Microsoft amorce un changement stratégique dans sa course à l’intelligence artificielle. Selon une information publiée par Bloomberg, l’entreprise commence à remplacer, sur certaines fonctionnalités, les modèles d’OpenAI et d’Anthropic par ses propres modèles baptisés MAI. L’objectif n’est pas de rompre avec ses partenaires historiques, mais de reprendre progressivement le contrôle d’une partie de son infrastructure d’IA afin de réduire les coûts et de mieux maîtriser ses services.
Cette évolution marque une nouvelle étape dans la stratégie du groupe, qui cherche désormais à devenir un fournisseur de modèles d’intelligence artificielle à part entière.
Les modèles MAI arrivent dans les produits Microsoft
Le changement reste, pour l’instant, limité. D’après Bloomberg, OpenAI et Anthropic continuent d’assurer la majorité des traitements réalisés par Copilot. Les modèles MAI interviennent uniquement sur certaines tâches où Microsoft estime qu’une solution interne est plus avantageuse, notamment pour des raisons de coûts d’exploitation ou de localisation des données.
Cette approche permet à l’entreprise d’exécuter davantage de traitements directement sur son infrastructure Azure, sans dépendre systématiquement de fournisseurs externes.
Lors de la conférence Build, Microsoft a dévoilé une première famille de sept modèles MAI, couvrant plusieurs domaines : le raisonnement, la génération d’images, la synthèse vocale ou encore la transcription audio.
Parmi eux, MAI-Transcribe-1 est actuellement testé dans Teams et Copilot, tandis que MAI-Image-2 commence à être déployé dans Bing et PowerPoint.

Réduire les coûts sans abandonner OpenAI
Cette évolution ne signifie pas la fin du partenariat entre Microsoft et OpenAI. Le groupe conserve un accès aux modèles de son partenaire et continue de les utiliser pour une grande partie des fonctionnalités nécessitant les capacités les plus avancées.
En parallèle, Microsoft développe désormais ses propres modèles afin d’optimiser ses marges.
Selon l’entreprise, l’un de ses modèles MAI, entraîné pour répondre aux besoins du cabinet de conseil McKinsey, offrirait une efficacité économique jusqu’à dix fois supérieure à celle de GPT-5.5 sur certains cas d’usage spécifiques. Même si cette comparaison repose sur un scénario particulier, elle illustre la priorité actuelle de Microsoft : réduire le coût d’exécution des services d’intelligence artificielle à grande échelle.
Un partenariat avec OpenAI devenu moins exclusif
Cette diversification est également rendue possible par l’évolution des relations entre Microsoft et OpenAI. Le contrat initial limitait fortement la capacité de Microsoft à développer ses propres modèles de pointe. Les deux entreprises ont depuis renégocié leur accord.
Microsoft conserve une licence lui permettant d’utiliser les technologies d’OpenAI jusqu’en 2032, mais n’est plus soumis à une exclusivité qui l’empêchait de développer des modèles concurrents. Dans le même temps, OpenAI peut désormais proposer ses modèles via d’autres fournisseurs cloud, notamment Amazon Web Services (AWS).
Cette nouvelle configuration pousse Microsoft à adopter une stratégie plus équilibrée.
Une stratégie fondée sur plusieurs modèles
Plutôt que de miser sur un seul partenaire, Microsoft construit désormais un portefeuille de technologies. L’entreprise conserve sa participation dans OpenAI, continue d’intégrer les modèles Claude d’Anthropic dans certaines fonctions de Copilot et développe simultanément sa propre famille MAI.
Cette approche limite les risques liés à une dépendance excessive envers un fournisseur unique.
Le PDG Satya Nadella a lui-même laissé entendre à plusieurs reprises que Microsoft souhaitait éviter de reproduire certaines erreurs du passé, en restant maître de ses technologies les plus stratégiques.
Posséder ses propres modèles devient ainsi un levier essentiel pour préserver son indépendance technologique.
Le véritable enjeu : la rentabilité de l’IA
Au-delà des performances techniques, la question centrale reste celle de la rentabilité. Microsoft dispose déjà d’un avantage considérable grâce à l’immense base installée de Windows, Microsoft 365, Teams et Office, qui représente plusieurs centaines de millions d’utilisateurs dans le monde.
Dans ce contexte, les modèles MAI n’ont pas nécessairement besoin de dépasser les meilleurs modèles du marché sur tous les benchmarks. Il leur suffit d’être suffisamment performants pour prendre en charge une partie des requêtes aujourd’hui confiées à OpenAI ou Anthropic. Chaque traitement exécuté sur une infrastructure interne permet de réduire les coûts liés aux licences et à l’utilisation de modèles tiers.
Alors que Microsoft continue d’investir massivement dans l’intelligence artificielle, cette maîtrise progressive de la chaîne technologique pourrait devenir un facteur déterminant pour améliorer la rentabilité de Copilot et des futurs services IA de l’entreprise.



