À quelques minutes du coup de sifflet final du Super Bowl LX, un « leak » a commencé à circuler avec la précision d’un trailer parfaitement monté : un employé frustré, une pub « annulée » au dernier moment, Alexander Skarsgård face à un orbe métallique et des écouteurs futuristes… Le genre d’histoire qui se partage avant même d’être lue. Sauf qu’il n’y avait rien à confirmer : c’était faux.
OpenAI a coupé court immédiatement. Greg Brockman a résumé l’affaire d’un post — « fake news » — et la porte-parole Lindsay McCallum Rémy a été encore plus directe : « c’est totalement faux. »
fake news
– Greg Brockman (@gdb) February 9, 2026
this is totally fake
— Lindsay McCallum Rémy (@lindsmccallum) February 9, 2026
Le « leak » trop parfait : un post Reddit, un compte neuf, et un scénario calibré pour l’époque
Le point de départ est typique des intox modernes : des captures d’écran d’un thread Reddit depuis supprimé, présenté comme la confession d’un salarié. Problème : le compte à l’origine de l’histoire était tout neuf, et des traces plus anciennes retrouvées via l’Internet Archive contredisaient l’idée d’un profil « insider » du marketing OpenAI.
Cette fragilité aurait dû tuer l’histoire. Elle a fait l’inverse : elle l’a rendue virale, parce que le récit cochait toutes les cases d’une rumeur « désirable » — OpenAI + Super Bowl + hardware + Jony Ive en arrière-plan. On n’y croyait pas parce que c’était prouvé ; on y croyait parce que c’était plausible.
Une opération plus organisée qu’un simple troll : paiement, faux titres et « site de preuve »
L’élément le plus troublant, c’est le niveau d’orchestration. Le journaliste Max Weinbach a partagé des captures d’un email proposant la promotion d’un tweet autour de ce « teaser », avec un paiement annoncé de 1 146,12 dollars — signe qu’il ne s’agissait pas seulement d’un montage opportuniste.
here’s the problem
got these a week ago pic.twitter.com/qkPIaJpdCz
– Max Weinbach (@mweinbach) February 9, 2026
Dans le même temps, la journaliste d’Ad Age Gillian Follett a indiqué qu’un faux titre lui avait été attribué, et la CMO d’OpenAI Kate Rouch a évoqué l’existence d’un site Web factice destiné à « étayer » le récit.
Bref : on n’est pas sur un meme qui dérape, mais sur une mécanique qui cherche à fabriquer de la crédibilité par accumulation — posts, captures, faux articles, relais payants — le tout dans une fenêtre parfaite : l’attention maximale du Super Bowl.
Pourquoi OpenAI était une cible idéale ce soir-là ?
L’affaire tombe sur une soirée déjà électrique : la publicité et la communication autour de l’IA sont devenues un champ de bataille public, jusqu’aux spots du Super Bowl. Reuters rappelait encore cette semaine la tension entre acteurs du secteur, notamment autour des pubs et de la manière de monétiser l’IA.
Dans ce contexte, un faux « teaser hardware » agit comme un accélérateur : il détourne l’attention, force une réaction officielle, et met la marque en position défensive — exactement ce qu’une bonne intox cherche à obtenir.
Le hardware OpenAI est devenu un « mythe prêt à l’emploi »
Ce qui rend ce faux leak si efficace, c’est qu’il exploite un désir collectif : voir OpenAI sortir du logiciel, matérialiser l’IA dans un objet. Un simple orbe brillant suffit, parce que l’imaginaire est déjà là.
La leçon est double :
- Pour le public : un contenu « pro » n’est plus un gage de réalité. La mise en scène coûte moins cher que la preuve, et circule beaucoup plus vite.
- Pour OpenAI (et toute marque grand public) : dès qu’un projet hardware est crédible, il devient un terrain fertile pour des narrations parasites — et pour des opérations payantes qui fabriquent du faux « earned media ».
Au fond, ce faux spot n’a pas seulement tenté de tromper : il a testé la vitesse à laquelle une rumeur bien emballée peut devenir « vraie » aux yeux d’Internet. Et ce test-là, lui, a parfaitement fonctionné.



