Le futur « mode adulte » de ChatGPT continue de se dessiner… tout en restant bloqué à la porte. D’après The Wall Street Journal, OpenAI prévoirait bien de lancer une version réservée aux adultes vérifiés capable de soutenir des conversations textuelles à tonalité érotique, mais sans génération d’images, de voix ni de vidéo au lancement.
Un porte-parole cité par le journal parle d’un registre relevant davantage du « smut » que de la pornographie.
Le point clé, c’est que cette ouverture annoncée il y a plusieurs mois n’arrivera finalement pas aussi vite qu’espérée. OpenAI a confirmé début mars qu’il repoussait le lancement pour se concentrer sur des travaux jugés plus prioritaires, sans donner de nouvelle date publique à ce stade.
ChatGPT : Une version plus permissive, mais strictement textuelle
Ce qui se profile n’est donc pas un ChatGPT NSFW au sens large, encore moins un générateur multimédia adulte. Selon les informations publiées ce weekend, OpenAI envisage d’autoriser des échanges écrits à thème adulte pour des utilisateurs vérifiés, tout en laissant de côté les formats les plus sensibles, comme l’image, la vidéo et la voix.
Cette distinction n’a rien d’anodin. Elle montre qu’OpenAI tente de desserrer certaines restrictions sans franchir d’emblée les lignes les plus explosives sur le plan réglementaire et réputationnel. En restant sur du texte, l’entreprise réduit au moins une partie du risque juridique et médiatique associé à la production de contenus sexuels explicites visuels. C’est aussi cohérent avec ses politiques actuelles, qui maintiennent des garde-fous très stricts autour de la sexualisation des mineurs et des contenus abusifs.
Pourquoi OpenAI ralentit ?
Le report ne semble pas être un simple contretemps produit. D’après le WSJ, OpenAI fait face à des inquiétudes internes, à des défis techniques de modération et à des questions très sensibles autour de la protection des mineurs et de la dépendance émotionnelle. Le journal affirme notamment qu’un conseil consultatif a alerté l’entreprise sur le risque de voir des enfants accéder à ce mode, ou de favoriser des usages psychologiquement malsains.
Toujours selon ce même rapport, l’un des points les plus problématiques concernerait le système de prédiction d’âge, qui aurait pu à un moment classer à tort des mineurs comme adultes dans environ 12 % des cas. Avec une base d’utilisateurs très jeune, cette marge d’erreur devient immédiatement massive à l’échelle de ChatGPT.
Une tension de fond dans toute l’industrie IA
Au fond, ce dossier dit quelque chose de plus large sur la maturité du marché. L’industrie de l’IA générative ne débat plus seulement de performance, mais de frontières d’usage. Jusqu’où peut-on personnaliser une IA conversationnelle sans encourager l’addiction, l’isolement ou des usages problématiques ? Comment ouvrir davantage de liberté aux adultes sans créer une faille pour les publics les plus vulnérables ?
OpenAI avait déjà fait évoluer son cadre ces derniers mois avec une logique plus orientée vers le principe de « traiter les adultes comme des adultes », tout en conservant des interdictions absolues sur les contenus sexuels impliquant des mineurs. Mais entre un principe de liberté et un produit déployé à grande échelle, il reste une zone grise immense.
Ce que cela change vraiment
Pour l’instant, rien ne change pour les utilisateurs. Aucune date de lancement n’est annoncée, et OpenAI n’a pas officialisé publiquement les contours définitifs de ce mode au-delà du report. Ce qui ressort des informations disponibles, c’est surtout une orientation : oui à des conversations adultes textuelles, non — au moins dans un premier temps — aux contenus visuels, vocaux ou vidéo.
Autrement dit, OpenAI ne renonce pas forcément à son projet. Mais l’entreprise semble avoir compris que, sur ce terrain, la difficulté n’est pas de rendre le modèle plus permissif. La vraie difficulté est de le faire sans ouvrir une brèche beaucoup plus dangereuse que le produit lui-même.



