Depuis plus de dix ans, l’idée revient comme une obsession de geeks — et une promesse jamais totalement tenue : et si votre smartphone devenait votre ordinateur principal ? Nex Computer remet une pièce dans la machine avec le NexPhone, un téléphone milieu de gamme qui revendique une ambition rare en 2026 : vous laisser choisir, selon le moment, entre Android, Debian Linux et Windows 11.
L’approche est familière : on branche le smartphone à un écran, un clavier et une souris, et on obtient un pseudo ordinateur de bureau. Samsung a DeX, Motorola son Ready For, Microsoft a longtemps poussé l’intégration avec Windows — et Android 16 promet de démocratiser le mode de bureau sur davantage d’appareils.
Mais, Nex vise plus large : le NexPhone ne se contente pas d’un mode bureau Android. Il veut être une machine « caméléon » capable de changer d’OS selon le contexte, comme si le téléphone n’était plus un terminal, mais un socle informatique.

Trois OS, trois usages : Android au quotidien, Linux à la demande, Windows quand il faut « un vrai PC »
Sur le NexPhone, Android reste le mode naturel en mobilité. Debian Linux peut se lancer « à la volée » (présenté comme une option accessible depuis Android), et Windows 11 nécessite un redémarrage pour basculer dans une partition dédiée.
Là où le concept devient franchement singulier, c’est dans l’expérience Windows « débranchée » : Nex évoque une interface mobile en tuiles, clin d’œil évident à Windows Phone/Windows 10 Mobile, construite via des progressive web apps — un choix qui s’explique aussi par l’arrêt du support de Windows Subsystem for Android (WSA) annoncé pour mars 2025.
Branché à un moniteur, l’utilisateur retrouverait alors :
- Android Desktop Mode (pour la continuité et la légèreté),

- Linux en interface bureau complète (pour les workflows plus « dev »),

- Windows 11 (pour les apps pro, les contraintes de compatibilité, ou simplement l’habitude).

Sur le papier, c’est la liberté totale. En pratique, c’est aussi une philosophie : accepter que votre « ordinateur » soit un téléphone, et que l’ordinateur change de visage selon vos besoins.
Le point de friction : un hardware correct… mais un choix de puce qui pose question
Le NexPhone est annoncé comme un milieu de gamme : batterie 5 000 mAh, capteur photo principal 64 MP, et même recharge sans fil ; l’appareil met aussi en avant un profil durci (MIL-STD-810H, IP68/IP69).
Mais, le choix le plus commenté est ailleurs : le NexPhone embarque une Qualcomm QCM6490, une puce plutôt orientée IoT/industrie, déjà vue notamment dans le Fairphone 5. L’intérêt, selon Nex, tient à sa compatibilité native avec Android/Linux/Windows et à une logique de support long terme.
Le compromis, lui, est limpide : les performances ne viseront pas le « flagship ». Les benchmarks du QCM6490 sur d’autres appareils le placent davantage dans une zone « mid-range solide » que dans une catégorie taillée pour des usages lourds, et encore moins pour du jeu exigeant.
Ce détail compte, parce que la promesse « remplace ton PC » se joue rarement sur les capacités de connexion… mais sur la tenue en charge réelle : multitâche, gestion thermique, fluidité sous Windows, et stabilité des pilotes.
Prix, calendrier, et la vraie question : gadget brillant ou bascule crédible ?
Nex annonce un prix de 549 dollars, avec un acompte remboursable de 199 dollars, et des livraisons visées au T3 2026.
À ce tarif, l’objet a une fenêtre : celle des utilisateurs qui veulent tester un « desktop phone » sans payer le prix d’un ultra-premium. Reste le juge de paix : Windows 11 en conditions réelles. Si la bascule écran/clavier devient réellement fluide (et si la couche DisplayLink/USB-C tient ses promesses), Nex pourrait enfin toucher quelque chose que les géants n’ont jamais totalement verrouillé : l’ordinateur qui se glisse dans la poche — sans demander de compromis permanents.
En 2026, le NexPhone ressemble moins à un produit grand public qu’à une déclaration : le smartphone n’a pas besoin d’être un ordinateur d’appoint… s’il accepte de devenir plusieurs ordinateurs à la fois.



