Le noyau Linux s’apprête à changer de décennie… au moins dans la manière dont on le nomme. Après la sortie de Linux 6.19, Linus Torvalds a confirmé que la prochaine branche s’appellera Linux 7.0 — non pas pour célébrer une refonte spectaculaire, mais parce que les numéros « deviennent trop grands » à ses yeux.
Une décision fidèle à sa philosophie pragmatique du versioning, mais qui tombe à un moment particulièrement symbolique : celui où Rust cesse d’être une curiosité et commence à devenir une brique durable de l’écosystème kernel.
Un Linux 7.0 « par flemme mathématique »… assumée
Torvalds a longtemps traité les sauts de version majeure comme une affaire de lisibilité plus que de rupture. En 2026, il répète la même musique : après Linux 6.19, il préfère repartir à Linux 7.0 plutôt que d’empiler des versions mineures qui finissent par ressembler à un inventaire. D’ailleurs, la numérotation moderne s’est stabilisée autour d’un rythme où une série s’étire souvent jusqu’à .19 avant de basculer.
Au passage, Linux 6.19 n’est pas un « petit » kernel : meilleure prise en charge de vieux GPU AMD via AMDGPU, progrès côté HDR (DRM Color Pipeline), et divers ajouts matériels. Mais ce n’est pas la raison du changement de chiffre — juste le contexte.
Le vrai sujet : Linux devient progressivement multilingue
Là où le numéro est cosmétique, l’évolution interne, elle, est bien plus lourde : l’intégration de Rust continue de s’étendre. Rust a été intégré au noyau avec Linux 6.1 (infrastructure initiale), puis a gagné du terrain release après release via abstractions et premiers usages concrets.
L’enjeu est simple et brutal : réduire la classe de bugs qui coûtent le plus cher — use-after-free, débordements, comportements indéfinis — en introduisant une option de mémoire sécurisée là où c’est pertinent, surtout pour des composants comme les pilotes.
C’est précisément l’argument porté par le projet Rust-for-Linux, et sa progression devient assez mûre pour que la question ne soit plus « pourquoi », mais « jusqu’où ».
Rust, oui… mais pas sans politique (ni frictions)
La partie la moins « tech » est peut-être la plus délicate : la gouvernance. Le modèle kernel repose sur des mainteneurs capables de relire et d’assumer du code. Ajouter Rust, c’est imposer soit une montée en compétence, soit une confiance structurée dans des contributeurs Rust — et ça a déjà généré des débats sur la liste LKML (cadence d’intégration, périmètres, responsabilité de review).
LWN documentait très tôt ce point de tension : comment faire cohabiter une « Rust tree » et les filières de mainteneurs par sous-système sans casser la culture de review qui fait la force du projet.
Pourquoi Linux 7.0 pourrait « sonner » plus important que les précédents
Techniquement, Linux continuera d’évoluer comme elle l’a toujours fait : par incréments. Mais, le kernel qui portera l’étiquette 7.0 arrivera après plusieurs années d’une transition rare : l’admission officielle d’un nouveau langage aux côtés du C et de l’assembleur, avec tout ce que cela implique en tooling, en processus et en mentalités.
En parallèle, Linux n’est pas immobile sur les performances : la planification CPU poursuit sa modernisation (EEVDF étant désormais documenté comme le cadre de scheduling), et l’optimisation de la réactivité desktop/gaming reste un axe suivi par la communauté.
En clair, Linux 7.0 est d’abord un choix de numérotation. Mais, il risque d’être un symbole puissant parce qu’il arrive au moment où Rust passe d’« expérimental » à « structurel » dans l’imaginaire collectif du kernel. Et, c’est probablement ça, la vraie histoire : Linux change moins par « big bang » que par irréversibilité progressive.



