Apple pourrait préparer l’un des virages les plus structurants de sa chaîne d’approvisionnement depuis le basculement vers Apple Silicon : ouvrir la fabrication d’une partie de ses puces à Intel, tout en gardant la conception 100 % maison.
L’idée, qui circulait déjà depuis décembre, gagne en crédibilité via de nouvelles notes d’analystes et des signaux côté Intel Foundry autour de son futur nœud 14A.
Intel 14A en 2028 pour une partie des A21/A22
Selon une note de recherche attribuée à Jeff Pu (GF Securities), Intel se préparerait à fabriquer des puces Apple sur son process 14A, avec une fenêtre de production de masse autour de 2028 — ce qui pourrait correspondre à une partie des générations A21 et A22 (donc des iPhone « plus tard dans la décennie »).
Point clé : dans ce scénario, Intel n’est pas un retour aux « CPU Intel dans l’iPhone ». Il serait uniquement fondeur, comme TSMC aujourd’hui : Apple garde l’architecture, la propriété intellectuelle et la roadmap.
Intel 14A cherche des gros clients, et 2026–2028 est la fenêtre
Intel a récemment confirmé avoir au moins deux potentiels clients en phase de tests pour 14A, avec l’espoir d’obtenir des engagements à partir du second semestre 2026, et une montée en cadence ensuite. Sur la roadmap, le Intel 14A est régulièrement présenté comme un jalon « 2028 » pour la production volume, avec une phase de « risk production » avant.
En clair : si Apple veut réellement dual-sourcer une partie de ses SoC, le calendrier « signatures en 2026–2027/production en 2028 » est cohérent avec la mécanique industrielle d’un nouveau nœud.
Et TSMC dans tout ça ? Plutôt un duo qu’un remplacement
Les mêmes sources insistent : TSMC resterait l’ancre principale pour les puces les plus avancées et les volumes critiques, tandis que Intel viendrait compléter — capacité additionnelle, certaines gammes, certains lots.
C’est une stratégie classique chez les acteurs qui pèsent très lourd :
- réduire le risque de goulots d’étranglement,
- gagner en flexibilité de planning,
- renforcer le rapport de force sur les prix et l’allocation de capacité.
Mac et iPad : l’autre piste, plus proche dans le temps
Un autre élément rend le dossier plus crédible : Ming-Chi Kuo évoque depuis fin 2025 la possibilité qu’Intel fabrique des puces Apple M « d’entrée de gamme » pour certains Mac/iPad dès 2027, sur un nœud Intel 18A (différent du 14A).
Cela dessine un scénario en deux étages :
- 2027 : Intel Foundry prouve sa valeur sur des séries M « low-end » (volumes maîtrisés, exigences potentiellement moins extrêmes).
- 2028 : Intel 14A pourrait viser une partie des SoC iPhone (A21/A22), si le nœud tient ses promesses.
Lecture stratégique : Apple sécurise son futur, Intel cherche un client-trophée
Pour Apple, le bénéfice est évident : résilience. Une dépendance quasi totale à TSMC est efficace… jusqu’au jour où la capacité se tend, où un aléa géopolitique pèse, ou où la demande explose (IA embarquée, NPU plus gros, multiplication des puces par produit).
Pour Intel, décrocher Apple — même sur une fraction de volumes — serait un sceau de crédibilité pour Intel Foundry, dans une course où la confiance client compte autant que les nanomètres.
Reste le vrai juge de paix : l’exécution. Les rumeurs sont séduisantes, mais un deal de fonderie se signe quand les rendements, la stabilité et l’écosystème (PDK, IP, packaging, tests) sont au niveau. Intel dit avancer, mais attend justement des engagements fermes.



