health+ devait agréger questionnaires, évaluations, données Watch, et potentiellement des résultats de labo pour produire des recommandations « coachées ». Le calendrier aurait déjà glissé (iOS 26 → iOS 27), avant qu’Apple ne revoie le plan : plutôt qu’un produit monolithique, l’entreprise « décompose » l’ambition en sorties progressives au fil des mises à jour.
Ce choix est typiquement Apple : quand le risque est élevé (qualité des conseils, responsabilité, perception publique), la marque préfère industrialiser par incréments et laisser l’expérience mûrir.
La dimension politique interne : Eddy Cue veut accélérer
Autre élément clé du dossier : le report intervient dans un contexte de reprise en main. D’après les mêmes informations, Eddy Cue aurait récupéré le périmètre santé après le départ à la retraite de Jeff Williams, avec un message simple en interne : aller plus vite et rester compétitif.
Et sur ce terrain, Apple n’est plus seule : Oura, Whoop, Samsung, Strava et d’autres ont des propositions parfois plus « immédiatement utiles », notamment côté coaching, entraînement et scores de récupération.
Plutôt que de vendre un « coach IA » complet, Apple préparerait plusieurs chantiers qui peuvent arriver par vagues :
- Un studio de contenu (vidéos Santé : conditions médicales, bien-être, plans d’entraînement) — une manière très Apple de cadrer le discours, contrôler la qualité, et éviter les dérives de conseil génératif « trop libre ».
- Des suggestions basées sur les données existantes de l’app Santé, qui pourraient se déployer « plus tard cette année ».
- Une fonction d’analyse de la démarche via la caméra iPhone, encore en développement — logique si Apple veut pousser la prévention (mobilité, posture, risques de chute) sans nécessairement médicaliser le produit.
- Et, la continuité des briques « capteurs » : détection d’apnée du sommeil, notifications hypertension, etc., plus le serpent de mer : le glucose non invasif, toujours présenté comme un chantier de long terme.
Le réel enjeu : la santé est un marché… et un champ de mines
Le « coach santé IA » n’est pas un gadget. C’est un produit qui touche la fiabilité (un conseil approximatif peut être dangereux), la réglementation (selon les pays, on flirte vite avec le dispositif médical), la confiance (données sensibles, consentement, traçabilité).
Dans ce contexte, le recul d’Apple ressemble moins à un échec qu’à une décision de gouvernance : mieux vaut une IA limitée mais solide, qu’un coach omniscient qui expose la marque.
Apple continuerait malgré tout à développer un chatbot de questions/réponses santé, s’appuyant sur un système interne de type « World Knowledge Answers », et un Siri plus « chatbot » attendue avec iOS 27 pour des interactions plus avancées, y compris autour de Santé. Ici, on comprend la trajectoire : Apple cherche à bâtir l’interface conversationnelle… mais en la gardant encadrée et progressive.


