Chez Pine64, l’actualité prend un tour presque paradoxal. D’un côté, la société confirme que la pénurie actuelle de mémoire DRAM l’oblige à suspendre ou ralentir la production de plusieurs appareils, dont le PinePhone, le PineNote et le PineTab2.
De l’autre, elle profite de ce même contexte pour officialiser un nouveau produit : la PineTime Pro, une montre connectée open source appelée à succéder à l’iconique PineTime.
PineTime Pro : Une nouvelle montre, sept ans après les débuts de PineTime
L’annonce a quelque chose de symbolique. Pine64 avait dévoilé la première PineTime en 2019, avant de la commercialiser à grande échelle autour de 2021 à un tarif particulièrement agressif de 26,99 dollars. La PineTime Pro arrive donc comme une évolution tardive, mais attendue, d’un produit devenu culte dans la petite galaxie des wearables open source.
Pour l’instant, Pine64 ne donne ni prix, ni date de lancement, ni fiche technique complète. Mais, l’entreprise confirme déjà plusieurs axes d’amélioration : un écran AMOLED, la prise en charge du GPS, des capteurs supplémentaires, comme l’oxygénation sanguine, ainsi qu’une nouvelle interface physique avec une couronne rotative accompagnée d’un bouton additionnel. Pine64 évoque aussi l’usage d’une « custom chip », sans préciser encore quel SoC se cache derrière cette formule.
Ce que Pine64 cherche à corriger par rapport à la PineTime originelle
Pour mesurer l’intérêt de cette nouvelle génération, il faut se souvenir de la montre d’origine. La PineTime classique repose sur un écran IPS de 1,3 pouce avec une résolution de 240 x 240 pixels, un Nordic nRF52832 avec CPU ARM Cortex-M4 à 64 MHz, 64 Ko de RAM, 512 Ko de stockage flash, 4 Mo de SPI NOR, un accéléromètre, un capteur cardiaque, un moteur de vibration et une batterie d’environ 170 à 180 mAh, le tout avec une certification IP67.
Face à cette base très minimaliste, la PineTime Pro pourrait représenter un vrai saut d’usage. L’AMOLED promettrait des noirs plus profonds et une meilleure efficacité énergétique sur certaines interfaces. Le GPS ouvrirait enfin la porte à une navigation ou à un suivi sportif moins dépendant du smartphone. Les capteurs additionnels, eux, rapprocheraient davantage la montre des standards du marché grand public, sans que Pine64 renonce à son ADN open source.
Une annonce qui arrive dans un contexte industriel plus difficile
Le lancement de la PineTime Pro ne peut pas être lu séparément du reste de la situation chez Pine64. Dans son point d’étape publié après la FOSDEM 2026, la société évoque explicitement les effets de la pénurie de puces DRAM, qui touchent sa capacité à produire certains appareils existants. Le PinePhone, le PineNote et le PineTab2 figurent parmi les produits concernés.
Autrement dit, Pine64 continue d’innover, mais dans un environnement de composants beaucoup moins confortable qu’auparavant. C’est aussi ce qui rend la PineTime Pro intéressante : une montre connectée, surtout si elle repose sur une architecture plus spécifique et potentiellement moins exposée aux mêmes goulets d’étranglement que les tablettes ou smartphones Linux de la marque, peut devenir un moyen de maintenir une dynamique produit malgré les contraintes d’approvisionnement.
Une montre open source qui reste pensée d’abord pour les enthousiastes
Comme souvent avec Pine64, il faut éviter le contresens. La PineTime Pro n’a pas vocation, à ce stade, à concurrencer frontalement une Apple Watch ou une Galaxy Watch sur le terrain du perfectionnement logiciel, du marketing bien-être ou de l’écosystème grand public. Elle s’adresse d’abord aux développeurs, aux bidouilleurs et aux amateurs de matériel ouvert, c’est-à-dire à ceux qui veulent comprendre, modifier, expérimenter et construire autour de l’objet. Le positionnement historique de Pine64 va clairement dans ce sens.
C’est précisément ce qui fait son intérêt. Dans un marché du wearable dominé par des plateformes très verrouillées, Pine64 continue de défendre une autre idée du produit connecté : moins invisible, moins assistant, plus appropriable.
Pine64 mise sur la maturité plutôt que sur la vitesse
Le plus intéressant dans cette annonce, c’est peut-être son tempo. Sept ans après la présentation initiale de PineTime, Pine64 ne cherche pas à courir derrière les géants du secteur sur leur terrain. La société semble préférer avancer lentement, avec une montre enfin plus crédible sur l’affichage, les capteurs et l’ergonomie, tout en restant fidèle à une logique ouverte. Cette stratégie n’a rien de spectaculaire, mais elle peut justement rendre la PineTime Pro plus pertinente que son aînée.
En somme, la PineTime Pro n’est pas seulement la suite d’une montre à bas prix. Elle ressemble à une tentative de faire entrer le wearable open source dans une phase plus mature, au moment même où Pine64 doit composer avec les limites très concrètes de la chaîne d’approvisionnement.



