WhatsApp n’a jamais été un produit « gratuit » par accident : c’était un pari — celui d’une messagerie universelle, financée ailleurs, avec le chat comme sanctuaire. Mais ce pacte se réécrit.
D’après des éléments repérés dans la bêta Android 2.26.3.9, WhatsApp travaillerait sur une option payante permettant de supprimer totalement les publicités… au moins dans l’onglet Actus, et d’abord en Europe et au Royaume-Uni.
Un WhatsApp « propre », sans placements sponsorisés — mais potentiellement au prix d’un abonnement mensuel.
Un WhatsApp sans pubs… mais pas partout
La fuite vient de WABetaInfo : WhatsApp plancherait sur un abonnement optionnel qui retire les publicités de l’onglet Actus, là où se trouvent Statut et Chaînes.
Ce que l’on comprend déjà :
- L’abonnement viserait Europe + UK dans un premier temps.
- Le tarif aperçu en capture serait autour de 4 €/mois, possiblement un placeholder et susceptible de varier selon les pays.
- La gestion passerait par les achats intégrés Google Play, et les changements pourraient mettre jusqu’à 15 minutes à s’appliquer.
Surtout : les fonctions cœur (messages privés, appels vocaux/vidéo) resteraient gratuites. On parle d’un abonnement « anti-pub », pas d’un WhatsApp payant. 
Pourquoi l’onglet Actus est le terrain de jeu idéal (et le moins risqué) ?
Depuis juin 2025, Meta a commencé à introduire des formats publicitaires uniquement dans Actus, en promettant de ne pas « polluer » la messagerie : ads in Status, promoted channels, monétisation de la découverte — pas du chat.
WhatsApp documente d’ailleurs ce périmètre : les pubs sont cantonnées à Statut et Chaînes, séparées des conversations et des appels.
Pour Meta, c’est la zone parfaite car elle dispose d’une forte audience, d’une intention « contenu/découverte » plus proche d’un réseau social, et moins de friction émotionnelle qu’une pub au milieu d’une discussion.
Publicité « sans chats » : le récit de Meta… et la réalité du ciblage
Meta insiste : les messages et appels restent chiffrés de bout en bout et ne servent pas au ciblage publicitaire. Le ciblage se ferait plutôt via des signaux comme la langue, une localisation générale (pays/ville) et l’activité dans l’onglet Updates (channels suivis, interactions pub).
C’est précisément ce cadrage qui rend l’abonnement anti-pub « logique » : Meta peut dire aux régulateurs comme aux utilisateurs que le chat reste un coffre-fort, tout en monétisant ce qui ressemble, de fait, à un mini-feed.
L’Europe comme déclencheur : le modèle « payer ou consentir » migre vers WhatsApp
Pourquoi Europe et UK ? Parce que c’est là que Meta a déjà dû formaliser — sous pression réglementaire — des modèles « ad-free » payants sur Facebook et Instagram. Meta l’a officialisé pour le Royaume-Uni via ses propres communications, avec une option de souscription pour ne plus voir de publicités.
Dans l’UE, le sujet est explosif : la Commission a déjà sanctionné Meta sur son approche « payer ou consentir » dans le cadre de la DMA, signe que la frontière entre choix réel et consentement forcé reste politiquement brûlante.
Vu sous cet angle, un « WhatsApp sans pubs à 4 € » n’est pas seulement un produit : c’est une architecture de conformité, un bouton simple qui transforme un débat juridique en option utilisateur.
Ce que Meta gagne (même avec peu d’abonnés)
Le calcul est implacable : WhatsApp est gigantesque, donc une faible conversion peut générer des revenus lourds. Et surtout, Meta teste un mécanisme qui pourrait devenir standard dans tout son écosystème :
- niveau gratuit : pubs dans Updates
- niveau payant : expérience « premium » sans contenus sponsorisés
- et, potentiellement, à terme, une logique de bundle via le Accounts Center (hypothèse citée aussi côté fuites, mais encore floue).
Le risque, côté utilisateur, est plus culturel : payer pour « rester dans le WhatsApp d’avant », pendant que l’app gratuite se socialise toujours plus.
WhatsApp prépare aussi un changement discret… mais massif : Tenor remplacé par Klipy
Dans le même cycle de bêtas, WhatsApp préparerait le remplacement de Tenor comme fournisseur GIF par défaut au profit de Klipy. La raison est, elle, confirmée officiellement : Google annonce la fin de Tenor API au 30 juin 2026.
Ce détail dit beaucoup : WhatsApp est en train de verrouiller sa chaîne d’expérience (pubs, contenus, médias, discovery) comme une vraie plateforme, avec ses dépendances, ses fournisseurs et ses leviers de monétisation.



