La XR n’est plus un « projet de labo » chez Google. Et, Samsung ne veut plus rester spectateur de la prochaine interface majeure. Les deux groupes approfondissent leur collaboration autour de Android XR, avec un objectif assumé : faire de Android XR la base logicielle (et matérielle) de la prochaine génération de lunettes connectées et de lunettes AR, plus simples à concevoir pour les marques, plus faciles à cibler pour les développeurs.
Et, fait nouveau côté calendrier : Samsung confirme qu’elle lancera ses propres lunettes connectées en 2026, évoquées publiquement lors de son earnings call, comme partie intégrante d’une stratégie « AI hardware » multimodale.
Ce que Google et Samsung mettent sur la table : du « référentiel » pour créer une industrie
À la Google I/O 2025, Shahram Izadi (Android XR) expliquait que Google allait pousser son partenariat avec Samsung « au prochain niveau », en travaillant sur du matériel de référence et du logiciel de référence pour des lunettes Android XR. L’idée : fournir une base éprouvée (design, capteurs, intégration, APIs) que d’autres marques pourront reprendre plutôt que de réinventer la roue.
Ce type de « reference platform » n’est pas glamour, mais c’est le nerf de la guerre : quand un écosystème part de zéro, la standardisation fait gagner des années (et évite des produits incompatibles, des SDK fragmentés, des expériences incohérentes).
Google a déjà une page « Android XR » qui décrit l’OS comme une plateforme pensée pour headsets et lunettes, avec Gemini au centre. 
Deux familles de lunettes : sans écran d’abord, avec affichage ensuite
Google a clarifié que Android XR vise deux catégories de lunettes :
- Des « lunettes IA » sans écran, centrées sur l’assistance mains libres (micro, haut-parleurs, caméras) — plus légères et plus accessibles.
- Des lunettes avec affichage intégré, capables de superposer des informations (navigation, traduction, indications contextuelles) — forcément plus chères et plus complexes à industrialiser.
C’est une approche pragmatique : démarrer par le « screen-free » permet d’atteindre un vrai volume plus vite (et d’entraîner les usages), avant de basculer vers l’AR visuelle lorsque l’autonomie, les optiques et les coûts deviennent acceptables.

Les partenaires « style » : Warby Parker et Gentle Monster pour sortir du look prototype
Pour Google, la leçon Meta est évidente : les lunettes doivent d’abord être portables. D’où des partenariats avec des marques de lunettes comme Warby Parker et Gentle Monster, annoncées comme partenaires Android XR. Warby Parker a même publié une page dédiée à son « intelligent eyewear » avec Google, et Reuters a rapporté un objectif de lancement en 2026 pour les premiers produits issus de cette collaboration.
En filigrane, Android XR cherche à devenir ce qu’Android a été pour le smartphone : un socle commun, sur lequel des marques viennent différencier le design, les matériaux, le pricing et l’écosystème.
Samsung confirme ses lunettes 2026 : une stratégie en deux temps (et un message à Apple)
Samsung a confirmé lors de son appel financier pour ce trimestre que des « lunettes AR de nouvelle génératio » étaient prévues en 2026, intégrées à une vision d’expériences IA multimodales sur plusieurs formats.
Les fuites et lectures de marché (à prendre comme telles) décrivent une première génération sans affichage AR en 2026, plus proche de la philosophie « assistant + audio + caméra », puis un modèle plus avancé avec affichage en 2027. Ce phasage collerait parfaitement aux deux catégories d’Android XR.
Dans l’écosystème Samsung, l’enjeu est énorme : si la prochaine interface se porte sur le visage, Samsung veut que Galaxy + Android XR soit l’équivalent futur de « Galaxy + Android » sur mobile — avec une IA plus contextuelle, plus persistante, et moins dépendante du smartphone à l’écran.
La bataille ne se jouera pas sur « la meilleure démo », mais sur les standards
Apple a choisi un angle premium avec son Vision Pro. Meta avance vite sur des lunettes grand public et prépare des paliers AR plus ambitieux. Google et Samsung, eux, semblent jouer la carte la plus « Android » possible : accélérer le marché avec des références, des partenaires design, et une plateforme qui réduit les coûts d’entrée pour les fabricants.
C’est potentiellement la meilleure stratégie pour gagner à moyen terme : dans les lunettes, le gagnant n’est pas forcément celui qui lance le premier, mais celui qui fait converger développeurs, marques et usages autour d’un cadre stable.
La question devient alors très concrète : Android XR peut-il éviter la fragmentation (trop de modèles, trop d’interfaces, trop d’implémentations bancales) tout en restant suffisamment ouvert pour attirer tout le monde ? Si Google et Samsung réussissent ce verrou, 2026 pourrait ressembler aux débuts d’Android… mais sur un nouveau visage.



