Dans les allées bruyantes de Las Vegas, entre robots domestiques et PC dopés aux NPU, une micro-tendance a fait lever plus d’un sourcil : des figurines qui parlent, répondent et « se souviennent ».
Avec HeyMates et Buddyo, le CES 2026 a montré comment l’IA peut injecter du vivant dans des objets conçus, jusqu’ici, pour rester immobiles sur une étagère.
Le pari est simple : réconcilier la matérialité du collectible (le totem, la vitrine, l’objet qu’on garde) avec la mécanique d’engagement du numérique (conversation, réactivité, continuité). Dans un marché des objets de collection estimé à plusieurs centaines de milliards d’euros à l’échelle mondiale, l’idée de « monter en gamme » via l’interactivité a tout d’un relais de croissance.
Et, le timing n’est pas anodin : Funko — symbole de l’ère « vinyle pop-culture » — traverse une période financière compliquée, au point d’avoir signalé à ses investisseurs une incertitude significative sur sa capacité à poursuivre son activité (formulation reprise dans la presse économique).
Deux approches, un même geste : poser une figurine… et lui donner une voix
HeyMates : créer de nouvelles figurines « nées IA »

Repéré au CES, HeyMates (porté par Olli, déjà actif dans les plateformes pour jouets connectés) veut fabriquer des figurines conçues dès le départ pour l’interaction : un personnage + une base « intelligente », avec des profils conversationnels dédiés (Einstein, « Zara », « Chandler » dans les démos).
Sur le plan commercial, la marque vise un lancement Kickstarter en février 2026, avec un prix annoncé de 129 dollars pour le pack figurine + base.
Buddyo : « upgrader » une collection existante (Amiibo, Funko, POP MART…)
Buddyo choisit l’axe inverse : ne pas remplacer vos figurines, mais leur ajouter un « cerveau » via une base. Selon The Verge, le projet est mené par Yijia Zhang, ancien ingénieur Google, avec une obsession très claire : tirer plus de valeur de l’écosystème Amiibo (et de ses usages NFC).
Le concept : une AI Pod équipée micro/haut-parleur, qui reconnaît une figurine grâce au NFC et déclenche une personnalité associée — ou générée via une app. Sur son site, Buddyo évoque aussi un lancement Kickstarter au T1 2026.
La mécanique tech : la « conversation » comme nouvelle finition premium
Dans les deux cas, on retrouve la même architecture :
- Base connectée (micro, haut-parleur, signaux visuels type anneau LED/emoji)
- Identification (NFC côté Buddyo, RFID côté HeyMates)
- App + modèle conversationnel (souvent cloud, parfois avec mémoire et « persona »)
C’est important : ces produits ne vendent pas seulement un gadget, ils vendent une illusion de continuité — la sensation que l’objet vous connaît un peu, qu’il « tient » une conversation, qu’il a un ton. Et ça, c’est un changement de nature pour le collectible : on ne collectionne plus uniquement une forme, mais une présence.
Le vrai enjeu n’est pas la mignonnerie — c’est la confiance (et la licence)
Là où le CES 2026 devient intéressant, c’est que ces figurines IA touchent trois zones sensibles :
- La vie privée à portée de micro : Dès qu’un objet écoute et répond, les questions arrivent : où part la voix ? quelles données sont conservées ? comment éviter qu’un jouet-compagnon devienne une surface d’abus ? Des médias américains ont déjà commencé à interroger la sécurité et l’impact des « AI companions » vus au CES.
- Les droits et la « personnalité » des personnages : Le passage à l’échelle dépendra des licences. Parler « à un personnage » n’a rien d’anodin : voix, ton, univers, garde-fous. Sans accords solides, l’expérience risque de rester cantonnée à des avatars génériques.
- Le risque de l’effet gadget : Le collector est impitoyable : il accepte la nouveauté, mais sanctionne la superficialité. Si les réponses tournent vite en rond, l’objet redevient ce qu’il était avant — une figurine sur une étagère, plus chère.
La promesse, en creux, est pourtant forte : dans une décennie où tout devient écran, ces startups vendent l’idée inverse — un morceau de pop culture qui revient dans le monde physique, mais avec une couche de dialogue. Si elles réussissent, elles ne « modernisent » pas la figurine : elles inventent un nouveau segment entre merchandising, assistant de bureau et compagnon émotionnel.






