GitHub vient de franchir un cap symbolique — et très concret — dans la guerre de l’IA pour développeurs : Claude (Anthropic) et Codex (OpenAI) sont désormais utilisables directement dans GitHub, GitHub Mobile et Visual Studio Code, via une public preview réservée aux abonnés Copilot Pro+ et Copilot Enterprise.
Derrière cette intégration, une ambition : Agent HQ, la vision de GitHub d’un développement où l’on orchestre plusieurs agents sans quitter l’endroit où le code vit déjà (issues, PR, review, historique).
GitHub ne veut plus être « Copilot + un IDE », mais la tour de contrôle
GitHub pose la thèse assez frontalement : « Context switching equals friction » (le changement d’outil est une friction) explique Mario Rodriguez, CPO de GitHub. L’idée d’Agent HQ est donc d’absorber la fragmentation actuelle — Copilot ici, Claude là, Codex ailleurs — en transformant GitHub en plan de travail unique pour déléguer, comparer, valider.
Ce positionnement était déjà annoncé à GitHub Universe 2025 : GitHub veut devenir la couche d’orchestration des agents, quel que soit le modèle derrière.
Ce que permet la preview : choisir l’agent, assigner une tâche, comparer les résultats
Concrètement, un développeur peut désormais :
- choisir Copilot, Claude, Codex (ou un agent custom) au moment de créer une tâche,
- assigner des agents à des issues et pull requests,
- évaluer les solutions proposées par chaque agent, pour arbitrer sur la qualité, la lisibilité, la robustesse.
GitHub précise aussi un point important pour l’usage réel : une session d’agent consomme une « request premium », et Claude/Codex doivent être activés explicitement dans les réglages avant utilisation.
Le détail qui change tout : la facturation « requests premium », et donc une IA rationnée
C’est le nerf de la guerre : GitHub fait de l’accès aux meilleurs agents une économie de crédits. Les « premium requests » couvrent plusieurs fonctionnalités (chat, agent mode, code review, coding agent, CLI…) avec une allocation mensuelle selon l’abonnement.
Sur la page tarifs, GitHub indique notamment : Pro, 1 500 premium requests/mois, avec option d’achat d’unités supplémentaires.
Traduction : l’intégration est « native », oui — mais elle est aussi gouvernée par un compteur, ce qui pousse les équipes à réserver Claude/Codex aux tâches à forte valeur (refactorisation risquée, PR complexe, dette technique, migration).
Ce n’est pas « GitHub adopte des rivaux », c’est « GitHub devient l’arbitre »
Le mouvement est plus stratégique qu’il n’y paraît. GitHub ne dit pas « Copilot n’est pas assez bon ». Il dit : Copilot est l’interface, et les modèles deviennent des moteurs interchangeables. L’objectif est de capter la valeur au niveau où se prennent les décisions : issues, PR, review, historique, permissions.
Et la séquence est cohérente avec le reste du marché :
- OpenAI pousse Codex comme un produit « argentique » à part entière (app dédiée),
- Apple intègre Codex et Claude dans Xcode,
- GitHub répond en les amenant au cœur de l’endroit où le code se gouverne déjà : le repo.
Dernier point, délicieusement ironique : cette ouverture arrive alors que Microsoft, maison-mère de GitHub, fait tester Claude Code en interne face à Copilot — précisément pour comparer forces et faiblesses, et ajuster son offre.
Ce qui se dessine, c’est un futur où l’on ne « choisit » plus un assistant, mais une combinaison d’agents : l’un pour explorer, l’autre pour implémenter, le troisième pour relire et sécuriser. GitHub veut que cette chorégraphie se fasse chez lui.



