À Hollywood, l’intelligence artificielle avance toujours sur une ligne de crête : promesse d’efficacité d’un côté, crainte d’un bouleversement des métiers de l’autre. Amazon, lui, choisit d’assumer la trajectoire.
Son unité Amazon MGM Studios déploie une structure dédiée — un « AI Studio » — pour injecter des outils IA dans toutes les étapes de fabrication des films et séries, avec un objectif affiché : réduire les coûts et raccourcir les délais, sans évincer les talents.
Un « AI Studio » façon startup interne, piloté par Albert Cheng
Selon Reuters, Albert Cheng mène une petite équipe au sein de cet « AI Studio », pensé comme une entité légère — dans l’esprit des « two-pizza teams » popularisées par Jeff Bezos — majoritairement composée d’ingénieurs et de scientifiques, avec un relais créatif et business.
Le plan est déjà cadencé : Amazon prévoit une bêta fermée en mars 2026 avec des partenaires de l’industrie, et promet de premiers enseignements dès mai.
Ce que l’IA est censée faire (et pourquoi Amazon insiste sur le « dernier kilomètre »)
Amazon ne vend pas un « réalisateur automatique ». Le discours, au contraire, consiste à dire que l’IA doit s’occuper du technique, du répétitif, du pénible — ce qui ralentit les équipes — pour rendre les productions plus « scalables » sans dégrader l’ambition. Reuters cite notamment des chantiers comme la cohérence des personnages entre les plans ou l’accélération de certaines tâches d’édition « cinématique », avec une intégration aux outils créatifs existants.
Autre point clé : Amazon compte s’appuyer sur AWS et sur plusieurs fournisseurs de modèles (LLM) afin d’offrir une « palette » de solutions plutôt qu’un outil monolithique. Derrière, il y a une obsession très industrie : la protection de la propriété intellectuelle et la crainte que des contenus ne servent, indirectement, à entraîner d’autres modèles.
« On ne remplace pas les créatifs » : une promesse aussi politique que technique
Amazon martèle que les décisions créatives resteront humaines (scénaristes, réalisateurs, acteurs, designers). Ce positionnement n’est pas anecdotique : l’IA est un sujet ultrasensible dans la filière, où la question n’est pas seulement « peut-on le faire ? », mais « qui garde la main — et qui capte la valeur ? ».
Dans les faits, l’IA est ici présentée comme un levier pour absorber l’inflation des budgets — une inflation qui limite mécaniquement le nombre de projets finançables. C’est l’argument le plus convaincant d’Amazon : produire plus, ou produire « aussi grand » pour moins cher, sans sacrifier la cadence de Prime Video.
Les partenaires et le cas « House of David » : l’IA comme accélérateur de scope
L’AI Studio collabore déjà avec plusieurs profils connus : le producteur Robert Stromberg (Secret City), l’acteur-producteur Kunal Nayyar (Good Karma Productions) et l’animateur Colin Brady (ex Pixar/ILM).
Reuters cite aussi un exemple concret : la série House of David, dont certaines scènes de bataille de saison 2 auraient combiné images réelles et IA pour élargir l’ampleur visuelle à coût plus contenu. C’est typiquement le type d’usage qu’Amazon veut normaliser : pas « inventer » un film, mais étendre le champ du possible quand le budget impose des murs.
AI Studio, un nouveau champ de bataille (et avantage compétitif AWS)
Ce mouvement raconte quelque chose de plus grand que MGM Studios. Amazon est l’un des rares acteurs à pouvoir empiler, dans la même pile technologique, plateforme de streaming (Prime Video), studio, cloud (AWS) et outillage IA. Si la bêta confirme des gains réels (temps de pré-prod, itérations de montage, VFX « assistés », continuité), Amazon peut transformer l’IA en avantage structurel : faire baisser le coût marginal d’un épisode, réduire le risque financier… et augmenter le volume de contenus premium.
Reste le point de bascule : l’acceptabilité. L’outil ne devra pas seulement être performant ; il devra être contractuellement clair, créativement contrôlable, et socialement « vivable » pour des métiers déjà fragilisés par la course à la rentabilité. C’est là que se jouera la crédibilité du projet — et, peut-être, une partie du futur de la production à grande échelle.



