Android a bâti une partie de son ADN sur une promesse simple : vous gardez la main. Installer une app hors Play Store, bidouiller, tester, contourner les sentiers balisés… C’est précisément ce que Google veut continuer à autoriser — mais avec une nuance qui change tout : vous laisser faire, tout en vous forçant à réfléchir.
Ces derniers jours, Google a confirmé préparer un nouveau parcours d’installation d’applications non vérifiées, volontairement plus contraignant. L’objectif affiché : réduire l’efficacité des arnaques qui poussent les utilisateurs à installer des APK malveillants « sous pression ».
Ce que Google prépare : « Installer sans vérification »… mais pas en un clic
Le cœur du changement tient dans une option destinée aux utilisateurs avancés : « Installer sans vérification ». Google la maintient, mais prévient que le chemin sera avec une « friction élevé » — autrement dit, volontairement plus long, plus explicite, plus difficile à franchir par accident.
Matthew Forsythe (Google Play) résume l’intention avec une formule qui en dit long : ce n’est « pas une restriction » du sideloading, mais une « couche de responsabilisation ».
Dans les récentes versions du Play Store, des chaînes de texte repérées évoquent des avertissements très explicites sur les risques (« apps de développeurs non vérifiés » pouvant mettre en danger l’appareil et les données), et la possibilité qu’une connexion internet soit requise pour certains contrôles liés à la vérification.
La logique est connue en cybersécurité : briser l’automatisme. Une arnaque fonctionne souvent parce que l’utilisateur suit une série d’étapes sans respirer (un SMS « banque », un faux support technique, une urgence fabriquée). Ajouter des écrans d’alerte, des confirmations, des paliers… c’est tenter de faire sauter le scénario.
Google le dit d’ailleurs sans détour : le flux est conçu pour résister à la coercition et éviter que l’on contourne les garde-fous « sous pression » d’un scammer, tout en laissant « le choix » à l’utilisateur.
Google recule d’un pas… après avoir avancé de deux
Ce virage s’inscrit dans une chronologie plus large. Selon 9to5Google, Google avait annoncé en août 2025 un programme de vérification des développeurs qui s’appliquerait aussi aux apps installées manuellement. Puis, en novembre 2025, l’entreprise a confirmé qu’il existerait une option pour les « utilisateurs expérimentés » afin d’installer sans vérification — ce qui nous amène aujourd’hui à la mécanique « high friction ».
Autrement dit : Google maintient la porte… mais met une poignée lourde.
L’équilibre politique : protéger Android sans l’assécher
L’enjeu dépasse la simple UX. Android est souvent défendu pour son ouverture — et le sideloading n’est pas un « bug », c’est un pilier pour des stores alternatifs, des apps distribuées en direct, des usages pro/entreprise, et des communautés (type F-Droid) qui valorisent d’autres modèles de distribution.
Le risque, c’est la pente glissante : une friction « éducative » peut vite devenir un frein structurel si elle se complexifie au fil des versions. Tout dépendra de la frontière entre avertir et rendre la pratique pénible au quotidien.
Google joue donc un numéro d’équilibriste : conserver l’argument « Android reste ouvert », tout en réduisant l’espace de manœuvre des escrocs. La promesse est acceptable sur le papier. La réalité se jouera sur les détails : combien d’écrans ? quelles exigences réseau ? quel ton ? et surtout, est-ce que ce parcours restera réservé aux cas « non vérifiés », sans contaminer les usages légitimes ?
L’ironie, c’est que Google ne veut pas vous empêcher d’installer une app : il veut vous empêcher d’être installé par une arnaque. Et dans un monde où les campagnes de fraude industrialisent la manipulation, le « high friction » ressemble moins à une fermeture qu’à une nouvelle forme de consentement — plus brutale, mais peut-être nécessaire.



