L’affaire qui oppose Apple au célèbre leaker Jon Prosser connaît un nouveau rebondissement. Après plusieurs mois de silence et un jugement par défaut prononcé contre lui, le créateur de la chaîne Front Page Tech (FPT) a finalement déposé sa défense devant la justice américaine. Il conteste les accusations d’Apple et affirme n’avoir jamais participé à un complot visant à dérober des informations confidentielles sur iOS.
Une affaire qui remonte aux premières fuites d’iOS 26, alors encore connu sous le nom d’iOS 19.
Des rendus d’iOS dévoilés plusieurs mois avant son annonce
Début 2025, Jon Prosser avait publié plusieurs vidéos présentant ce qu’il affirmait être les nouveautés du futur iOS 19. À l’époque, il avait notamment dévoilé une nouvelle interface de l’application Appareil photo, un design repensé pour Messages et plusieurs éléments visuels qui se sont révélés relativement proches de la version finale d’iOS 26.
Ces images n’étaient toutefois pas des captures d’écran officielles, mais des rendus réalisés à partir d’informations obtenues en amont.
Quelques mois plus tard, Apple a déposé plainte contre Jon Prosser ainsi que contre Michael Ramacciotti. Selon la plainte, Ramacciotti était proche d’un employé d’Apple nommé Ethan Lipnik, qui possédait un iPhone de développement contenant une version interne d’iOS. Apple affirme que Ramacciotti aurait obtenu le code de déverrouillage du téléphone puis attendu un moment où Lipnik avait laissé son appareil sans surveillance.
Il aurait ensuite lancé un appel FaceTime avec Jon Prosser afin de lui montrer le système d’exploitation encore confidentiel. Prosser aurait enregistré cette conversation vidéo avant de s’en servir pour produire les rendus publiés sur sa chaîne YouTube.
Apple accuse ainsi les deux hommes de vol de secrets industriels et de violation du Computer Fraud and Abuse Act, une loi américaine sanctionnant les accès non autorisés à des systèmes informatiques.
Jon Prosser avait déjà perdu une première bataille
Au début de la procédure, Jon Prosser avait manqué plusieurs délais imposés par le tribunal pour répondre à la plainte. Le juge avait alors prononcé un jugement par défaut, une décision particulièrement défavorable puisqu’elle empêchait Prosser de contester les accusations formulées par Apple.
Après avoir engagé un avocat et fourni les documents demandés dans le cadre de la phase de découverte (Discovery), Prosser a demandé l’annulation de cette décision. Le juge fédéral James Donato a finalement accepté sa requête, estimant qu’il était préférable que les deux parties puissent défendre pleinement leurs arguments.
Le leaker nie toute conspiration
Dans sa réponse officielle, Jon Prosser rejette les accusations d’Apple. Il affirme notamment ne jamais avoir participé à une quelconque conspiration, ne pas avoir organisé l’accès au téléphone de développement et ne jamais avoir conclu d’accord préalable avec Michael Ramacciotti, notamment concernant un éventuel paiement.
Toutefois, Prosser reconnaît avoir participé à un appel FaceTime avec Ramacciotti au cours duquel certaines informations concernant iOS ont été présentées. Il admet également avoir enregistré cette conversation.
En revanche, il affirme ne pas savoir que le téléphone utilisé appartenait à Ethan Lipnik.
Une affirmation qui fait débat
L’un des passages les plus étonnants de la défense de Jon Prosser concerne son affirmation selon laquelle il ne savait pas qu’il observait une version inédite d’iOS. Une déclaration qui suscite de nombreuses interrogations. Prosser suit quotidiennement l’actualité Apple depuis de nombreuses années et fait partie des leakers les plus connus de l’écosystème.
Il paraît donc difficile d’imaginer qu’il ignorait que la version présentée n’avait pas encore été annoncée officiellement.
Toutefois, certains observateurs estiment qu’il pourrait s’agir d’une formulation juridique maladroite rédigée par ses avocats plutôt que d’une déclaration au sens littéral.
Apple aurait-elle réellement subi un préjudice ?
Dans sa défense, Jon Prosser conteste également l’existence d’un véritable dommage subi par Apple. Selon lui, les pertes évoquées par l’entreprise restent hypothétiques et insuffisamment démontrées.
Le créateur de Front Page Tech demande donc au tribunal le rejet pur et simple de la plainte, un rejet avec préjudice, ce qui empêcherait Apple de déposer une nouvelle plainte sur les mêmes faits, le remboursement de ses frais d’avocat si sa demande aboutit ainsi qu’un procès devant un jury pour les questions qui le permettent.
Une affaire loin d’être terminée
L’annulation du jugement par défaut permet désormais à Jon Prosser de participer pleinement à la procédure. Le dossier entre donc dans une nouvelle phase où Apple devra démontrer que les informations confidentielles ont bien été obtenues illégalement et que l’entreprise a subi un préjudice réel.
Cette affaire pourrait également faire jurisprudence concernant les limites du travail des leakers spécialisés dans les produits technologiques.
Les fuites font désormais partie intégrante de l’industrie technologique, mais cette affaire rappelle qu’il existe une différence importante entre recevoir des informations d’une source volontaire et obtenir des données issues d’un appareil de développement sans l’autorisation de son propriétaire.
Le verdict final pourrait avoir des conséquences importantes, non seulement pour Jon Prosser, mais également pour l’ensemble des créateurs de contenu spécialisés dans les indiscrétions autour des futurs produits Apple.



