Une nouvelle bataille oppose l’industrie culturelle japonaise au géant américain de l’intelligence artificielle, et notamment autour de Sora 2. Un collectif d’éditeurs et de studios japonais, mené par le Studio Ghibli et représenté par la Content Overseas Distribution Association (CODA), a adressé une lettre officielle à OpenAI lui demandant de cesser immédiatement d’utiliser leurs œuvres protégées par le droit d’auteur pour entraîner ses modèles d’IA, notamment le prochain générateur vidéo Sora 2.
Selon TechCrunch, les signataires accusent OpenAI de profiter d’une zone grise juridique dans la législation japonaise sur le droit d’auteur pour exploiter des contenus culturels — animes, jeux vidéo, mangas et films — sans autorisation ni compensation.
Une riposte menée par Studio Ghibli, Bandai Namco et Square Enix contre Sora
La lettre, adressée la semaine dernière, exprime une inquiétude croissante : « Nous demandons à OpenAI de cesser toute utilisation d’œuvres protégées dans ses ensembles de données d’entraînement », peut-on lire dans la déclaration transmise par la CODA.
Le collectif regroupe Studio Ghibli, Bandai Namco, Square Enix, Kadokawa, et d’autres grands acteurs du divertissement japonais. Tous dénoncent l’entraînement massif des IA sur des contenus issus de franchises emblématiques (films d’animation, musiques, designs de jeux) sans consentement préalable.
Cette demande intervient après la controverse liée aux images générées par IA imitant le style de Ghibli, qui avaient enflammé les réseaux sociaux au début de l’année.
Le flou du droit d’auteur japonais face à l’IA
Le conflit trouve sa source dans une réforme de 2018 du droit d’auteur japonais, qui autorise l’utilisation d’œuvres protégées à des fins de recherche et d’apprentissage automatique, à condition que l’usage soit non commercial.
Mais ce texte a ouvert un vide juridique. Les entreprises étrangères comme OpenAI peuvent exploiter ces données sans contrepartie, tandis que les créateurs locaux n’ont aucun recours clair pour empêcher l’usage commercial de leurs œuvres dérivées de cet apprentissage.
Des discussions sur le forum r/COPYRIGHT ont récemment mis en avant ce déséquilibre, jugé « profondément injuste » par les créateurs japonais.
OpenAI accusée d’agir « sans permission, mais avec pardon »
Selon Futurism, la stratégie d’OpenAI est décrite comme « forgiveness over permission » — demander pardon après coup plutôt que d’obtenir le consentement avant. Ce modèle, déjà critiqué aux États-Unis dans les plaintes déposées par des auteurs, musiciens et médias, se heurte ici à un cadre international inédit.
L’expert en propriété intellectuelle Rob Rosenberg souligne que la reproduction du style Ghibli dans les productions IA constitue une preuve tangible d’atteinte au droit moral des artistes, même si la législation japonaise rend les poursuites complexes.
« Ce n’est pas seulement une question de droit d’auteur, mais aussi de respect culturel », insiste-t-il.
Des répercussions qui dépassent le Japon
Cette confrontation illustre un mouvement mondial de résistance face à l’appétit insatiable des IA pour les données culturelles. Des créateurs occidentaux — écrivains, éditeurs, photographes — ont intenté des actions similaires contre OpenAI et d’autres entreprises comme Stability AI ou Midjourney.
Mais, l’initiative de la CODA pourrait devenir un précédent international, forçant les entreprises d’IA à négocier des accords de licence transfrontaliers.
Et maintenant ?
OpenAI n’a pas encore répondu publiquement à la demande du groupe japonais. Cependant, selon TechCrunch, des discussions internes seraient en cours autour d’un système de licences payantes pour les contenus d’origine culturelle. Cette affaire, surnommée par certains analystes le « moment Ghibli » de l’IA, pourrait accélérer la création d’un cadre juridique mondial sur les données d’entraînement.
L’opposition de Studio Ghibli et des géants du jeu japonais à OpenAI symbolise un tournant majeur dans la relation entre création artistique et intelligence artificielle.
Si les modèles d’IA comme Sora 2 continuent à se nourrir de contenus sans encadrement clair, la question de qui possède la créativité risque de redéfinir l’équilibre entre innovation technologique et patrimoine culturel.
Le Japon, berceau de l’animation moderne, pourrait bien devenir le théâtre du premier grand procès mondial sur les droits d’auteur à l’ère de l’IA.



