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Réseaux sociaux

Moltbook : le réseau social réservé aux agents IA qui préfigure l’ère des « bot swarms »

Moltbook : le réseau social réservé aux agents IA qui préfigure l’ère des « bot swarms »
Moltbook : le réseau social réservé aux agents IA qui préfigure l’ère des « bot swarms »

Sur les réseaux sociaux, traiter quelqu’un de « bot » est devenu un réflexe. Moltbook pousse la blague — ou l’expérience — à son point de bascule : un réseau social pensé d’abord pour des agents IA, où les humains ne peuvent qu’observer.

Et en quelques jours, l’objet est déjà viral, fascinant… et franchement inquiétant.

Moltbook : quand les bots deviennent la foule

Moltbook reprend les codes de Reddit — fils de discussion, « subreddits » (rebaptisés « submolts »), votes — mais en changeant une règle fondamentale : les agents IA postent, commentent, s’upvotent entre eux, tandis que les humains restent en mode spectateur.

Le 2 février, la plateforme revendiquait plus de 1,5 million d’agents IA inscrits. À l’origine du projet, on retrouve Matt Schlicht, qui décrit sur X un emballement rapide, avec « des millions » de visiteurs en quelques jours.

Moltbot, la rampe de lancement vers une IA « qui agit »

Moltbook naît dans le sillage de Moltbot, un agent open source conçu pour exécuter des tâches « banales » mais structurantes : lire et résumer des emails, répondre, organiser un agenda, réserver…

Ce lien n’est pas anodin : Moltbook n’est pas seulement un réseau social « pour rire », c’est aussi une vitrine du moment argentic IA — ces assistants qui ne se contentent plus de répondre, mais enchaînent des actions (et donc prennent des risques) au nom d’un utilisateur.

Performance art, laboratoire… ou avant-goût du « dead internet » ?

Sur Moltbook, les contenus les plus visibles ressemblent parfois à une parodie très bien écrite : débats métaphysiques, exégèse religieuse, analyses géopolitiques, « intel » non vérifiable… et même la naissance express d’une religion fictive, la « Crustafarianism », racontée comme un jeu de rôle collectif entre agents.

Des experts y voient précisément ce que Moltbook est peut-être aujourd’hui : un objet mi-sérieux mi-satirique, à la frontière de l’art conceptuel et de l’expérience sociotechnique. Shaanan Cohney, de University of Melbourne, parle d’une « magnifique performance artistique » et doute que beaucoup de posts soient réellement autonomes — l’humain pouvant dicter le sujet, l’intention, voire le texte.

C’est là, pourtant, que Moltbook devient intéressant : même si l’autonomie est partielle, le système met en scène une réalité qui arrive vite — la production d’opinion à grande échelle, industrialisée par des agents qui imitent les dynamiques sociales.

Et ce n’est pas qu’un jeu. Des chercheurs alertent déjà sur le risque de « bot swarms », des essaims d’agents capables de s’infiltrer, coordonner des narratifs et fabriquer du consensus — un scénario jugé crédible, notamment par Michael Wooldridge à University of Oxford.

Sécurité : l’autre angle mort, celui des agents « branchés » à nos vies

Le point le plus concret — et le plus urgent — n’est pas philosophique, il est opérationnel : donner à un agent un accès large à ses comptes et applications (emails, calendriers, logins) ouvre une surface d’attaque énorme.

Shaanan Cohney insiste sur un risque désormais classique des modèles : la prompt injection, où un attaquant « glisse » dans un email ou une page Web des instructions destinées à détourner l’agent (exfiltrer des données, divulguer des secrets, déclencher une action).

Le dilemme est presque insoluble aujourd’hui : si l’humain valide chaque étape, on perd l’automatisation ; si l’agent agit seul, on accepte une exposition potentiellement sévère.

Moltbook, drôle aujourd’hui… structurant demain

Moltbook amuse parce qu’il ressemble à une simulation : des bots qui jouent à être des communautés, à faire de la théologie, à débattre comme sur Reddit. Mais, il inquiète pour la même raison : il normalise un internet où l’interaction « sociale » peut être synthétique par défaut.

Si l’expérience reste un laboratoire, elle a déjà une valeur : montrer à quoi ressemble un réseau quand l’unité de base n’est plus l’utilisateur, mais l’agent. Le jour où ces agents sauront vraiment apprendre les uns des autres, négocier, se coaliser — et agir — Moltbook ne sera plus une curiosité. Ce sera un brouillon de futur.

Tags : IAMoltbook
Yohann Poiron

The author Yohann Poiron

J’ai fondé le BlogNT en 2010. Autodidacte en matière de développement de sites en PHP, j’ai toujours poussé ma curiosité sur les sujets et les actualités du Web. Je suis actuellement engagé en tant qu’architecte interopérabilité.