Plus de six ans après avoir lancé une montre connectée minimaliste pensée pour les amateurs d’open source, Pine64 s’apprête à franchir un cap bien plus ambitieux. La PineTime Pro ne remplace pas la PineTime originelle, toujours vendue à petit prix, mais elle en redéfinit clairement l’horizon.
Écran AMOLED plus grand, processeur nettement plus véloce, GPS, microphone, haut-parleur, capteur SpO2, couronne numérique : cette nouvelle génération ressemble moins à une simple évolution qu’à une tentative de rendre enfin l’écosystème PineTime capable d’accueillir des usages et des logiciels plus complexes.
PineTime Pro : Une fiche technique qui change radicalement d’échelle
La rupture se voit d’abord dans le matériel. Là où la première PineTime cultivait une forme de sobriété presque ascétique, la PineTime Pro assume une tout autre ambition. Elle passe à un écran AMOLED de 2,13 pouces en 410 x 502 pixels, bien plus vaste et plus défini que l’ancienne dalle IPS LCD de 1,3 pouce en 240 x 240 pixels. À l’intérieur, Pine64 troque le modeste Cortex-M4 à 64 MHz de la montre originale pour une puce maison à double cœur Cortex-M33, avec un cœur applicatif montant jusqu’à 200 MHz et un second cœur dédié au Bluetooth.

La mémoire suit le même mouvement. La nouvelle venue embarque 800 Ko de SRAM, 8 Mo de PSRAM et 8 Mo de stockage SQPI, quand la première PineTime devait composer avec 64 Ko de SRAM, 512 Ko de flash interne et 4 Mo de stockage SPI.
Ce n’est plus une simple plateforme pour firmwares légers ; c’est un terrain de jeu beaucoup plus crédible pour des systèmes plus ambitieux.
GPS, audio, SpO2 : Pine64 élargit enfin le périmètre d’usage
L’autre différence majeure tient à l’équipement. La PineTime Pro ajoute un micro, un haut-parleur, un GPS, un capteur d’oxygène sanguin, une IMU 6 axes et une couronne numérique accompagnée d’un bouton supplémentaire. Bien sûr, la montre conserve le moteur de vibration et le suivi cardiaque, mais elle sort d’une logique purement expérimentale pour entrer dans quelque chose de plus polyvalent, plus proche d’une smartwatch moderne — sans renoncer à son ADN ouvert.

Pine 64 précise d’ailleurs avoir envisagé d’autres ajouts, comme un capteur de luminosité ambiante ou une radio LoRa, avant d’y renoncer à cause de contraintes d’espace sur le PCB et de design RF. Ce choix raconte bien la philosophie du projet : ne pas tout empiler à n’importe quel prix, mais trouver un équilibre crédible entre ambition technique et faisabilité.
La vraie promesse reste logicielle, et c’est là que Pine64 joue sa différence
Comme souvent avec Pine64, l’histoire ne se limite pas au hardware. La marque ne développe pas elle-même le système qui animera la montre. Elle mise sur sa communauté, en mettant du matériel à disposition des développeurs open source pour laisser émerger les usages de manière plus organique. C’est déjà ce qui avait permis à la PineTime de se construire un petit écosystème autour de projets comme InfiniTime ou WaspOS.
Avec la PineTime Pro, cette logique devient encore plus intéressante. Le surplus de puissance et de mémoire ouvre la porte à des portages plus lourds, voire plus inattendus. Certains développeurs estiment déjà qu’il serait possible d’y faire tourner des jeux comme DOOM, ou même d’adapter des systèmes comme PebbleOS, récemment passé dans le domaine open source. Ce n’est pas simplement un bonus geek : c’est ce qui pourrait faire de la PineTime Pro une vraie plateforme expérimentale portable, bien au-delà du simple objet connecté.
Une montre encore en chantier, mais de moins en moins théorique
Pour l’instant, la PineTime Pro n’est pas encore prête à être vendue. Les prototypes récemment montrés utilisaient encore une carte de développement reliée à un écran au format montre, signe que la carte mère finale n’est pas totalement verrouillée. Toutefois, Pine64 indique qu’une nouvelle révision du PCB doit être testée dans les prochaines semaines. Si ces essais règlent les derniers problèmes, la production pourrait démarrer une fois qu’un socle logiciel tiers jugé satisfaisant sera disponible.
Autrement dit, la montre existe, elle avance, mais elle dépend encore de cette double maturité — matérielle et communautaire — qui caractérise souvent les projets Pine64.
Le prix restera sans doute fidèle à l’esprit Pine… sans conserver l’extrême accessibilité de l’originale
La marque n’a encore donné aucun tarif, mais une chose paraît presque certaine : la PineTime Pro coûtera sensiblement plus cher que la PineTime d’origine, toujours proposée à 27 dollars. Avec un écran AMOLED plus grand, un SoC plus rapide, davantage de mémoire et une connectique enrichie, la montée en coût de production semble inévitable.

Et, ce n’est pas forcément un problème. La PineTime Pro ne vise pas le même rôle. Là où la première PineTime incarnait une smartwatch open source ultra-abordable, la nouvelle semble vouloir devenir une vraie plateforme portable pour développeurs, makers et passionnés qui veulent plus qu’un simple bracelet connecté.
Pine 64 ne cherche plus seulement à proposer une montre pas chère, mais une montre crédible
Le plus intéressant dans cette PineTime Pro, c’est précisément ce glissement. Pine 64 ne se contente plus de défendre l’idée d’un wearable ouvert et bon marché. L’entreprise semble vouloir prouver qu’un produit open source peut aussi gagner en sophistication sans perdre son identité. La PineTime Pro ne rivalisera sans doute pas frontalement avec une Apple Watch ou une Galaxy Watch sur le terrain du grand public. Mais ce n’est pas son rôle.
Son ambition est ailleurs : offrir un objet portable réellement modifiable, extensible et réappropriable, à un moment où la plupart des montres connectées sont devenues des boîtes noires élégantes, mais fermées. Et dans ce paysage, la PineTime Pro pourrait bien devenir l’une des propositions les plus singulières du moment.



