Il y a un moment, en montage, où l’élan créatif se fracasse sur la réalité : l’assemblage. Trier, poser les rushes, construire un brouillon, trouver un rythme — avant même d’avoir commencé « à raconter ».
Avec Quick Cut, une nouvelle fonctionnalité de Firefly Video Editor lancée en bêta, Adobe veut précisément attaquer ce point de friction : générer un premier montage structuré à partir de vos clips et d’un simple brief en texte.
Quick Cut : Un premier jet automatique, pensé pour remettre l’histoire au centre
Quick Cut se présente comme un accélérateur de premier montage. Vous importez votre b-roll (ou vous générez des plans via Firefly), vous décrivez l’intention — « mets en avant les meilleurs passages de l’interview », « isole les moments clés du test produit », etc. — et l’outil assemble une première version qui sert de base de travail.
Adobe résume l’idée avec une formule qui vise juste : « Goodbye empty timeline. Hello momentum » (« Adieu le vide temporel. Bonjour l’élan. »). L’objectif n’est pas de sortir une vidéo finie, mais de transformer « j’ai des clips » en « j’ai déjà une version sur laquelle réagir ».
Comment ça marche : texte, transcription, ratio… et contrôle créatif ?
Quick Cut veut réduire la part de « collage » manuel qui mange des heures sur les projets répétitifs (podcasts, interviews, reviews, formats social). Concrètement, l’outil assemble automatiquement des séquences à partir d’instructions textuelles, en s’appuyant sur vos médias importés ou générés, permet d’éditer via une timeline de transcription (pour couper/ajuster en s’appuyant sur le texte) et laisse régler l’aspect ratio et la durée cible du premier montage (pratique pour décliner un même sujet en 16 : 9, 9 : 16, 1 : 1).
Sur la promesse, Adobe insiste sur un point clé : Quick Cut est conçu pour produire un brouillon — pas un montage « prêt à publier ». Le gain est dans la vitesse de démarrage, pas dans la magie d’un export final.
Démonstration : rapide, mais encore brut — et c’est le concept

Dans une démo, Adobe a assemblé en quelques secondes une première version d’une review de manette de console. Le résultat nécessitait clairement du travail (rythme, respirations, choix des plans), mais le « squelette » était là — ce qui aurait pris bien plus de temps à monter à la main.
C’est aussi ce que revendique Adobe : enlever le fastidieux, pour libérer du temps sur ce qui fait la différence — intention, narration, sound design, étalonnage.
Adobe standardise le « brouillon IA »… et vise les créateurs en série
Quick Cut n’est pas seulement une fonctionnalité. C’est une prise de position sur l’évolution du montage : le premier montage devient un objet généré, un point de départ itératif, plutôt qu’une construction manuelle plan par plan.
Le pari est double :
- Productivité : pour les créateurs qui publient souvent, le premier montage est un goulet d’étranglement. Si l’IA le débloque, le montage redevient un espace d’arbitrages créatifs, pas de manutention.
- Standardisation des workflows : transcription, formats multiples, contraintes de durée… Adobe aligne Firefly sur les usages modernes (social, podcasts vidéo, formats « best-of »), là où l’édition classique reste parfois lourde.
Reste la question sensible : à force d’automatiser le premier jet, on risque d’uniformiser le rythme et les choix « par défaut ». La vraie valeur sera donc dans la finesse des contrôles, et dans la capacité des monteurs à casser le moule — exactement là où Adobe promet de laisser « le full control ».
Quick Cut s’annonce comme un outil de momentum : pas un remplaçant du monteur, mais un déclencheur. Et dans la création, c’est souvent ce premier pas qui manque le plus.


