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HarmonyOS à l’international : Huawei veut enfin sortir son OS de Chine pour défier Android et iOS

HarmonyOS à l’international : Huawei veut enfin sortir son OS de Chine pour défier Android et iOS
HarmonyOS à l’international : Huawei veut enfin sortir son OS de Chine pour défier Android et iOS

Le marché mobile pourrait bientôt retrouver un troisième acteur crédible. Lors de sa dernière conférence dédiée à HarmonyOS, Huawei a confirmé vouloir préparer des programmes pilotes hors de Chine, avec l’ambition de faire de son système d’exploitation une alternative mondiale aux plateformes de Google et Apple.

Toutefois, la prudence reste de mise. Aucun calendrier précis ni aucun pays test n’a été annoncé, et Huawei a déjà évoqué par le passé une expansion internationale de HarmonyOS sans qu’elle ne se concrétise réellement. La différence, cette fois, tient surtout à la maturité de l’écosystème, désormais suffisamment développé pour que l’hypothèse paraisse beaucoup plus sérieuse.

Huawei veut tester HarmonyOS hors de Chine

Lors de la HarmonyOS Ecosystem Conference, Eric Xu, vice-président et président tournant de Huawei, a expliqué que l’entreprise souhaitait lancer des programmes pilotes dans d’autres pays afin de valider son modèle, accumuler de l’expérience et préparer une éventuelle expansion à plus grande échelle.

Le dirigeant a résumé cette ambition en expliquant que la réussite d’un système d’exploitation se mesure aussi à sa capacité à s’internationaliser. Huawei ne veut donc plus simplement consolider HarmonyOS sur son marché domestique, mais vérifier s’il peut devenir une plateforme viable dans des régions où Android et iOS dominent presque sans partage.

Le groupe évoque l’idée de fournir au marché « une deuxième option ». Dans les faits, HarmonyOS chercherait surtout à devenir une troisième grande plateforme mobile, capable de proposer une alternative suffisamment cohérente pour attirer développeurs, constructeurs de services et utilisateurs.

HarmonyOS a changé de dimension depuis 2024

À ses débuts, HarmonyOS était surtout perçu comme une réponse aux sanctions américaines qui avaient privé Huawei de l’accès aux services Google sur ses nouveaux smartphones. Les premières versions restaient encore proches de l’écosystème Android et pouvaient exécuter des applications Android, ce qui facilitait largement la transition.

Le véritable changement est arrivé avec HarmonyOS Next en 2024. Huawei a alors abandonné la compatibilité native avec les applications Android pour construire un environnement plus indépendant, avec ses propres outils de développement et son propre catalogue applicatif.

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Ce choix était particulièrement risqué. Développer un système d’exploitation capable de fonctionner correctement est une chose, mais convaincre les banques, les services publics, les réseaux sociaux, les plateformes de streaming ou encore les applications de mobilité de créer des versions spécifiques en est une autre.

Deux ans plus tard, Huawei estime avoir suffisamment progressé pour envisager la suite.

Plus de 400 000 applications seraient disponibles

Huawei affirme aujourd’hui que HarmonyOS compte plus de 400 000 applications, dont environ 100 000 applications natives. Ces chiffres doivent être considérés avec un minimum de prudence, notamment parce que la manière de comptabiliser les différentes catégories d’applications n’est pas toujours détaillée. Ils montrent néanmoins que l’écosystème n’est plus au stade expérimental.

En Chine, HarmonyOS est désormais capable de couvrir une grande partie des usages quotidiens, notamment grâce au soutien des principaux services locaux. Huawei a donc réussi à construire un environnement logiciel suffisamment riche pour que ses smartphones puissent fonctionner indépendamment d’Android dans son marché domestique.

La question est désormais de savoir si cette mécanique peut être reproduite ailleurs.

En Chine, HarmonyOS est déjà devant iOS

Le poids de HarmonyOS sur le marché chinois est devenu significatif. Selon Counterpoint Research, le système représentait environ 24 % des ventes de smartphones en Chine au deuxième trimestre 2026, contre 18 % pour iOS. Le symbole est important. HarmonyOS a réussi à dépasser Apple sur son propre marché alors que quelques années plus tôt, le système était encore considéré comme un projet défensif destiné à limiter l’impact des sanctions américaines.

À l’échelle mondiale, la situation reste toutefois très différente. HarmonyOS représenterait environ 5 % des ventes de smartphones, loin derrière Android et iOS.

Ce chiffre reste néanmoins notable compte tenu de la faible présence de Huawei dans plusieurs grandes régions occidentales et du fait que HarmonyOS n’est toujours pas largement déployé à l’international.

Le vrai problème n’est pas HarmonyOS, mais les applications

C’est probablement là que se jouera l’avenir du projet. Un système d’exploitation peut être rapide, fluide et techniquement convaincant, mais cela ne suffit pas à provoquer un changement de plateforme. Les utilisateurs veulent avant tout retrouver leurs applications, leurs services et leurs habitudes.

En Europe, un smartphone doit notamment pouvoir proposer sans friction les principales applications bancaires, WhatsApp, Instagram, Spotify, Netflix, les services de transport locaux ou encore les outils professionnels les plus courants.

C’est précisément sur ce terrain que Huawei devra fournir le plus d’efforts. La marque doit convaincre les développeurs internationaux de prendre en charge une troisième plateforme, avec tout ce que cela implique en matière de maintenance, de tests et de coûts supplémentaires.

Le précédent Windows Phone reste dans toutes les mémoires

L’histoire du mobile a déjà montré qu’un bon système ne suffit pas. Microsoft disposait avec Windows Phone d’une interface reconnue, de moyens financiers considérables et de produits matériellement intéressants. Pourtant, le manque d’applications majeures a progressivement limité l’adoption de la plateforme.

HarmonyOS se trouve aujourd’hui face au même mécanisme de réseau : les développeurs veulent une base d’utilisateurs importante avant d’investir, tandis que les utilisateurs veulent un catalogue d’applications complet avant d’acheter.

Huawei dispose néanmoins d’un avantage important : il contrôle déjà un vaste écosystème matériel.

Huawei peut s’appuyer sur bien plus que ses smartphones

L’entreprise ne développe pas HarmonyOS uniquement pour les téléphones. Son écosystème couvre aussi les tablettes, montres connectées, écouteurs, téléviseurs, objets domestiques et certaines solutions automobiles.

Cette diversité donne à Huawei davantage de leviers pour convaincre les développeurs. Une application HarmonyOS peut potentiellement être intégrée à plusieurs types de produits, ce qui augmente l’intérêt économique de la plateforme.

C’est aussi ce qui distingue HarmonyOS de nombreuses tentatives précédentes. Huawei n’essaie pas simplement de créer un troisième OS mobile, mais une couche logicielle commune à une grande partie de son catalogue.

L’Europe pourrait servir de premier laboratoire

Si Huawei décide réellement de tester HarmonyOS à l’international, l’Europe semble être l’un des territoires les plus logiques. La marque y a longtemps bénéficié d’une excellente réputation, notamment grâce à ses smartphones haut de gamme, reconnus pour leurs capacités photographiques, leur autonomie et leur qualité de fabrication. Huawei conserve également une présence commerciale dans plusieurs pays européens.

Aujourd’hui, ses smartphones internationaux utilisent encore principalement EMUI. Une bascule vers HarmonyOS représenterait donc un changement beaucoup plus profond qu’une simple mise à jour d’interface.

Le défi restera néanmoins considérable, notamment à cause de l’absence des services Google.

Remplacer Android ne signifie pas remplacer Google

Android n’est qu’une partie de l’expérience que les utilisateurs associent aujourd’hui à un smartphone Android. Gmail, Google Maps, YouTube, Google Photos, Drive ou encore Wallet occupent une place importante dans les usages quotidiens et créent une dépendance qui dépasse largement le système d’exploitation lui-même.

Même si HarmonyOS dispose d’applications alternatives, convaincre un utilisateur de changer de plateforme revient donc parfois à lui demander de reconstruire une partie de son environnement numérique. Pour beaucoup, ce frein sera probablement plus important que les différences d’interface ou de performances entre les deux systèmes.

C’est l’un des points sur lesquels Huawei devra être particulièrement convaincant.

Le hardware pourrait faire la différence

Huawei conserve toutefois une capacité forte à se différencier matériellement. Le constructeur continue de proposer des smartphones particulièrement ambitieux sur la photographie, les écrans pliables, les communications satellites ou encore les batteries de grande capacité.

Cette différenciation peut devenir essentielle pour HarmonyOS.

Un utilisateur acceptera plus facilement de changer d’écosystème si le produit apporte quelque chose de réellement distinct. À l’inverse, un smartphone techniquement proche d’un Galaxy ou d’un Pixel aura beaucoup plus de mal à justifier l’effort nécessaire pour quitter Android.

Huawei devra donc probablement utiliser ses produits les plus avancés comme vitrine de son système.

Les États-Unis paraissent hors de portée

Une arrivée de HarmonyOS aux États-Unis semble très peu probable à court terme. Les contraintes politiques et commerciales autour de Huawei restent trop importantes, tandis que la marque n’y dispose plus d’une distribution comparable à celle qu’elle avait autrefois dans d’autres régions.

L’Europe, l’Amérique latine, le Moyen-Orient ou certaines parties de l’Asie apparaissent beaucoup plus crédibles pour d’éventuels programmes pilotes. Ces marchés offrent à Huawei un terrain plus favorable, notamment grâce à une présence historique plus forte et à une perception de la marque parfois moins polarisée.

Aucun calendrier n’a encore été annoncé

C’est le principal élément qui empêche encore de considérer cette expansion comme acquise. Eric Xu n’a précisé ni les pays concernés, ni les appareils qui pourraient être utilisés, ni la date de lancement des pilotes.

Huawei a déjà fait des déclarations similaires par le passé, sans les transformer en véritable lancement international de HarmonyOS sur smartphone. Il faudra donc attendre des annonces plus concrètes avant de parler d’un retour global du système.

Ce qui change en 2026, c’est surtout que l’entreprise dispose désormais d’une base technique et applicative beaucoup plus solide pour tenter l’expérience.

Android et iOS n’ont presque plus de concurrence réelle

L’intérêt de HarmonyOS dépasse d’ailleurs Huawei lui-même. Depuis la disparition de Windows Phone, le marché mobile fonctionne pratiquement comme un duopole. Apple contrôle iOS, tandis que Google contrôle Android et une grande partie des services qui structurent l’expérience sur les smartphones concurrents.

Les constructeurs Android peuvent personnaliser leurs interfaces, mais ils restent dépendants du même socle logiciel.

HarmonyOS propose une autre logique. Huawei contrôle le système, une partie croissante des services et le matériel sur lequel l’ensemble fonctionne. Cette intégration lui donne une liberté stratégique que la plupart des constructeurs Android n’ont pas.

Huawei n’a pas besoin de battre Android pour réussir

Le succès de HarmonyOS ne doit pas nécessairement se mesurer à sa capacité à devenir numéro un mondial. Une part de marché significative dans quelques grandes régions suffirait déjà à transformer la dynamique. À partir d’un certain seuil, les développeurs commenceraient à considérer HarmonyOS comme une plateforme incontournable plutôt que comme un marché secondaire.

C’est cette masse critique qui pourrait changer la donne.

Si Huawei parvient à convaincre suffisamment d’utilisateurs en dehors de Chine, l’écosystème pourrait progressivement s’auto-alimenter : davantage d’utilisateurs attirent davantage de développeurs, ce qui rend la plateforme plus intéressante pour les nouveaux utilisateurs.

HarmonyOS s’inscrit dans une stratégie d’indépendance plus large

Cette évolution est également cohérente avec la transformation industrielle de Huawei. Le constructeur cherche depuis plusieurs années à réduire ses dépendances technologiques, aussi bien dans le logiciel que dans le matériel. HarmonyOS joue ce rôle côté système d’exploitation, tandis que les processeurs Kirin et les autres développements internes occupent une place similaire côté silicium.

Huawei construit progressivement un environnement dans lequel il contrôle davantage de couches critiques de ses produits. Ce qui était initialement une réponse aux restrictions américaines est donc devenu une véritable stratégie de long terme.

La Chine a été le laboratoire, l’international sera le vrai test

HarmonyOS a déjà prouvé qu’il pouvait devenir une plateforme importante dans un environnement favorable. Le défi consiste désormais à reproduire cette réussite dans des marchés où les utilisateurs n’ont aucune raison évidente de quitter Android ou iOS.

Huawei devra convaincre les développeurs, les banques, les opérateurs, les services de streaming et les plateformes locales. Il devra aussi adapter son système aux exigences réglementaires de chaque pays et proposer des produits suffisamment attractifs pour compenser le coût d’un changement d’écosystème.

C’est une tâche considérable, mais Huawei fait partie des très rares entreprises capables de la tenter sérieusement.

Si les programmes pilotes annoncés finissent par déboucher sur de véritables lancements commerciaux, HarmonyOS pourrait devenir la première plateforme depuis longtemps à remettre un peu de concurrence dans un marché mobile verrouillé par deux acteurs. Le plus difficile ne sera toutefois pas de sortir de Chine, mais de convaincre les utilisateurs qu’un troisième choix mérite réellement de bouleverser leurs habitudes.

Tags : HarmonyOSHuawei
Yohann Poiron

The author Yohann Poiron

J’ai fondé le BlogNT en 2010. Autodidacte en matière de développement de sites en PHP, j’ai toujours poussé ma curiosité sur les sujets et les actualités du Web. Je suis actuellement engagé en tant qu’architecte interopérabilité.