Canva ne veut plus seulement être la plateforme où l’on « fait un visuel vite fait ». Avec l’acquisition simultanée de Cavalry (motion design) et MangoAI (optimisation créative par IA), Canva accélère sa mue : devenir un studio complet, capable de produire, animer et optimiser des contenus — jusqu’à la performance publicitaire.
Deux rachats, une même direction : professionnaliser et industrialiser l’IA
Sur le papier, les deux cibles paraissent éloignées. En réalité, elles s’imbriquent parfaitement dans la stratégie Canva :
- Cavalry : une plateforme 2D « faite par des animateurs pour des animateurs », qui pousse Canva plus loin dans la création professionnelle, après l’arrivée d’Affinity (photo, vectoriel, mise en page).
- MangoAI : une startup orientée optimisation de vidéos publicitaires, avec des boucles d’apprentissage (reinforcement learning) qui utilisent les signaux des plateformes d’ads pour améliorer progressivement les créations.
Ce que Canva achète, au fond, ce n’est pas seulement de la techno : c’est du savoir-faire produit. Cavalry apporte la culture « motion » ; MangoAI apporte la culture « performance ».
Un changement de cap : du design vers la « création + itération »

La bascule est stratégique. Canva a déjà commencé à bâtir une couche marketing « data-driven » via MagicBrief (2025), pensé pour relier idées, créas et résultats. MangoAI vient renforcer exactement cet axe : des créas qui ne sont pas seulement belles, mais meilleures parce qu’elles apprennent.
Cavalry, lui, comble un angle mort évident : Canva sait faire du statique et du social. Le motion design est le territoire où beaucoup d’équipes basculent encore sur des outils plus lourds. L’acquisition vise à rendre ce saut moins nécessaire.

Un recrutement qui en dit long : un « Chief Algorithms Officer » chez Canva
Le signal le plus fort n’est peut-être pas l’acquisition, mais l’organisation : MangoAI amène Nirmal Govind, ancien VP Data Science & Engineering chez Netflix, nommé Chief Algorithms Officer — un poste créé pour l’occasion. Canva indique qu’il pilotera personnalisation, systèmes algorithmiques et R&D IA en lien avec l’AI Lab.
C’est une manière de dire : « l’IA n’est plus une feature, c’est une colonne vertébrale ».
Pourquoi Canva peut se permettre d’accélérer maintenant ?
Cette annonce arrive au moment où Canva revendique une puissance de feu impressionnante : plus de 265 millions d’utilisateurs mensuels, plus de 31 millions de sièges payants, et environ 4 milliards de dollars d’ARR fin 2025 (selon ses déclarations).
À cette échelle, chaque nouvelle brique (motion, optimisation pub, IA) se déploie immédiatement sur une base gigantesque — et c’est précisément l’avantage de Canva face aux suites plus « traditionnelles ».
On peut lire ce double rachat comme une stratégie en deux axes :
- Pro créatif : Affinity + Cavalry = une suite qui commence à ressembler à un « pack » capable de couvrir photo, layout, vectoriel, puis motion design.
- Pro marketing : MagicBrief + MangoAI = une chaîne où la création ne s’arrête pas à « publier », mais continue à s’améliorer via les métriques.
Le pari est audacieux : rendre l’animation accessible sans la banaliser, et rendre la performance publicitaire intégrée sans transformer Canva en outil d’ad-tech. Si Canva réussit ce grand écart, il ne vendra plus seulement des templates : il vendra un système de production créative.



