Pendant des années, CarPlay a été une forteresse : une interface élégante, mais verrouillée autour d’un seul « cerveau » vocal — Siri. Or, à l’heure où les assistants génératifs deviennent des copilotes capables de raisonner, résumer et planifier, Apple semble prêt à desserrer l’étau.
Selon Bloomberg, la marque préparerait l’arrivée d’assistants IA tiers dans CarPlay, dont ChatGPT (OpenAI), Claude (Anthropic) et Gemini (Google).
Une ouverture contrôlée : Apple « autorise », mais ne « remplace » pas Siri
Le changement est réel… mais typiquement Apple. D’après les informations relayées, les apps IA pourront proposer un mode vocal dans CarPlay, ce qui permettrait d’interagir en conduite via leurs interfaces, sans passer par le téléphone comme aujourd’hui.
En revanche, Apple garderait la main sur l’expérience système : impossible de remplacer le bouton Siri de CarPlay ou le mot pour l’interpeller.
En clair : Siri reste la porte d’entrée par défaut, tandis que ChatGPT, Claude ou Gemini devront être lancés via leurs applications dédiées (qui pourraient, elles, s’ouvrir directement en « voice mode »).
Pourquoi maintenant : l’IA « par alliance » devient la stratégie Apple
Ce virage s’inscrit dans un mouvement plus large : Apple accepte de plus en plus l’idée que l’IA ne se gagnera pas uniquement « en interne ». Les signaux d’un rapprochement avec Google autour de Gemini se multiplient, et la logique est la même ici : accélérer, combler des retards, et surtout éviter que CarPlay paraisse daté face aux cockpits Android et aux assistants embarqués des constructeurs.
Surtout, l’automobile est devenue un terrain où l’IA conversationnelle fait une vraie différence. Mercedes-Benz, par exemple, a déjà communiqué sur un MBUX Virtual Assistant alimenté par Gemini (via Google Cloud) pour enrichir la recherche et la navigation.
CarPlay Ultra patine : l’IA comme « plan de relance » crédible
L’autre lecture est plus politique : CarPlay Ultra, la version ambitieuse et « full dashboard », peine à s’installer au-delà de quelques modèles très premium. Les rumeurs d’une extension à des marques plus grand public comme Hyundai/Kia reviennent régulièrement, mais l’adoption reste lente.
Dans ce contexte, ouvrir CarPlay aux assistants IA tiers ressemble à un levier pragmatique : si Apple ne peut pas imposer Ultra partout, elle peut au moins moderniser le CarPlay actuel — celui qui est déjà dans des millions de voitures — avec une valeur perçue immédiate.
Ce que ça change vraiment à l’usage… et ce qui reste flou
Le gain potentiel :
- Des requêtes plus « humaines » (résumés, suggestions, contexte) que Siri gère mal historiquement.
- Un assistant plus efficace pour les tâches à étapes : préparer un itinéraire avec contraintes, résumer des messages, proposer des options, etc.
La limite structurelle : tant que Siri garde le bouton et le wake word, l’IA tierce reste un « mode » dans une app, pas un vrai système d’assistance intégrée à la voiture.
La grande inconnue est jusqu’où Apple laissera ces assistants toucher aux fonctions « système » (musique, navigation, appels, messages). Bloomberg et les reprises publiques indiquent une ouverture, mais une ouverture cadrée.
Le message d’Apple est limpide : moderniser sans perdre le contrôle
Apple n’est pas en train d’abandonner Siri dans la voiture. Elle fait quelque chose de plus subtil : elle laisse entrer des cerveaux externes… tout en conservant l’architecture de l’habitacle. Une concession à l’ère agentique, mais sous supervision — comme si CarPlay devenait une vitrine d’IA « à la carte », avec Siri en maître de cérémonie.
Si la promesse se concrétise, ce ne sera pas juste « ChatGPT dans la voiture ». Ce sera un aveu stratégique : l’assistant du futur ne sera pas monolithique — il sera modulaire, contextuel, et parfois… fourni par la concurrence.



