Le retour sur la Lune n’a plus grand-chose d’un drapeau planté dans la poussière. Pour la NASA, l’objectif sur la Lune est désormais plus ambitieux — tenir, travailler, industrialiser un minimum.
Et pour y arriver, Washington assume un choix longtemps cantonné aux slides : poser un réacteur nucléaire à fission à la surface lunaire d’ici 2030. Une trajectoire réaffirmée ce mois-ci, avec la signature d’un Memorandum of Understanding entre la NASA et le Department of Energy (DOE).
La nuance compte : les agences parlent d’un système de « réacteur de surface lunaire prêt pour lancement » à horizon 2030, et d’un effort commun pour le développer, le combustible, l’autoriser et le préparer.
En revanche, dire que « la première centrale nucléaire lunaire est confirmée » est un peu trop catégorique : ce n’est un objectif politique et programmatique, pas un site déjà attribué ni un chantier « béton » avec budget détaillé et design figé.
Pourquoi le nucléaire devient (presque) incontournable sur la Lune
We have news! We’re partnering with @ENERGY to get a lunar nuclear reactor ready by 2030. Continuous, reliable power means we stay, build infrastructure, and push to Mars.
We are following through on the President’s directive in the national space policy through American… pic.twitter.com/lSVdZLmVIG
— NASA (@NASA) January 13, 2026
Sur Terre, le solaire est une évidence. Sur la Lune, c’est un pari. La nuit lunaire dure environ 14 jours terrestres, et certaines zones — notamment proches des régions polaires — peuvent être durablement ombragées. Un réacteur à fission, lui, promet une électricité continue, indépendante de l’ensoleillement et des variations de température, ce qui change tout pour les systèmes de survie et habitats, la science (instruments sensibles, communications), et la logistique (chauffage, mobilité, opérations longues).
C’est précisément l’argument central des programmes Fission Surface Power que la NASA documente depuis plusieurs années : un système capable d’opérer des années sans ravitaillement.
Une décision qui est aussi… un signal géopolitique
Le timing n’est pas neutre. La course à l’infrastructure lunaire se durcit, et l’énergie est la brique qui transforme une mission en présence durable. Ces dernières semaines, la compétition s’affiche plus ouvertement — jusque dans les annonces russes autour d’une centrale lunaire à l’horizon 2036.
Côté américain, certaines analyses internes et industrielles présentent le réacteur comme un levier de « premier arrivé, premier servi » — pas en droit, mais en fait : celui qui alimente une base en continu gagne de l’avance, de la crédibilité, et un poids dans la normalisation des usages.
Le droit : l’Outer Space Treaty ne dit pas « non » au nucléaire civil… mais impose des garde-fous
Le Traité de 1967 interdit surtout le nucléaire militaire (armes de destruction massive) sur les corps célestes, et encadre l’usage « pacifique » de la Lune. Mais, les zones sensibles sont ailleurs : l’article IX (prévention de la contamination nuisible, devoir de « due regard ») et, plus largement, les principes ONU sur l’usage de sources nucléaires dans l’espace, qui restreignent l’emploi du nucléaire aux missions où une alternative non nucléaire n’est pas raisonnable, et exigent une approche de sûreté stricte.
Autrement dit : un réacteur lunaire est juridiquement défendable, mais politiquement inflammable — surtout si d’autres puissances contestent la manière dont une zone d’opération est « sécurisée » autour de l’installation.
La sécurité : le vrai risque est avant la Lune
Les inquiétudes les plus concrètes concernent le lancement (accident, retombées, récupération) et la gestion de fin de vie (mise en sommeil, confinement, éloignement). Les sources qui couvrent l’annonce insistent sur le fait que le calendrier reste ambitieux et que beaucoup de détails techniques n’ont pas été rendus publics, ce qui nourrit mécaniquement les critiques.
Le point clé, c’est ce que cette décision représente dans la doctrine « Moon to Mars ». Mettre du nucléaire sur la Lune, c’est accepter que l’exploration devient infrastructure : une énergie stable pour des chaînes complètes (habitats, science, éventuellement exploitation de ressources locales).
Mais, c’est aussi une bascule culturelle : la NASA se place sur un terrain où l’ingénierie pure ne suffit plus. Il faut convaincre des partenaires, rassurer des opinions publiques, encadrer juridiquement, et livrer un système qui ne tolère ni l’approximation ni la communication floue.
Si le programme tient sa trajectoire, 2030 ne marquera pas seulement « un réacteur sur la Lune ». Ce sera le moment où l’on pourra dire, sans métaphore, que l’humanité commence à brancher l’exploration spatiale sur une prise murale.



