Pour Carl Pei, le smartphone n’a presque pas changé de nature depuis des années. Lors d’un échange à SXSW 2026, le CEO de Nothing a expliqué que l’industrie repose encore sur la même grammaire logicielle qu’hier : écran verrouillé, écran d’accueil, magasin d’applications et succession d’apps en plein écran.
Selon lui, cette logique arrive à son terme, et l’intelligence artificielle doit désormais prendre le relais.
Carl Pei : « Les apps vont disparaître »
La formule est forte, et Carl Pei l’assume. Au SXSW, il a affirmé que les applications allaient disparaître à terme, en particulier pour les services dont la valeur repose surtout sur une interface ou un parcours d’usage standardisé.
Il conseille même aux fondateurs de réfléchir dès maintenant à une ouverture de leurs services aux agents IA, par exemple via des API ou des interfaces adaptées, plutôt que de compter uniquement sur une app traditionnelle.
Le raisonnement part d’un constat très concret : accomplir une tâche simple sur smartphone implique encore trop d’étapes. Pei prend l’exemple d’un café avec un ami, qui peut nécessiter messagerie, cartes, transport et calendrier. Pour lui, le problème n’est pas seulement l’esthétique du smartphone moderne, mais sa structure même : trop d’interfaces, trop de friction, trop d’actions manuelles pour un seul objectif.
Le smartphone du futur, selon Nothing
La vision de Carl Pei repose sur une IA capable de comprendre l’intention de l’utilisateur, puis d’agir à sa place. Dans sa forme la plus simple, cela signifie déjà réserver un vol ou un hôtel sur commande. Mais, Pei juge ce premier stade « super ennuyeux » : à ses yeux, la vraie rupture viendra quand le système comprendra les objectifs de long terme de son propriétaire, l’aidera à s’y tenir, puis finira même par suggérer des choses qu’il n’aurait pas pensé demander lui-même.
Cette idée rejoint une direction que Nothing défend depuis plusieurs mois. Dans un entretien accordé à WIRED en 2025, Pei évoquait déjà un horizon de 7 à 10 ans dans lequel le téléphone deviendrait une sorte d’OS intelligent et proactif, réduisant progressivement la place des apps individuelles.
Une interface pour les agents, pas un robot qui imite l’humain
L’un des points les plus intéressants de son raisonnement concerne l’interface elle-même. Pei estime que l’avenir n’est pas à des agents qui « cliquent » sur les apps comme un humain le ferait. Pour lui, cette approche n’est qu’un bricolage de transition. Le futur suppose au contraire de créer une interface pensée pour les agents, pas de demander à l’IA d’utiliser une interface conçue pour des doigts humains.
Sur ce point, sa conviction est assez claire : l’entrée naturelle sera la voix, parce que c’est la manière la plus simple d’exprimer une intention. En revanche, la sortie restera principalement l’écran, qu’il considère plus efficace que l’audio pour restituer de l’information. En résumé : « voice in, screen out ».
Une intuition séduisante, mais encore loin d’être prouvée
L’intuition de Pei est puissante parce qu’elle répond à une vraie fatigue du modèle applicatif actuel. Ouvrir quatre services pour accomplir une seule action n’a rien d’élégant. Et il est vrai que des acteurs comme Google ou Samsung explorent déjà des usages plus agentiques de l’IA dans leurs appareils.
Mais entre la vision et la réalité, l’écart reste immense. Les tentatives récentes pour créer des assistants réellement utiles et autonomes n’ont pas encore totalement convaincu. Ce que dit Carl Pei ressemble donc moins à une prédiction immédiate qu’à une lecture stratégique du mouvement à venir : l’app ne disparaîtra pas demain, mais elle pourrait cesser d’être l’unité centrale de l’expérience mobile. Cette dernière phrase est une analyse fondée sur ses déclarations et sur l’état actuel du marché.
Au fond, Carl Pei ne dit pas seulement que les apps vont disparaître. Il dit surtout que le smartphone doit cesser d’être un panneau de contrôle fragmenté pour devenir un système capable de comprendre une intention et de la transformer en action. Et si cette bascule se produit, le prochain grand changement du mobile ne sera peut-être ni un nouveau format, ni une nouvelle puce, mais la disparition progressive de l’écran d’accueil tel qu’on le connaît.


