Le RP2350 n’a jamais été pensé pour jouer dans la cour des monstres de fréquence. C’est un microcontrôleur : frugal, réactif, taillé pour des tâches temps réel et des projets embarqués. Officiellement, Raspberry Pi annonce des cœurs Arm Cortex-M33 ou Hazard3 RISC-V à 150 MHz.
Sauf qu’en coulisses, certains ont décidé de pousser la logique à l’extrême — et de répondre à une question délicieusement inutile, donc essentielle : et si on le faisait courir ?
De 150 MHz à plus de 800 MHz : l’expérience « pour la science »
Sur le blog de Pimoroni, Mike Bell raconte comment un Raspberry Pi Pico 2 équipée d’un RP2350 a été poussée jusqu’à 873,5 MHz en pic — avec une zone « raisonnablement stable » plutôt située entre 800 et 850 MHz, selon les exemplaires.
Les résultats varient d’une puce à l’autre : Pimoroni décrit par exemple un exemplaire stable à ~840 MHz, et une tentative à ~860,7 MHz « brièvement » avant que la stabilité ne décroche.
Le plus intéressant : les cœurs RISC-V semblent parfois tenir un tout petit peu plus haut que les cœurs Arm, avec un run « presque une minute » à 873,5 MHz avant crash, et une plage stable évoquée autour de 820–840 MHz dans certains réglages de test.
Comment c’est possible (sans transformer ça en tuto risqué) ?
L’article de Pimoroni décrit une démarche d’overclocking agressive et clairement hors cadre « usage normal » : manipulation du régulateur, augmentation de tension, puis refroidissement progressif — jusqu’à des méthodes extrêmes, comme la glace carbonique (dry ice).
Ce point mérite d’être dit sans détour : l’overvolting et le refroidissement extrême, ce n’est pas une recette « maker safe » par défaut. Ça peut endommager le matériel, provoquer de l’instabilité, et dans le cas de la glace carbonique, introduire des risques physiques (brûlures par le froid, ventilation, condensation, etc.). Pimoroni le raconte comme une expérimentation, pas comme une recommandation grand public.

Pourquoi ça fascine autant, alors que ce n’est pas « utile » ?
Parce que ça révèle deux choses. D’abord, la marge électrique/thermique du RP2350 est plus large que ce que son positionnement laisse imaginer — même si Raspberry Pi documente clairement un system clock jusqu’à 150 MHz dans la fiche technique, et que tout le reste relève de l’exception, pas du contrat.
Ensuite, ça rappelle un phénomène déjà vu avec le RP2040 : une communauté qui explore, mesure, repousse — et parfois influence, indirectement, les pratiques (sans jamais confondre « record de labo » et « spec de production »). Sur Hacker News, la discussion autour de l’article Pimoroni reflète bien cet esprit : curiosité, prudence, et fascination pour les limites physiques d’un composant à 5–7 dollars.
Le RP2350 ne devient pas un CPU « rapide » — il devient un terrain d’exploration
Même à 800+ MHz, un microcontrôleur ne se transforme pas magiquement en processeur applicatif. Les contraintes restent celles de l’embarqué : mémoire, bus, périphériques, architecture, latences. Mais ce genre d’essai a une valeur : il éclaire la robustesse du design, la qualité des PLL/horloges, et les limites thermiques réelles.
Et surtout, il nourrit une idée très actuelle : le RP2350 est moins un « successeur du RP2040 » qu’une plateforme où l’on peut expérimenter — Arm ou RISC-V, sécurité, I/O programmable, et maintenant… overclocking extrême. Raspberry Pi l’a conçu pour être accessible, la communauté le traite comme un laboratoire.



