Il y a encore deux ans, « coder » supposait un bureau, un écran large, un clavier sérieux. Début 2026, une autre idée s’installe : la production logicielle peut devenir asynchrone, mobile, et pilotée par agents — au point de tenir dans une poche.
À l’origine de cette bascule : Claude Code, l’outil de développement « agentique » d’Anthropic, dopé par l’arrivée de Claude Opus 4.5, pensé pour les tâches de coding longues et autonomes.
Le déclic s’est cristallisé autour d’un récit devenu viral : sur le blog Granda, un développeur explique comment il fait tourner six agents Claude Code en parallèle depuis son iPhone, via Termius et une VM cloud, et ne revient à l’écran… que lorsque l’IA réclame une décision humaine.
La révolution silencieuse : le code passe en mode « asynchrone »
Claude Code n’est pas « un chatbot qui écrit du code ». C’est un outil conçu pour vivre dans le terminal, comprendre une base de code, exécuter des commandes, gérer Git, itérer — bref, agir comme un pair qui ne dort jamais.
La nouveauté, ce n’est pas seulement l’automatisation. C’est la temporalité. Avec des agents capables de travailler plusieurs minutes (ou dizaines de minutes) sans supervision, le développement se rapproche d’un modèle « commande → exécution → retour », où l’humain orchestre plutôt qu’il ne tape. Et quand cette orchestration se fait depuis un smartphone, le rapport au travail change : on ne « s’assoit » plus pour produire, on déclenche et on arbitre.
Le setup « dans la poche » : cloud + terminal mobile + notifications
Dans son article « Claude Code On-The-Go », Granda détaille une architecture très concrète, presque minimaliste : un iPhone, un terminal mobile, et une infrastructure cloud sécurisée.
La recette, en clair :
- Termius sur iOS pour se connecter ;
- mosh (plutôt que SSH seul) pour survivre aux changements de réseau (Wi-Fi ↔ 4G/5G) ;
- un accès privé via Tailscale (pas de SSH exposé publiquement) ;
- une VM Vultr qui exécute Claude Code, avec tmux pour garder les sessions vivantes ;
- et surtout, des notifications push via webhook (Poke), déclenchées quand Claude a besoin d’une réponse.

Le détail qui fait basculer l’idée de « gadget » à « workflow » tient en une phrase : vous n’ouvrez plus le terminal pour vérifier l’avancement. Vous vivez votre vie, et le téléphone vibre seulement quand l’IA bloque sur une ambiguïté.
L’autre élément spectaculaire est la mise à l’échelle : six agents en parallèle, chacun dans sa fenêtre tmux, parfois chacun sur son worktree Git. On passe d’un mode « assistant » à un mode « mini-équipe » — avec une personne qui tient le rôle de chef d’orchestre.
Pourquoi 2026 accélère : Claude Opus 4.5 et l’agentique « long-horizon »
Ce type de pratique n’émerge pas par hasard. Anthropic a présenté Claude Opus 4.5 comme un modèle particulièrement fort pour le coding, les agents et l’usage prolongé d’outils, avec une mise en avant explicite des scénarios de travail « longs » et autonomes.
En filigrane, une promesse : moins d’allers-retours, moins de micro-supervision, plus d’itérations utiles. C’est exactement ce que demande le mobile : on ne veut pas « piloter au millimètre » sur un écran de 6 pouces, on veut déléguer des blocs de travail et reprendre la main au bon moment.
Même les environnements « classiques » s’adaptent : Claude Code propose une intégration JetBrains via plugin, avec des fonctions pensées pour le quotidien (diffs, contexte de sélection, etc.).
De la hype à l’impact : vitesse, mais aussi vertige
La viralité ne vient pas seulement du confort. Elle vient du saut de productivité perçu. Début janvier 2026, plusieurs médias ont relayé un message attribué à Jaana Dogan, Principal Engineer chez Google, expliquant que Claude Code aurait produit en une heure une solution proche d’un système sur lequel son équipe travaillait depuis un an (autour d’orchestrateurs d’agents distribués). C’est une anecdote — donc à manier avec prudence — mais révélatrice de l’effet « compression du temps » que ces outils déclenchent.
À l’autre bout du spectre, un récit plus nuancé rappelle la réalité : Claude Code peut accélérer brutalement, mais peut aussi casser, perdre le fil, ou faire des erreurs destructrices si on lui donne des consignes trop larges sur le système de fichiers.
Autrement dit : l’agentique ne supprime pas l’ingénierie. Il déplace l’effort vers la décomposition des tâches (ce qu’on délègue, ce qu’on verrouille), la revue (tests, architecture, sécurité), et le cadre (permissions, environnements jetables, gestion des secrets).
Dans le post de Granda, la notion de « trust model » est centrale : VM isolée, pas d’accès prod, surface d’attaque réduite, et coût horaire qui sert de garde-fou en cas de dérive.
Le vrai sujet : sécurité, conformité… et frontières qui se brouillent
Coder depuis un téléphone, via une VM, sur des réseaux mouvants, avec des agents capables d’exécuter des commandes : l’idée est puissante, mais elle vient avec un prix. Le risque n’est pas théorique.
Anthropic lui-même met en garde sur les agents qui ont accès à des fichiers et peuvent agir : mauvaises interprétations, suppressions accidentelles, prompt injection… Ces alertes sont revenues récemment avec « Claude Cowork », présenté comme un agent davantage autonome, et explicitement accompagné de précautions.
Il y a aussi une dépendance opérationnelle : quand vos workflows se branchent sur un modèle et un service, la disponibilité devient un facteur productivité. Enfin, il y a la dimension humaine : ce modèle « asynchrone » rend le travail plus fluide… mais aussi plus insidieux. Le risque n’est pas que l’IA remplace le développeur. Le risque est que le développement devienne permanent, parce qu’il suffit d’une vibration pour relancer une boucle d’itération. La productivité augmente — et la tentation de remplir chaque interstice de la journée aussi.
Le développeur devient chef d’orchestre — et le smartphone, un tableau de bord
Ce que raconte Claude Code « on-the-go », ce n’est pas l’avènement du code sur petit écran. C’est l’avènement d’un autre métier : moins de frappe, plus de direction. Les meilleurs développeurs ne seront pas ceux qui tapent le plus vite, mais ceux qui savent découper un problème, cadrer un agent, et reprendre le contrôle au bon moment.
Et c’est peut-être là, le point de bascule de 2026 : quand le développement cesse d’être un lieu (un bureau) pour devenir un rythme — une suite de décisions, d’arbitrages, de validations. Une notification à la fois.



