OpenAI ne se contente plus de fournir un cerveau dans le cloud. L’entreprise veut désormais maîtriser une partie du corps — la chaîne industrielle — et elle vient de le dire beaucoup plus clairement qu’à l’accoutumée. Avec un nouvel appel à propositions (RFP) centré sur la fabrication américaine, OpenAI envoie un signal : ses ambitions matérielles (data centers, robotique, et surtout électronique grand public) entrent dans une phase où « dessiner » ne suffit plus. Il faut produire.
Dans un article publié le 15 janvier 2026, OpenAI officialise le lancement d’un RFP visant des partenaires capables de construire — ou prêts à construire — des capacités industrielles aux États-Unis, sur trois blocs : data centers, robotique, et consumer electronics.
Le document RFP (janvier 2026) est explicite sur le périmètre « consumer devices » : Final Assembly & Test, PCB assembly, outillage mécanique, modules électromécaniques, packaging & fulfillment, et même « advanced node silicon » et « displays & optics ». Il fixe aussi une mécanique de calendrier (propositions initiales jusqu’en juin 2026, sélection fournisseurs mars 2027).
OpenAI n’a (quasiment) qu’un seul projet « consumer » crédible… celui avec Jony Ive
OpenAI ne vend pas d’électronique grand public aujourd’hui. Or, depuis 2025, l’entreprise a officialisé sa collaboration avec Jony Ive (LoveFrom) et l’équipe io — désormais intégrée — pour imaginer une nouvelle catégorie de produit.
La presse a déjà cadré le concept : un appareil de poche, sans écran, « context-aware », pas des lunettes, et pensé pour éviter l’effet gadget façon Humane AI Pin.
Dans ce contexte, le passage du discours « design/vision » à un appel formel portant sur l’assemblage final et la fabrication de modules pour l’électronique grand public ressemble moins à une posture politique qu’à une étape industrielle : trouver qui, où, et comment fabriquer la première « machine OpenAI ».
« Made in USA » : stratégie industrielle, message politique… et protection contre les chocs de supply chain
OpenAI habille l’initiative d’un narratif de réindustrialisation et de « résilience », en soulignant que l’infrastructure IA ne se limite pas aux puces : elle dépend d’un écosystème de câblage, refroidissement, puissance, tests, assemblage.
Mais, l’équation est aussi géo-économique : fabriquer davantage aux États-Unis, c’est réduire l’exposition à certains risques (logistique, tensions commerciales, incertitudes tarifaires), tout en envoyant un signal aux pouvoirs publics sur les besoins en énergie, en permis, et en incitations industrielles.
Et, OpenAI a déjà un véhicule pour ce récit : Stargate, son grand programme d’infrastructure IA aux États-Unis, annoncé en 2025, puis étendu en 2025 avec de nouveaux sites et des objectifs de capacité massifs.
L’arrière-plan le plus révélateur : OpenAI ne veut plus « être le moteur » d’un autre
Cette poussée hardware arrive au moment où Apple vient de choisir Google (Gemini) comme base pour une nouvelle phase de Siri et d’Apple Intelligence (avec un rôle plus secondaire pour ChatGPT sur des requêtes opt-in).
Plusieurs analyses y voient un effet indirect : si OpenAI nourrit l’ambition de lancer ses propres appareils, devenir le « fournisseur principal » d’un écosystème concurrent (Apple) devient politiquement et stratégiquement plus délicat. Le Financial Times note d’ailleurs que l’ambition hardware d’OpenAI a pu peser dans l’équation des partenariats d’Apple.
En filigrane, le message est simple : OpenAI ne veut pas rester une couche logicielle interchangeable. Il veut une surface produit à lui — et une chaîne de production capable d’encaisser l’échelle.
La question n’est plus « à quoi il ressemble », mais « est-ce industrialisable ? »
Le cimetière des gadgets IA est déjà bien rempli, et le piège est connu : un bel objet conceptuel qui échoue à cause du coût, de la fiabilité, de l’autonomie, ou d’une chaîne d’assemblage trop fragile pour le volume.
Le RFP d’OpenAI, lui, parle déjà la langue du réel : qualité IPC Class 2/3, traçabilité (MES), cybersécurité, accès aux utilities, montée en cadence, et même l’usage de l’IA… dans la fabrication elle-même.
Autrement dit : le projet « io » passe potentiellement de la phase désir à la phase usine.



