Depuis quelques trimestres, un phénomène longtemps réservé aux cycles habituels de l’industrie devient structurel : la mémoire (DRAM) et le stockage (NAND/SSD) sont de plus en plus orientés vers les besoins des data centers IA, au détriment du « consumer ».
Résultat : hausse des coûts, configurations rognées (moins de RAM/SSD à prix égal) et une pression qui commence à déborder du PC et du smartphone vers d’autres catégories.
Pourquoi la pénurie ne ressemble plus à un simple « creux de stock » ?
Ce qui change, c’est l’allocation industrielle. IDC parle d’une réallocation stratégique de capacités (wafer) vers des mémoires plus rentables pour l’IA (HBM, DDR5 hautes capacités), limitant la croissance de l’offre « classique » en 2026.
TrendForce va dans le même sens : l’IA pourrait représenter une part significative de la capacité DRAM en 2026, ce qui resserre mécaniquement l’offre disponible pour PC et smartphones.
Et, les prix suivent : les prix contractuels de la DRAM ont flambé fin 2025, tirés par la demande liée à l’IA, ce qui finit par se répercuter sur les coûts des appareils.
Micron et le cas Crucial : une décision symptomatique
Le signal le plus visible côté grand public est venu de Micron : l’entreprise a annoncé début décembre 2025 qu’elle sortait du business « consumer » sous la marque Crucial, avec des expéditions Crucial maintenues jusqu’à fin février 2026 et la continuité du support/garantie.
Ce n’est pas un retrait du « consumer » au sens large — Micron rappelle qu’il fournit toujours massivement les OEM (PC, smartphones) — mais c’est un aveu : le retail grand public pèse moins face à la rentabilité et au volume « AI-ready ».
« Pas avant 2028 » : la phrase qui inquiète
Dans une interview accordée à Wccftech, Christopher Moore (VP Marketing, Mobile & Client Business Unit) explique que les investissements industriels (nouvelles fabs, ramp-up, certifications clients) sont longs — et que les effets significatifs sur la disponibilité ne se feraient pas sentir avant 2028.
Ce point est crucial : on ne parle plus d’un trimestre difficile, mais d’un horizon pluriannuel où la demande « bits » augmente plus vite que la capacité réellement utile pour le marché grand public.
Conséquences côté PC et smartphones : plus cher, ou moins généreux
Il y a déjà un effet direct sur le PC : les fabricants qui augmentent les prix ou abaissent les configurations (RAM/SSD), et tension qui complique l’idée même d’un « PC abordable » dopé à l’IA en 2026.
Counterpoint a même révisé ses perspectives en évoquant une pression sur les coûts (BOM) susceptible de peser sur le marché smartphone 2026.
Et le mouvement ne s’arrête pas au PC : plus la RAM devient chère, plus elle devient un poste où les marques « optimisent » — en particulier sur les modèles milieu de gamme.
Ce que vous pouvez faire, concrètement, en tant qu’acheteur
- Comparer les configs, pas seulement les modèles : en 2026, deux PC au même prix peuvent cacher un compromis différent (16 Go/512 Go vs 32 Go/256 Go).
- Privilégier l’upgrade quand c’est possible : sur desktop et certains laptops, ajouter RAM/SSD plus tard peut éviter de payer le « pic » maintenant (tout en guettant bundles/promos). Sur ultrabooks soudés, en revanche, il faut acheter « juste du premier coup ».
- Attendre les tests de perf soutenue : quand la mémoire coûte cher, certains OEM abaissent les enveloppes de puissance pour préserver l’autonomie et la chauffe, ce qui influe sur les performances réelles.



