C’est un virage que beaucoup redoutaient, et que d’autres attendaient presque comme une évidence économique : OpenAI commence à tester des publicités dans ChatGPT.
L’expérimentation démarre aux États-Unis, et ne concerne, pour l’instant, que les utilisateurs ChatGPT Free et ChatGPT Go. Tout le reste de la gamme payante — Plus, Pro, Business, Enterprise et Education — reste sans publicité.
Derrière l’annonce, une promesse martelée : les pubs n’influencent pas les réponses et les conversations restent privées vis-à-vis des annonceurs.
ChatGPT : Qui verra des pubs, et où elles apparaîtront
OpenAI présente le test comme une mise en place « encadrée » :
- Public concerné : utilisateurs adultes connectés, sur les offres Free et Go, aux États-Unis.
- Offres sans pub : Plus, Pro, Business, Enterprise, Education.
- Placement : au départ, OpenAI dit vouloir afficher des annonces en bas des réponses, clairement étiquetées et séparées du contenu « organique ».
Le plan ChatGPT Go, lui, est au cœur de cette bascule : c’est l’abonnement « petit ticket » à 8 $/mois aux États-Unis, déployé mondialement mi-janvier.
Ciblage, données et garde-fous : OpenAI veut rassurer (fort)
Le nœud du sujet, c’est la confiance. OpenAI répète donc trois lignes rouges :
- Les annonces ne changent pas les réponses.
- Les conversations ne sont pas partagées avec les annonceurs.
- L’expérience est « contrôlable » : comprendre pourquoi une pub s’affiche, la masquer, donner un feedback, gérer la personnalisation.

Et surtout, OpenAI promet un périmètre d’exclusion : pas de publicités pour les moins de 18 ans et pas d’affichage près de sujets sensibles/régulés (notamment santé, santé mentale, politique).
Le timing est savoureux : Anthropic a trollé au Super Bowl, Altman a répliqué
La séquence est presque trop parfaite pour l’histoire de la Silicon Valley. La veille, pendant le Super Bowl, Anthropic a diffusé une publicité moquant l’idée d’insérer des pubs dans des conversations avec une IA — avec une punchline du type : « il y a un temps et un lieu pour la pub ; vos conversations avec l’IA n’en font pas partie ».
Sam Altman n’a pas laissé passer : il a qualifié les spots de « malhonnête » et Anthropic d’« entreprise autoritaire », selon plusieurs reprises presse.

La pub dans un chatbot, ce n’est pas « comme sur le Web »
OpenAI tente de traiter la publicité comme un mécanisme de financement permettant « d’élargir l’accès » à des fonctionnalités puissantes — en clair, absorber une partie des coûts d’inférence et de croissance.
Mais, l’enjeu est plus subtil : dans un moteur de recherche, l’utilisateur s’attend à une page de résultats mixant organique et sponsorisé. Dans un chatbot, l’utilisateur est dans une relation plus intime — parfois personnelle, souvent contextuelle — où l’assistant parle.
C’est là que tout se joue : même si l’annonce est placée « en bas » et « séparée », l’utilisateur doit croire que le modèle ne modifie pas sa réponse pour devenir plus « monétisable ». OpenAI le nie explicitement, mais le soupçon est structurel : la pub dans une conversation ressemble vite à une incitation.
OpenAI dit vouloir « maintenir la confiance » — et c’est bien le cœur du dossier : la publicité est facile à ajouter, mais très difficile à ajouter sans casser l’illusion de neutralité.



