Pendant des années, le vrai mur du mobile n’a pas été l’idée — ni même le code — mais l’instant où il faut « packager », signer, uploader et entrer dans les consoles. Avec App Sharing and Testing, Manus veut déplacer cette complexité : l’outil génère un build prêt à passer dans les tuyaux officiels, puis vous laisse piloter la distribution côté Google et Apple.
La nouveauté s’appelle App Sharing and Testing (souvent résumé en « App Publishing », même si Manus insiste sur la logique testing). L’idée : si vous avez créé une application dans Manus, vous pouvez désormais obtenir un package exploitable pour l’installer sur un téléphone, sans monter vous-même un environnement Xcode ou Android Studio.
Manus formalise deux chemins :
- Android : Manus « package » votre app au format AAB (Android App Bundle), le format attendu par la chaîne Google Play, puis vous passez la main à Google Play Console pour upload, tests et diffusion.
- iOS : Manus va plus loin : il guide la création côté Apple, packaging, upload vers App Store Connect, et déclenche le processus TestFlight (avec un mail d’invitation une fois le build traité).
Point important : Manus précise que ce flux ne « publie » pas automatiquement votre app en public sur les stores. Il prépare et met en place la distribution de test ; la mise en production reste un processus séparé que vous contrôlez dans vos comptes développeur.
Pourquoi Manus change le rythme du prototypage ?
Ce que Manus tente d’automatiser, c’est le segment le plus ingrat du mobile : la mécanique de livraison (formats, packaging, upload, déclenchement TestFlight). Dans son article, l’équipe vend un raccourci clair : raccourcir la boucle « build → feedback », et éviter que l’outillage devienne un prérequis à l’expérimentation.
Dit autrement : si Manus tient ses promesses de stabilité, l’app installable cesse d’être une « phase 2″ réservée aux équipes outillées. Elle redevient un outil de validation rapide, au même titre qu’un prototype web.
Les règles du jeu ne bougent pas : comptes, consoles, et contraintes Apple/Google
Il faut être clair : Manus ne « remplace » pas Apple/Google. Il accélère l’accès à leurs pipelines. En effet, l’automatisation ne supprime pas les portes d’entrée des plateformes :
- Pour iOS, il faut un Apple Developer Program (99 euros/an).
- Pour Google Play, il faut un compte développeur avec frais d’inscription de 25 euros (une seule fois).
Et surtout, Google reste maître des modalités de tests et de rollout dans Play Console, et Apple reste maître du tempo : TestFlight doit traiter le build avant installation et distribution aux testeurs.
Manus vous fait gagner du temps sur la plomberie, pas sur la gouvernance des stores.
Comment l’essayer intelligemment ?
Le meilleur test, c’est le plus petit possible :
- Montez une app « minuscule » (un flux, deux écrans, une action claire).
- Android : envoyez-la en test interne sur Play Console pour mesurer la friction réelle.
- iOS : passez par TestFlight (testeurs internes d’abord), et observez ce qui reste manuel (métadonnées, conformité, rôles, etc.).
Le critère à surveiller n’est pas la démo : c’est la répétabilité. Si le second build est aussi fluide que le premier, vous tenez un vrai levier.
Ce qu’il faut surveiller ensuite
Manus indique que la fonctionnalité est disponible pour les utilisateurs disposant de la capacité « Develop Apps ».
Cette approche peut devenir un vrai accélérateur pour prototypes (solo builders, petites équipes, MVP en itération rapide), parce qu’elle convertit une idée en objet testable sans setup lourd — ce qui est souvent l’étape qui tue les projets avant même la première version.
Mais, elle ouvre aussi des questions très concrètes :
- Qualité & maintenance : si le code est généré/assemblé par la plateforme, comment gérer les évolutions, la dette technique, les bugs « longue traîne » ?
- Conformité : Apple et Google changent régulièrement règles et exigences. Manus devra suivre le rythme pour éviter des builds rejetées « par surprise ».
- Propriété intellectuelle & dépendance : qui possède quoi, et que se passe-t-il si vous voulez migrer hors de Manus ? (c’est souvent le vrai test des plateformes no/low-code à long terme).
Manus vend un futur où « publier » devient presque une formalité. Dans la pratique, le succès dépendra de la stabilité des sorties (builds propres, reproductibles), et d’un accompagnement intelligent des contraintes stores — parce que ce sont elles, au final, qui décident si votre app existe vraiment.
Parce qu’au fond, le pari est simple : si l’output est fiable, le mobile devient une extension naturelle du prototypage IA — pas une montagne à gravir en fin de projet.



