Les fils d’actualité sont devenus des boîtes noires : un mélange de proches, de créateurs inconnus et de contenus « recommandés » par une logique que personne ne maîtrise vraiment. Avec Dear Algo, Threads tente une approche presque contre-intuitive en 2026 : vous laisser formuler, en clair, ce que vous voulez voir… et ce que vous ne voulez plus subir.
La fonctionnalité arrive désormais aux États-Unis, après des tests ailleurs.
Dear Algo : quand l’algorithme devient une interface
Dear Algo part d’un simple constat : les réglages classiques (suivre des comptes, masquer des mots, « Ça ne m’intéresse pas ») sont trop indirects. Threads propose donc un geste plus naturel : écrire un post public commençant par « Dear Algo », suivi d’une requête du type « montre-moi plus de… » ou « moins de… ».
Meta a commencé à tester l’idée en décembre dans des pays comme la Nouvelle-Zélande et l’Australie, puis l’a étendue au Royaume-Uni. L’étape US marque un changement d’échelle — et un indicateur : Threads veut se différencier non pas par une « IA qui recommande mieux », mais par une IA qui obéit mieux.
Comment ça marche : un « prompt » social, limité dans le temps ?
Deux éléments font la personnalité de Dear Algo :
- Effet temporaire : 3 jours. Votre demande ajuste le flux pour une courte période, volontairement, pour rester collé à l’actualité et éviter que vos préférences ne figent le fil pour des semaines.
- C’est public, donc « copiable ». Comme le post est public, d’autres peuvent le repartager et appliquer la même préférence à leur propre feed.

Meta précise aussi que la requête peut être supprimée (ce qui revient à reprendre la main si vous changez d’avis).
Une brillante idée… et un aveu
Dear Algo est malin pour une raison : il transforme l’algorithme en conversation, là où la plupart des plateformes vous imposent un labyrinthe de paramètres. Sur une application très textuelle comme Threads, « parler » à son flux a un côté presque évident.
Mais, c’est aussi un aveu stratégique : Meta reconnaît que l’époque du « faites confiance au tri automatique » s’érode. Les utilisateurs veulent du contrôle sans devenir experts. Dear Algo n’est pas un vrai tableau de bord de transparence, c’est plutôt un bouton de pilotage rapide — un compromis entre liberté et simplicité.
Le risque ? Que cela devienne un outil de plus dans une guerre d’attention : on « règle » son flux pour un match, une série, une obsession du moment… puis on recommence. Meta assume d’ailleurs ce côté temps réel : trois jours, c’est une durée pensée pour coller aux conversations chaudes.
Quid du déploiement mondial ?
Ce qu’il faut surveiller maintenant, c’est l’efficacité réelle, les garde-fous (Meta indique que certaines demandes ne seront pas honorées si elles contreviennent aux règles de contenu — logique, mais ça posera des débats sur la frontière entre « préférence » et « modération ») ou encore le déploiement mondial (Meta dit vouloir l’étendre à d’autres pays, sans calendrier précis).
Au fond, Dear Algo ne rend pas l’algorithme transparent. Mais, il fait quelque chose de plus rare : il vous rend audible — au moins pendant 72 heures.



