Xiaomi a profité du World Robot Conference 2026 de Pékin pour montrer publiquement son nouvel humanoïde de 1,70 mètre. Derrière la démonstration, la stratégie est surtout industrielle : la marque veut d’abord faire travailler ses robots dans ses usines avant d’élargir progressivement leurs usages à la mobilité et, plus tard, à la maison.
Xiaomi montre enfin son humanoïde au public
Xiaomi avait confirmé le 18 août que son nouveau robot humanoïde ferait ses premiers pas devant le public au World Robot Conference 2026, organisé à Pékin du 19 au 23 août. La présentation a bien eu lieu cette semaine.
Le robot, haut d’environ 1,70 mètre, a notamment été montré en interaction avec les visiteurs, avec des démonstrations reposant sur un grand modèle capable d’interpréter une demande puis d’exécuter certaines actions.
Mais, Xiaomi ne cherche pas encore à vendre l’image d’un robot domestique prêt à plier le linge ou préparer le café. Le discours de Lu Weibing, président de Xiaomi Group, est beaucoup plus pragmatique : le premier débouché réellement crédible se trouve dans l’industrie.
Les usines intelligentes avant le salon
Pour Xiaomi, les chaînes de fabrication constituent aujourd’hui le meilleur environnement pour déployer les humanoïdes. Les tâches y sont répétitives, les objets connus et les postes de travail relativement structurés. Un robot peut donc y être entraîné sur un nombre limité d’opérations, mesurer précisément ses erreurs et progresser beaucoup plus rapidement que dans un environnement domestique imprévisible.
Lu Weibing explique ainsi vouloir utiliser les humanoïdes pour remplacer progressivement certaines opérations manuelles sur les lignes de production. Le mot important est « certaines ».
Xiaomi ne présente pas encore son robot comme un substitut général à l’ouvrier humain, mais comme une machine capable de prendre en charge des tâches ciblées.
Un format de 1,70 mètre pensé pour les infrastructures humaines
Le choix d’un humanoïde quasiment de taille humaine n’est pas anodin. Une machine de 1,70 mètre peut théoriquement utiliser des postes, outils, étagères ou chaînes de montage déjà dimensionnés pour des opérateurs humains. Cela évite de reconstruire entièrement l’environnement industriel autour du robot. Xiaomi dit également rechercher une forme de généralisation, aussi bien dans le corps de la machine que dans les modèles qui la contrôlent.
L’objectif à terme est donc d’éviter un robot spécialisé dans une seule opération. La même plateforme devrait pouvoir apprendre plusieurs tâches et être déplacée d’un poste à un autre.
Quatre mois de « stage » dans l’usine automobile Xiaomi
Avant sa présentation publique, le robot avait déjà été testé pendant quatre mois dans l’une des usines automobiles du groupe. Lei Jun avait communiqué en juillet plusieurs résultats issus de cette phase d’apprentissage.
Sur un poste d’installation d’écrous auto-taraudeurs nécessitant de travailler sur deux faces, le taux de réussite serait passé de 90,2 % à 98 %. Cette progression est plus importante qu’elle n’en a l’air. Dans une démonstration, réussir neuf opérations sur dix peut sembler impressionnant. Sur une chaîne industrielle, une erreur sur dix est évidemment beaucoup trop élevée. Passer à 98 % rapproche le robot d’un niveau beaucoup plus exploitable, même si une véritable production de masse exige généralement encore davantage de fiabilité.

Les matériaux souples compliquent sérieusement le travail
Xiaomi a également déplacé ses humanoïdes vers d’autres postes de l’atelier d’assemblage final. Ils ont notamment été testés sur le tri et le pliage de caches latéraux de console centrale, ainsi que sur la manipulation et le pliage de bacs destinés à la logistique interne. Ces opérations sont intéressantes parce qu’elles impliquent des matériaux déformables.
Un robot manipule beaucoup plus facilement une pièce métallique rigide dont la forme ne change jamais qu’un élément souple qui se plie, glisse ou se déforme sous la pression.
Sur ces nouveaux postes, Xiaomi évoque des taux de réussite d’environ 90 %. Le niveau reste donc expérimental, mais montre que le groupe cherche déjà à sortir des tâches les plus simples.
Le défi n’est plus de faire marcher un robot
Le World Robot Conference 2026 illustre d’ailleurs un changement important pour toute l’industrie. Plus de 300 entreprises y présentent cette année des milliers de produits robotiques, avec un nombre croissant de démonstrations consacrées à la logistique, à l’assemblage, au tri ou aux services.
La compétition ne consiste donc plus uniquement à montrer un humanoïde capable de marcher, courir ou danser. La question devient : peut-il travailler utilement pendant plusieurs heures ? C’est beaucoup plus difficile. Un robot industriel doit maintenir sa précision, gérer des exceptions, détecter ses erreurs et travailler sans provoquer d’incident autour de lui.
La fiabilité prend alors le pas sur le spectacle.
Xiaomi veut relier le robot à « Human × Car × Home »
Xiaomi ne compte pas développer cette activité indépendamment du reste de son écosystème. Lu Weibing rattache directement la robotique à la stratégie Human × Car × Home, qui rassemble déjà smartphones, appareils domestiques et automobiles.
Dans une usine Xiaomi, le robot peut interagir avec les systèmes de production, dans l’automobile, il peut participer à l’assemblage ou à la logistique, et dans la maison, à plus long terme, les mêmes modèles pourraient théoriquement exploiter les données provenant des objets connectés du groupe.
C’est là que Xiaomi possède un avantage intéressant face à de nombreuses startups spécialisées uniquement dans la robotique.
Xiaomi possède déjà les environnements où tester ses robots
Le constructeur peut devenir son propre premier client. Il dispose d’usines produisant des smartphones, des produits connectés et désormais des voitures électriques. Cela permet de tester les humanoïdes sur de véritables chaînes sans devoir convaincre immédiatement un industriel extérieur de prendre le risque.
Chaque poste devient un laboratoire, chaque erreur fournit de nouvelles données, et chaque amélioration peut être mesurée directement sur la production. Cette intégration verticale pourrait accélérer considérablement le passage entre prototype et utilisation commerciale.
La maison reste un objectif beaucoup plus lointain
Xiaomi mentionne également les usages domestiques, mais ils restent nettement plus difficiles. Une maison n’est jamais parfaitement structurée, les objets changent de place, les personnes circulent, les animaux peuvent traverser une pièce, les vêtements se déforment, les objets fragiles doivent être manipulés différemment et le robot doit donc comprendre l’environnement en permanence et s’adapter à des situations qu’il n’a parfois jamais rencontrées.
Le niveau de perception et de raisonnement nécessaire est bien supérieur à celui d’un poste industriel répétitif. C’est pourquoi les robots domestiques généralistes restent encore largement au stade expérimental dans toute l’industrie.
Un secteur chinois en pleine accélération
La présentation de Xiaomi intervient dans un contexte particulièrement dynamique en Chine. Le World Robot Conference de cette année réunit plusieurs centaines d’entreprises et met clairement l’accent sur la commercialisation des robots humanoïdes.
Les démonstrations cherchent de plus en plus à montrer des applications économiques concrètes. La Chine veut transformer son immense écosystème industriel en terrain d’expérimentation pour la robotique humanoïde, avec l’ambition de réduire rapidement les coûts et d’augmenter les volumes.
Xiaomi s’inscrit exactement dans ce mouvement.
Xiaomi ne cherche plus seulement la démonstration technologique
Le groupe avait déjà présenté CyberOne en 2022, mais ce robot relevait davantage de la vitrine technologique. La stratégie actuelle semble beaucoup plus orientée vers l’exploitation réelle. Les taux de réussite sont mesurés, les robots sont placés sur de véritables postes, et les tâches évoluent progressivement vers des opérations plus complexes. Cchangement est important.
L’enjeu n’est plus de prouver que Xiaomi sait construire un humanoïde, il est de démontrer qu’un humanoïde peut créer suffisamment de valeur pour justifier son coût dans une usine.
Le Xiaomi Robot peut encore attirer les regards dans les salons, mais la véritable bataille se jouera ailleurs : sur sa capacité à travailler des milliers d’heures dans une usine sans que l’humain doive constamment venir le corriger.



