Apple serait sur le point de franchir une étape majeure dans sa stratégie de verticalisation. Selon Mark Gurman, la totalité des iPhone commercialisés en 2027 pourrait fonctionner avec un modem cellulaire conçu par Apple, mettant fin à la présence des puces Qualcomm dans la gamme — y compris sur le modèle Pro Max américain.
Le paradoxe est que cette annonce intervient quelques jours seulement après le renouvellement de l’accord mondial de licences entre Apple et Qualcomm. Mais il n’y a pas nécessairement de contradiction : le contrat porte sur les brevets cellulaires de Qualcomm, et non sur l’achat de ses modems.
L’iPhone 18 Pro Max américain reste le dernier bastion de Qualcomm
La transition d’Apple vers ses propres modems a déjà commencé. L’iPhone 16e avait inauguré le C1, puis l’iPhone Air avait introduit le C1X. Avec l’iPhone 18 Pro, Apple a encore franchi un cap en lançant le C2, son modem cellulaire de nouvelle génération.
Apple affirme que le C2 améliore les performances de connexion tout en consommant 15 % d’énergie de moins que le C1X. Surtout, il prend désormais en charge la 5G mmWave aux États-Unis, une technologie qui constituait jusqu’ici l’un des principaux arguments en faveur du maintien des solutions Qualcomm sur les modèles américains.
Pourtant, le passage au C2 n’est pas totalement uniforme. Le démontage préliminaire d’un iPhone 18 Pro Max réalisé par TechInsights a identifié un Snapdragon X80 de Qualcomm, accompagné d’un émetteur-récepteur radio Qualcomm et d’un module mmWave associé. L’analyse concerne un appareil identifié comme A3473 et laisse donc penser qu’au moins certaines configurations régionales du Pro Max utilisent encore la solution de Qualcomm.
C’est précisément cette situation que la prochaine génération pourrait définitivement résoudre. Selon Mark Gurman, les contraintes liées au développement du modem maison et aux engagements contractuels expliqueraient pourquoi Qualcomm reste encore présent sur certains appareils en 2026.
En 2027, Apple voudrait fermer définitivement la parenthèse Qualcomm
La prédiction de Gurman est particulièrement ambitieuse : tous les iPhone de 2027 pourraient utiliser un modem conçu par Apple. Cela signifierait que même le futur modèle Pro Max destiné au marché américain n’aurait plus besoin du Snapdragon de Qualcomm.
Le calendrier correspond en réalité à une trajectoire déjà évoquée depuis plusieurs années. Apple travaille depuis longtemps à la conception de ses propres modems et avait notamment acquis une grande partie des activités de modems pour smartphones d’Intel en 2019 afin d’accélérer ses efforts. Les difficultés techniques ont cependant repoussé à plusieurs reprises le calendrier initial.
Les générations successives C1, C1X et C2 montrent néanmoins une progression par étapes. Le C1 a commencé par équiper un modèle plus accessible, le C1X a étendu la technologie à un appareil plus ambitieux, puis le C2 s’attaque désormais aux iPhone Pro et à la connectivité mmWave américaine.
La prochaine étape logique serait donc un modem de troisième génération capable de couvrir l’intégralité de la gamme. Apple ne chercherait plus simplement à réduire sa dépendance à Qualcomm : l’objectif serait de ne plus avoir besoin de son concurrent pour le matériel cellulaire.
Apple continuera pourtant à payer Qualcomm
C’est ici que le nouveau contrat signé entre les deux entreprises devient intéressant. Qualcomm a annoncé le 24 septembre 2026 le renouvellement de son accord mondial de licences avec Apple, avec une prise d’effet au 1er avril 2027. Le communiqué officiel concerne un accord de licence sur les brevets et ne constitue pas une annonce de fourniture de modems.
La nuance est essentielle. Dans un smartphone, le modem et les brevets utilisés pour communiquer avec les réseaux mobiles sont deux choses différentes. Apple peut donc parfaitement concevoir et fabriquer son propre modem tout en continuant à exploiter certaines technologies brevetées par Qualcomm.
Cette distinction explique pourquoi la fin des puces Snapdragon dans les iPhone ne signifierait pas nécessairement la fin des relations commerciales entre les deux groupes. Apple pourrait abandonner progressivement le matériel Qualcomm tout en continuant à verser des royalties pour l’utilisation de technologies protégées.
Le nouveau contrat montre surtout que la relation entre les deux entreprises est devenue beaucoup plus complexe qu’un simple rapport entre fournisseur et client. Après plusieurs années de conflit juridique, leur accord de licence permet désormais à Apple de poursuivre sa stratégie d’indépendance matérielle sans nécessairement rompre avec l’ensemble de la propriété intellectuelle de Qualcomm.
Le C2 montre qu’Apple commence à rattraper Qualcomm
La question la plus importante reste évidemment celle des performances. Concevoir son propre modem n’a d’intérêt que si Apple parvient à proposer une solution suffisamment compétitive pour ne pas dégrader l’expérience utilisateur.
Sur ce terrain, les résultats des générations précédentes sont plutôt révélateurs. Une analyse d’Ookla basée sur les données Speedtest du quatrième trimestre 2025 avait montré que le C1X de l’iPhone Air atteignait une forme de parité avec le Snapdragon X80 sur les débits descendants et obtenait une latence meilleure dans 19 des 22 marchés étudiés. Qualcomm conservait toutefois un avantage pouvant atteindre 32 % sur les débits montants.
Cette dernière faiblesse est particulièrement intéressante. Elle montre qu’Apple ne part plus de zéro, mais qu’il reste encore des domaines dans lesquels l’expérience et l’avance technologique de Qualcomm peuvent faire la différence.
Le C2 change cependant la donne. Apple affirme qu’il offre des téléchargements plus rapides que le C1X, consomme moins d’énergie et prend désormais en charge la mmWave aux États-Unis. Cela réduit considérablement l’un des derniers obstacles techniques qui pouvaient justifier l’utilisation d’un modem Qualcomm sur les modèles les plus haut de gamme.
Un enjeu qui dépasse largement le modem 5G
Pour Apple, l’intérêt de cette transition ne se limite pas aux économies potentielles réalisées sur les composants. Contrôler son propre modem permet surtout de mieux maîtriser l’intégration entre le processeur, la connectivité, le système d’exploitation et les autres puces développées en interne.
Cette stratégie est déjà visible avec le reste de l’architecture des iPhone récents. L’iPhone 18 Pro inaugure par exemple la puce A20 Pro gravée en 2 nm et le composant réseau sans fil N1, conçu par Apple pour gérer le Wi-Fi 7, le Bluetooth 6 et Thread.
À terme, Apple pourrait donc disposer d’un ensemble beaucoup plus homogène de composants maison. Le modem pourrait être optimisé en fonction de l’architecture du SoC, des besoins énergétiques de l’appareil et des fonctions d’intelligence artificielle, plutôt que d’être intégré comme une brique provenant d’un fournisseur externe.
C’est aussi là que les ambitions d’Apple deviennent plus intéressantes. La firme ne cherche pas simplement à remplacer un Snapdragon X80 par un composant portant un logo Apple. Elle construit progressivement une chaîne technologique complète, de la puce principale au réseau sans fil, avec la possibilité d’optimiser l’ensemble au niveau matériel et logiciel.
2027 pourrait marquer la véritable indépendance cellulaire d’Apple
Le plus intéressant dans cette transition est finalement son rythme. Apple n’a pas essayé de remplacer Qualcomm du jour au lendemain : le C1, le C1X et maintenant le C2 constituent trois étapes successives vers une architecture entièrement contrôlée en interne.
Le maintien du Snapdragon X80 dans certaines configurations de l’iPhone 18 Pro Max montre toutefois que la dernière marche est encore en cours de franchissement. Et le fait que TechInsights ait retrouvé la puce de Qualcomm dans un appareil commercialisé alors qu’Apple présente parallèlement le C2 comme sa solution de nouvelle génération rappelle que la transition reste dépendante des régions et des contraintes techniques.
Si les prévisions de Mark Gurman se vérifient, 2027 serait donc beaucoup plus qu’une nouvelle génération d’iPhone. Ce serait l’année où Apple pourrait enfin contrôler l’intégralité de son architecture cellulaire, sans pour autant couper les ponts avec Qualcomm sur le terrain des brevets.
Après avoir conçu ses propres processeurs, ses GPU, ses accélérateurs IA et ses puces réseau, Apple s’apprête peut-être à retirer au dernier composant Qualcomm son rôle dans l’iPhone. La véritable bataille ne sera alors plus de savoir qui fournit le modem, mais jusqu’où Apple pourra pousser l’intégration de ses propres puces.