Elon Musk aime les projets qui changent d’échelle. Ce week-end à Austin, il a présenté une nouvelle idée à sa mesure : construire une usine de semi-conducteurs pilotée par Tesla et SpaceX, baptisée « Terafab », pour sécuriser l’approvisionnement en puces nécessaires à l’IA, à la robotique… et, selon ses mots, à une partie de la puissance de calcul « dans l’espace ».
Sur le fond, c’est un discours très « vertical integration » : si le marché ne livre pas assez vite, alors on fabrique soi-même. Sur la forme, c’est aussi une déclaration de guerre à la réalité du secteur : la fabrication de puces est l’un des métiers industriels les plus complexes au monde.
Une fab près de la Gigafactory, et des objectifs de calcul vertigineux
Selon Bloomberg, l’implantation serait près du hub Tesla à Austin (QG + Gigafactory), et Musk a justifié le projet par un argument de rareté : « on construit Terafab, ou on n’a pas les puces ».
L’ambition affichée est spectaculaire : Musk évoque une capacité visant 100 à 200 gigawatts de « compute » par an sur Terre, et un térawatt dans l’espace, sans donner de calendrier.
Le Wall Street Journal ajoute que les puces viseraient des usages très concrets : véhicules Tesla, robot Optimus, et des systèmes côté SpaceX.
Pourquoi maintenant : le goulot d’étranglement des puces devient stratégique
Le raisonnement de Musk s’inscrit dans une tendance lourde : l’IA et la robotique font exploser les besoins en calcul, et la chaîne d’approvisionnement (fonderies, packaging, mémoire, équipements) est sous tension.
Il y a aussi un facteur d’opportunité : Tesla dépend encore de partenaires (Samsung/TSMC). Récemment, nous avons entendu que Samsung prévoyait de démarrer une production de puces pour Tesla au second semestre 2027 dans son site texan — ce qui illustre bien l’horizon long de l’industrie.
Autrement dit : si Elon Musk veut beaucoup plus de puces, « attendre la capacité » des autres le met mécaniquement face à des délais.
Le vrai problème : construire une fab, ce n’est pas « construire une usine »
Même les géants avancent prudemment. Les « usines de pointe » coûtent des dizaines de milliards, et la disponibilité des équipements critiques est un verrou. Exemple parlant : Reuters rappelait que les machines EUV d’ASML coûtent autour de 150 millions de dollars pièce, et qu’une usine de pointe en requiert un nombre significatif.
Plus récemment, Reuters a aussi parlé d’une machine High-NA EUV vendue 400 millions de dollars à imec, rare et très limitée en volume.
Côté délais, la trajectoire américaine de TSMC montre combien c’est long : Reuters détaille un calendrier où des installations/outillages s’étalent sur plusieurs années, avec une production « volume » qui se projette souvent à 2027 et au-delà selon les sites.
Terafab, c’est moins une annonce de produit qu’un test de crédibilité
Le point-clé, c’est que « 100–200 GW de compute » n’est pas un objectif de communication anodine : c’est une échelle qui, si elle devait se traduire en infrastructure réelle, impliquerait non seulement une fab, mais aussi l’accès au packaging avancé, à la mémoire, aux interconnexions et à l’énergie — bref, une mini-industrie.
En clair : Terafab ressemble à une réponse brute à un monde où l’IA transforme tout — y compris la manière dont les entreprises sécurisent leurs composants. Reste à savoir si Musk veut bâtir une fab… ou un récit de plus. La différence, ici, se mesurera en wafers, pas en slides.



