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CRASH Clock : Pourquoi l’orbite basse pourrait devenir un champ de ruines en moins de 3 jours ?

CRASH Clock : Pourquoi l'orbite basse pourrait devenir un champ de ruines en moins de 3 jours ?
CRASH Clock : Pourquoi l'orbite basse pourrait devenir un champ de ruines en moins de 3 jours ?

On aime croire que le ciel est grand. Qu’il y a de la place, là-haut, pour l’innovation, les constellations Internet, les rêves de connectivité globale. Un nouveau travail de recherche vient pourtant rappeler une réalité beaucoup plus brutale : l’orbite basse (LEO) est en train de devenir un environnement où la sécurité dépend d’un ballet permanent d’évitements — et d’une fiabilité logicielle quasi parfaite.

Au centre de cette alerte : un indicateur au nom glaçant, le CRASH Clock, qui mesure en combien de temps une collision « catastrophique » deviendrait probable si, soudainement, les manœuvres d’évitement s’arrêtaient.

Le point de bascule : de 121 jours en 2018… à 2,8 jours en 2025

Le papier (prépublication arXiv, décembre 2025) propose une métrique simple à comprendre : le temps attendu avant une collision si les satellites ne manœuvrent plus — par exemple en cas de perte de connaissance de la situation spatiale, panne généralisée, tempête solaire majeure ou incident logiciel.

Résultat : 2,8 jours aujourd’hui, contre 121 jours en 2018, avant l’ère des mégaconstellations.

L’étude insiste sur l’idée la plus dérangeante : l’orbite basse ressemble désormais à une « maison de cartes » — un système qui tient parce que les acteurs opèrent sans faute, en continu.

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La donnée qui fait peur : une « proximité à 1 km » toutes les ~20 secondes

Le CRASH Clock est la mesure « macro ». Mais, le papier donne aussi une lecture du trafic au quotidien, via les « conjonctions » : des passages à moins de 1 km, distance qui sert de proxy pour une manœuvre d’évitement typique. Dans leur calcul analytique, les auteurs estiment que le temps moyen entre conjonctions à 1 km, tous objets confondus en LEO, tombe à environ 20 secondes.

Et dans la coquille la plus dense — celle autour de 550 km (Starlink) — ils évoquent des rapprochements à 1 km toutes les 11 minutes.

Ajoutez à cela la physique : à ~550 km, la vitesse relative « typique » entre deux objets peut avoisiner 10 km/s. À ces vitesses, la marge d’erreur n’est pas petite : elle n’existe pratiquement pas.

L’orbite tient parce que les satellites « esquivent » en permanence

L’étude cite aussi un chiffre qui résume l’époque : selon un rapport biannuel SpaceX, les satellites Starlink auraient réalisé 144 404 manœuvres d’évitement entre le 1er décembre 2024 et le 31 mai 2025.

C’est là que le CRASH Clock devient un outil politique autant que scientifique : il ne dit pas « une collision est certaine demain », il dit à quel point nous sommes devenus dépendants d’une orchestration automatique et sans bug.

Le scénario noir : Kessler, ou la collision qui en engendre mille

Pourquoi une collision est-elle si anxiogène ? Parce qu’elle ne crée pas seulement deux satellites hors service : elle peut produire des milliers de fragments, chacun devenant un projectile capable d’endommager d’autres objets — jusqu’à alimenter une cascade. C’est l’idée de syndrome de Kessler, théorisé dès 1978 : un environnement où la densité d’objets rend les collisions auto-entretenues, et l’orbite progressivement inutilisable.

Les auteurs notent d’ailleurs que certaines altitudes (notamment au-dessus de 600–800 km) sont déjà considérées comme proches d’un seuil d’instabilité sur le long terme, et soulignent que la zone Starlink autour de 550 km n’est pas « magiquement immunisée » à ces dynamiques de surface et de densité.

L’industrie n’est pas totalement dans le vide juridique : il existe des guidelines de mitigation (IADC, ONU/COPUOS), des bonnes pratiques de fin de vie, des recommandations de post-mission.

Mais l’étude, comme de nombreux observateurs, pointe surtout le manque de gestion du trafic spatial à l’échelle internationale — données, procédures, tolérances au risque, coordination inter-opérateurs. C’est aussi l’axe des agences : l’ESA martèle que réduire la création de nouveaux débris ne suffira pas et pousse vers des exigences plus strictes de fin de vie (avec un mouvement vers des délais plus courts) et, à terme, vers des actions de retrait.

Ce que le « CRASH Clock » change dans le débat

Ce qui rend cette proposition intéressante, ce n’est pas seulement son chiffre choc. C’est sa force narrative : elle traduit la congestion orbitale en temps de survie opérationnel.

En d’autres termes, on ne discute plus seulement de « combien de satellites », mais de « combien de jours de marge » si un événement systémique survient (tempête solaire, panne logicielle, cyberattaque sur une chaîne d’exploitation, perte de données de suivi). Et c’est précisément le type de métrique qui peut forcer l’écosystème à parler d’objectifs concrets : densités acceptables, obligations de manœuvre, transparence des orbites, standards d’évitement, et mécanismes de responsabilisation.

Le ciel reste vaste. Mais, l’orbite utile, elle, commence à ressembler à une ressource rare — et mal gérée.

Tags : CRASH ClockSpaceXStarlink
Yohann Poiron

The author Yohann Poiron

J’ai fondé le BlogNT en 2010. Autodidacte en matière de développement de sites en PHP, j’ai toujours poussé ma curiosité sur les sujets et les actualités du Web. Je suis actuellement engagé en tant qu’architecte interopérabilité.