Instagram veut réduire l’un des passages les plus fastidieux de la création de Reels : le premier montage. Avec First Draft, la plateforme peut désormais analyser plusieurs clips, supprimer automatiquement certaines pauses et assembler les meilleurs passages pour produire une première version exploitable en quelques secondes.
L’idée n’est pas de remplacer entièrement le montage, mais de supprimer une partie du travail préparatoire. Pour Meta, c’est aussi une manière de garder davantage de créateurs à l’intérieur d’Instagram, sans les obliger à passer par CapCut, Adobe ou d’autres applications avant de publier.
First Draft automatise le premier montage d’un Reel
Le principe de First Draft est particulièrement simple. Après avoir sélectionné plusieurs vidéos, Instagram peut créer automatiquement un premier montage en découpant les séquences, en retirant certains temps morts et en rapprochant les moments jugés les plus pertinents.
Instagram affirme que cette première version peut être générée en moins de 10 secondes.
L’utilisateur reste ensuite libre de reprendre le résultat manuellement : modifier les coupes, changer l’ordre des clips, ajouter du texte, de la musique ou poursuivre le travail avec les outils habituels de Reels.
Cette approche vise surtout à supprimer ce fameux « premier passage » souvent chronophage, où il faut visionner plusieurs rushs avant même de commencer réellement le montage.

Le déploiement commence sur iPhone
First Draft est dans un premier temps déployé sur iPhone. La fonction peut être utilisée directement depuis la caméra Instagram lors de la création d’un Reel, mais aussi depuis la galerie Reels après avoir sélectionné plusieurs clips.
Ce positionnement est important.
Instagram ne présente pas First Draft comme un nouvel outil séparé ou comme une application de montage à part entière. La fonction s’intègre directement au flux de création déjà utilisé par des millions de personnes. Pour les utilisateurs peu familiers avec les logiciels de montage, cela peut réduire considérablement la barrière à l’entrée. Il suffit de sélectionner ses vidéos, laisser Instagram proposer une première structure, puis ajuster le résultat.
Instagram ne réinvente pas le montage automatique
La technologie elle-même n’est pas vraiment nouvelle. Des plateformes comme CapCut proposent depuis longtemps des fonctions d’assemblage automatique, tandis qu’Adobe développe des outils similaires avec Firefly et ses fonctions de montage assisté par IA.
La différence se joue donc moins sur la fonction que sur son emplacement.
Instagram possède déjà l’audience, la caméra, les outils de publication et les données permettant de comprendre quels formats fonctionnent sur Reels. En intégrant le montage automatique directement dans son application, Meta réduit encore la nécessité d’utiliser un outil externe.
Pour un créateur, quelques étapes économisées sur chaque vidéo peuvent rapidement représenter un gain important lorsqu’il faut publier plusieurs contenus par semaine.
Meta veut progressivement absorber tout le workflow des créateurs
First Draft s’inscrit dans une série de nouveautés lancées ou testées cette année. Instagram a récemment ajouté Replace Audio, qui permet de remplacer la musique d’anciennes publications et de carrousels sans devoir supprimer puis republier le contenu.
Meta travaille également sur un assistant IA pour Edits, son application dédiée au montage vidéo, avec l’objectif d’automatiser davantage certaines tâches de production. L’entreprise teste parallèlement Series, une fonction permettant de regrouper plusieurs Reels dans un ordre déterminé afin de créer des contenus épisodiques.
Pris séparément, chacun de ces outils peut sembler relativement mineur. Cependant, ensemble, ils montrent une stratégie cohérente : Instagram cherche à couvrir davantage d’étapes entre la capture d’une vidéo et sa consommation par le public.
La bataille contre CapCut se joue directement dans l’application
Le principal enjeu pour Instagram est évident. Pendant longtemps, une partie importante des vidéos publiées sur Reels étaient montées ailleurs, notamment dans CapCut, avant d’être importées sur Instagram.
Cette dépendance représente un problème stratégique.
Chaque fois qu’un utilisateur quitte Instagram pour monter une vidéo, Meta perd une partie du contrôle sur le processus de création et offre à un concurrent l’occasion de devenir l’outil principal du créateur. First Draft réduit légèrement cette dépendance. Si Instagram devient capable de gérer automatiquement le dérushage, les premières coupes, la musique, certains effets et bientôt davantage d’opérations assistées par IA, la plateforme peut espérer devenir non seulement le lieu où les vidéos sont publiées, mais également celui où elles sont produites.
C’est exactement le terrain sur lequel Meta tente aussi de positionner Edits.
Le vrai avantage pourrait être la simplicité
First Draft ne remplacera probablement pas Premiere Pro, Final Cut ou même CapCut pour les utilisateurs les plus exigeants. Mais, ce n’est probablement pas son objectif. Instagram s’adresse ici à une population beaucoup plus large : les utilisateurs qui possèdent plusieurs clips intéressants mais repoussent la création d’un Reel parce que l’étape du montage paraît trop longue.
Pour eux, une première version imparfaite mais générée en quelques secondes peut suffire à débloquer le processus.
C’est une logique devenue classique dans les outils IA. L’objectif n’est pas nécessairement de produire immédiatement le résultat final, mais de supprimer la friction de la page blanche — ou ici, de la timeline vide.
Instagram veut supprimer chaque friction avant la publication
First Draft est une petite fonction, mais elle illustre parfaitement la direction prise par Instagram. La plateforme cherche progressivement à automatiser tout ce qui ralentit la création : sélection des clips, montage, audio, organisation des contenus et bientôt davantage de tâches réalisées avec l’intelligence artificielle.
À mesure que ces outils deviennent plus performants, la frontière entre réseau social et logiciel de création devient de plus en plus floue. Instagram ne veut plus seulement être l’endroit où l’on regarde des vidéos courtes. Il veut être celui où elles sont imaginées, assemblées, montées et publiées — idéalement sans jamais quitter l’application.



