UGREEN veut s’attaquer à l’une des principales faiblesses de la maison connectée : sa dépendance au cloud. Avec HomeAgent, la marque dévoile une nouvelle plateforme conçue pour réunir stockage NAS, vidéosurveillance, contrôle domotique et intelligence artificielle locale dans une même machine.
Trois configurations sont prévues, de la HA100 capable d’exécuter des modèles IA de 4 milliards de paramètres jusqu’au spectaculaire Master Agent et ses 128 Go de mémoire. Mais au-delà de la puissance, la véritable promesse est ailleurs : conserver autant que possible les données, les vidéos et l’intelligence de la maison directement chez l’utilisateur.
HomeAgent veut devenir le cerveau local de toute la maison
UGREEN s’était longtemps fait connaître pour ses chargeurs, câbles et accessoires avant de se diversifier dans le stockage réseau. Avec HomeAgent, l’entreprise tente désormais une transition beaucoup plus ambitieuse en utilisant le NAS comme point de départ d’une véritable infrastructure domestique.

Le système réunit trois fonctions habituellement séparées. Il peut assurer le stockage des données comme un NAS traditionnel, enregistrer localement les flux de caméras comme un NVR et servir de contrôleur pour les appareils de la maison connectée.
À cela s’ajoute une couche d’IA exécutée directement sur le matériel.

L’intérêt de cette architecture est évident : éviter de multiplier les boîtiers et surtout réduire la quantité de données envoyées vers des serveurs distants. Les vidéos des caméras, les automatisations domestiques ou certaines requêtes adressées à l’assistant peuvent ainsi être traitées sur une infrastructure physiquement présente dans le logement.
C’est une approche différente de nombreux écosystèmes grand public, où le fonctionnement de certaines fonctions reste étroitement lié aux services cloud du constructeur.
De l’IA locale jusqu’à 122 milliards de paramètres
UGREEN décline HomeAgent en trois niveaux de puissance assez éloignés les uns des autres. Le HA100 est annoncé comme capable d’exécuter localement des modèles comptant jusqu’à 4 milliards de paramètres, tandis que le HA100 Pro monte jusqu’à 32 milliards. Le Master Agent, véritable vitrine technologique de la gamme, serait capable d’exploiter des modèles atteignant 122 milliards de paramètres grâce à 128 Go de mémoire et une puissance annoncée de 2 070 TFLOPS en FP4.
Cette montée en puissance permet d’imaginer davantage qu’un assistant chargé d’allumer une lampe. Un modèle local peut théoriquement analyser des événements provenant de plusieurs capteurs, résumer les images enregistrées par les caméras, comprendre des commandes formulées naturellement ou coordonner plusieurs actions selon le contexte.
La taille du modèle ne garantit évidemment pas à elle seule la qualité de l’expérience. L’intégration logicielle, la rapidité des réponses et la capacité de HomeAgent à accéder proprement aux différents équipements seront beaucoup plus importantes au quotidien. Mais, UGREEN montre clairement qu’il ne conçoit pas l’IA locale comme une fonction secondaire.
Matter doit empêcher HomeAgent de devenir un nouvel écosystème fermé

UGREEN accompagne son hub de plusieurs accessoires maison : une caméra intérieure, deux caméras extérieures, une enceinte intelligente et un cadre photo couleur utilisant un écran E-Ink.
Ces produits bénéficient naturellement d’une intégration directe. Il serait par exemple possible de demander à l’enceinte UGREEN de déclencher une photo depuis une caméra puis de l’afficher sur le cadre numérique. C’est précisément ce genre d’interaction transversale qui permet à un écosystème de dépasser la simple accumulation d’appareils connectés.
HomeAgent ne devrait toutefois pas être limité au matériel UGREEN. La plateforme prend en charge Matter, ce qui doit lui permettre de communiquer avec une variété beaucoup plus importante de produits compatibles provenant d’autres fabricants.
UGREEN évoque également une forme de compatibilité avec Home Assistant prévue avant la commercialisation. Les détails restent encore à préciser, mais ce point pourrait s’avérer déterminant pour les utilisateurs déjà équipés d’une installation domotique avancée.
Le véritable intérêt de HomeAgent dépendra justement de cette ouverture : un hub central n’a de valeur que s’il peut dialoguer avec une grande partie des appareils déjà présents dans le logement.
Le « local-first » promet davantage que le simple fonctionnement hors ligne

UGREEN insiste particulièrement sur le caractère local-first de sa plateforme. Cette philosophie ne consiste pas seulement à permettre à quelques ampoules de fonctionner lorsque la connexion Internet tombe.
L’enjeu principal concerne les données.
Une maison connectée moderne peut générer des informations particulièrement sensibles : images de l’intérieur du domicile, horaires de présence, enregistrements audio, habitudes quotidiennes ou séquences liées aux systèmes de sécurité. Envoyer systématiquement ces données vers le cloud multiplie les intermédiaires et les surfaces potentielles d’exposition.
Avec HomeAgent, UGREEN affirme que l’analyse IA, l’enregistrement vidéo et une grande partie du contrôle domotique peuvent rester locaux. Le NAS devient alors autant un outil de confidentialité qu’un serveur de stockage.
Il reste néanmoins une question essentielle : quelles données quittent réellement la machine ? Le positionnement local-first n’équivaut pas nécessairement à une garantie de fonctionnement intégralement hors ligne. Certaines fonctions, mises à jour, authentifications ou services pourraient encore s’appuyer sur Internet. Il faudra attendre des tests indépendants pour comprendre précisément les flux réseau de la plateforme.
Une réponse plus accessible à la philosophie Home Assistant ?
Le concept défendu par UGREEN n’est pas entièrement nouveau. Les utilisateurs de Home Assistant construisent depuis longtemps des installations capables de fonctionner principalement en local, avec un contrôle très poussé des données et des automatisations.
La différence tient à l’expérience proposée.
Home Assistant peut devenir extrêmement puissant, mais demande encore un certain investissement technique pour exploiter pleinement ses possibilités. Entre le choix du matériel, les intégrations, les protocoles et la maintenance, l’approche reste plus exigeante qu’un produit connecté traditionnel.
UGREEN semble vouloir reprendre cette philosophie tout en la transformant en solution prête à l’emploi. Acheter un HomeAgent reviendrait théoriquement à obtenir immédiatement le stockage, le moteur IA, le serveur vidéo et le contrôleur domotique au sein d’une plateforme commune. Si l’expérience logicielle se montre suffisamment simple, la marque pourrait ainsi combler un espace intéressant entre les écosystèmes cloud très accessibles et les installations locales beaucoup plus personnalisables mais aussi plus techniques.
De 899 à 9 999 dollars en précommande
La puissance locale a néanmoins un coût particulièrement élevé. Le HA100 doit être commercialisé à 1 799 dollars, avec un tarif de précommande annoncé à 899 dollars. Le HA100 Pro passe à 5 999 dollars, ou 2 999 dollars pendant la phase de précommande.

Le Master Agent joue dans une autre catégorie : 19 999 dollars au tarif public, ou 9 999 dollars en précommande. À ce niveau, il ressemble davantage à une station de travail IA domestique qu’à un simple hub pour maison connectée.
Cette segmentation montre que la plupart des utilisateurs devraient logiquement se tourner vers les deux premiers modèles. Faire fonctionner localement un modèle de 122 milliards de paramètres est techniquement impressionnant, mais probablement très au-delà des besoins habituels pour gérer des automatisations, analyser quelques caméras ou interroger les informations de la maison.
Les précommandes commencent avant une campagne Kickstarter prévue en octobre. Comme toujours avec un produit encore non commercialisé à grande échelle, les promesses de performances et de fonctionnement devront être confrontées au matériel final.
UGREEN mise sur une maison intelligente qui ne dépend plus entièrement d’Internet
HomeAgent arrive à un moment intéressant pour la domotique. Après plus d’une décennie centrée sur le cloud, les limites de cette architecture deviennent de plus en plus visibles. Une panne Internet ou l’interruption d’un service distant peut encore rendre certaines fonctions domestiques inutilisables, tandis que la multiplication des caméras et assistants vocaux accentue les interrogations autour de la confidentialité.
L’arrivée de Matter facilite parallèlement la création d’écosystèmes plus ouverts, tandis que les modèles IA suffisamment compacts pour fonctionner localement commencent à offrir des capacités autrefois réservées au cloud. UGREEN tente de réunir ces tendances dans une seule plateforme.
La proposition est ambitieuse : faire du serveur domestique un véritable cerveau de la maison, capable de stocker les données, comprendre les commandes et coordonner les appareils sans envoyer en permanence le quotidien de ses utilisateurs vers des datacenters.
Reste maintenant à vérifier que le « local-first » promis par UGREEN est aussi solide dans la pratique que dans le discours. Si c’est le cas, HomeAgent pourrait surtout montrer que la prochaine génération de maison connectée ne sera pas forcément plus dépendante du cloud — elle pourrait au contraire commencer à s’en affranchir.



