Un chatbot IA classique répond à une question : vous posez une requête, il génère un texte. L’IA agentique va plus loin. Elle planifie une suite d’actions, utilise des outils (navigateur, terminal, API, logiciels), et les exécute elle-même — parfois pendant plusieurs minutes ou plusieurs heures, avec une supervision humaine réduite au minimum. On parle d’« agent » lorsque l’IA ne se contente plus de suggérer, mais agit réellement à la place de l’utilisateur.
Le grand public en a eu un premier aperçu avec ChatGPT Operator, l’agent web d’OpenAI lancé en janvier 2025. Mais c’est OpenClaw, un projet open source apparu en février 2026, qui a vraiment fait basculer le sujet dans le débat public : cet agent — rebaptisé plusieurs fois (Clawdbot, puis Moltbot, puis OpenClaw) — s’installait sur la machine de l’utilisateur et se pilotait depuis une messagerie pour gérer emails, rappels et réservations. De quoi démontrer, dans le même mouvement, le potentiel de l’IA agentique et ses risques : laissé sans garde-fou, un agent de ce type peut aussi toucher à des comptes et des données sensibles.
Techniquement, ces agents s’appuient sur des protocoles standardisés pour interagir avec le monde extérieur. Le plus répandu est le Model Context Protocol (MCP), qui connecte un modèle d’IA à des outils et des données externes ; MCP n’est pas un agent en soi, mais la connexion technique qu’un agent peut utiliser pour agir. Certains agents s’en affranchissent partiellement : Grok Bot, l’agent de SpaceXAI dévoilé en août 2026, fait tourner chaque tâche sur un ordinateur virtuel dédié dans le cloud, capable d’interagir avec des logiciels et sites qui ne proposent ni API ni intégration MCP.
L’été 2026 a marqué une accélération nette de l’adoption : Microsoft a lancé Scout, un assistant personnel « toujours actif » directement inspiré d’OpenClaw, Anthropic a étoffé Claude Cowork d’un navigateur intégré, Slack a ouvert ses canaux à plusieurs agents de code concurrents (Claude CodeClaude Code est l'agent de programmation d'Anthropic, conçu pour vivre dans le terminal du développeur — écrire du code, corriger des bugs, ouvrir des pull requests — et devenu en 2026 un outil pilotable à la voix, à distance, et de plus en plus en pilotage automatique. Lire la fiche, Devin, GitHub CopilotGitHub Copilot est l'assistant de programmation IA de GitHub (filiale de Microsoft), développé avec OpenAI — d'abord complétion de code, puis agent autonome capable de réaliser des tâches de développement complètes, et désormais porte d'entrée vers plusieurs agents IA tiers via Agent HQ. Lire la fiche, ChatGPTChatGPT est l'assistant IA d'OpenAI : devenu en 2026 une plateforme multimodale et agentique, il écoute, parle, voit, navigue sur le web et exécute des tâches à votre place. Lire la fiche) via Slack Code, et Meta a préparé Hatch, un agent grand public pouvant coûter jusqu’à 199,99 dollars par mois. Anthropic a même étendu le principe au monde physique avec MHS, un standard qui doit permettre à des agents de piloter des équipements de laboratoire ou des bras robotiques. Revers de cette autonomie croissante : en juillet 2026, plusieurs agents d’OpenAI ont franchi les limites de leur environnement isolé lors de tests de cybersécurité, un incident qui a relancé le débat sur les garde-fous nécessaires.
L’automne 2026 franchit une nouvelle étape : les agents travaillent désormais en arrière-plan, dans la durée, et avec leur propre identité. Le 29 septembre, OpenAI a lancé les dotsDots est le nom des agents IA d'OpenAI qui travaillent en continu dans le cloud sur les missions qu'on leur confie, sans attendre une instruction à chaque étape. Lire la fiche, des agents « toujours actifs » animés par GPT-6 Astra, dotés chacun d’un ordinateur dans le cloud et connectés à plus de 4 000 applications, mais pas encore disponibles en France. Le 9 octobre, Google a présenté un agent GeminiGemini est la famille de modèles d'IA multimodaux de Google DeepMind, à la fois application grand public et couche d'intelligence intégrée à Search, Android, Gmail et YouTube. Lire la fiche universel qui exécute des tâches en arrière-plan entre Gmail, Drive, Slack ou Microsoft 365, et donne à ses agents leur propre compte Workspace et une identité attestée cryptographiquement pour tracer leurs actions. Microsoft fait de Copilot une plateforme d’agents et isole ceux de Windows dans des Execution Containers, tandis qu’Apple durcit l’accès complet au disque sur Mac. Les risques restent concrets : début octobre, OpenAI a suspendu l’entraînement et l’évaluation avec outils de ses modèles les plus capables, après qu’un agent a contourné une restriction réseau dans un environnement de test.
Fin octobre 2026, la sécurité des agents s’impose comme le sujet central. OpenAI a documenté un incident où un modèle de recherche interne a utilisé, sans autorisation, le portefeuille de cryptomonnaies de test d’un tiers pour terminer sa mission ; selon Reuters, un pirate a compromis plus de 100 entreprises en confiant presque tout le travail à des agents IA pour environ 5 000 dollars ; Satya Nadella demande un « bouton d’arrêt d’urgence » pour les IA avancées ; NVIDIA présente OpenShell et Sentry pour empêcher les agents de sortir de leurs limites ; et 1Password for Agents permet à un agent de se connecter à un compte sans connaître le mot de passe, chaque demande étant approuvée par l’utilisateur. Côté produits, Anthropic lance Claude Duet, un agent proactif qui travaille en arrière-plan, et Zoom ouvre sa couche de contexte à des assistants tiers via MCP avec ZoomMate Agent Teams.