Xiaomi poursuit une stratégie assez inhabituelle dans l’univers Android : plutôt que d’obliger les utilisateurs à abandonner leurs appareils Apple lorsqu’ils changent de smartphone, le constructeur cherche à les faire fonctionner ensemble. Avec les Xiaomi 18 Pro, cette ouverture franchit une nouvelle étape grâce à la prise en charge de l’Apple Watch.
Selon Xiaomi, la montre d’Apple peut désormais recevoir des appels et des notifications provenant du smartphone, tandis que certaines données de santé et d’activité peuvent être synchronisées entre les deux appareils. Une extension de HyperConnect qui vient compléter plusieurs années de rapprochement avec l’iPhone, l’iPad et le Mac.
Le Xiaomi 18 Pro peut désormais communiquer avec l’Apple Watch
Lors de sa conférence automnale consacrée à ses nouveaux produits, Xiaomi a présenté plusieurs améliorations destinées aux utilisateurs qui combinent des appareils de son écosystème avec du matériel Apple.
Lu Weibing, président de Xiaomi Group et responsable de l’activité smartphones de la marque, a notamment annoncé que la série Xiaomi 18 Pro prend désormais en charge la connexion avec l’Apple Watch.
D’après Xiaomi, cette intégration permet de recevoir sur la montre des notifications provenant du smartphone ainsi que de gérer certains appels. Des informations liées à l’activité physique et à la santé peuvent également être synchronisées entre les deux appareils.
L’annonce est notable parce que l’Apple Watch reste historiquement très étroitement liée à l’iPhone. Xiaomi cherche ici à réduire l’un des principaux obstacles auxquels peut être confronté un utilisateur d’Apple souhaitant passer à un smartphone Android sans renouveler immédiatement tous ses accessoires.
Il faudra néanmoins voir précisément comment cette compatibilité fonctionne dans la pratique, quelles générations d’Apple Watch sont concernées et quelles fonctions restent dépendantes d’un iPhone. Xiaomi n’a pas détaillé dans les informations présentées l’ensemble des limitations éventuelles de cette intégration.
HyperConnect rapproche déjà les Xiaomi 18 Pro de l’iPhone
L’Apple Watch n’est que la dernière pièce d’une stratégie beaucoup plus large. Xiaomi travaille depuis plusieurs générations à rendre HyperConnect capable de communiquer avec les appareils Apple.
Avec les Xiaomi 18 Pro, il est déjà possible de transférer rapidement des photos, des vidéos et différents fichiers avec un iPhone. Xiaomi propose également des fonctions de déverrouillage entre appareils, de partage de messages et de synchronisation des albums photo dans le cloud.
L’objectif est de réduire les petites incompatibilités qui deviennent particulièrement visibles lorsqu’un utilisateur mélange plusieurs écosystèmes. Transférer quelques photos entre deux appareils peut sembler trivial, mais les solutions propriétaires d’Apple et des constructeurs Android ont longtemps rendu ces opérations moins transparentes qu’entre deux produits appartenant à la même plateforme.
Xiaomi tente donc de reproduire une partie de la continuité que l’on retrouve normalement à l’intérieur d’un écosystème unique. Le constructeur ne peut évidemment pas transformer un Xiaomi 18 Pro en iPhone, mais il peut supprimer suffisamment de frictions pour rendre la coexistence des deux plateformes beaucoup plus acceptable.
Cette approche devient particulièrement pertinente sur le segment premium. Les utilisateurs susceptibles d’acheter un flagship possèdent souvent déjà une montre connectée, une tablette ou un ordinateur relativement coûteux. Changer de smartphone ne signifie pas nécessairement vouloir remplacer tout le reste.
Une stratégie amorcée avec HyperOS 2
Cette ouverture vers Apple ne commence pas avec les Xiaomi 18. Le constructeur avait déjà posé les premières bases importantes lors du lancement des Xiaomi 15 et de HyperOS 2 en 2024. Xiaomi annonçait alors une extension de HyperConnect à l’écosystème Apple. L’application Xiaomi Connect Service permettait notamment d’établir une passerelle pour transférer des fichiers et des images entre les différentes plateformes.
HyperOS 3 a ensuite approfondi cette intégration. Avec la version 2.1.0 de Xiaomi Connect Service, les notifications d’un iPhone pouvaient être synchronisées avec certains appareils Xiaomi, tandis que l’intégration avec l’iPad gagnait un mode fenêtré via Mi Desktop.
Cette progression montre que Xiaomi ne considère plus la compatibilité Apple comme une fonction ponctuelle destinée à faciliter quelques transferts. HyperConnect devient progressivement une couche logicielle chargée de faire communiquer des appareils qui n’ont initialement pas été conçus pour fonctionner ensemble.
L’arrivée de l’Apple Watch est particulièrement symbolique dans ce contexte. Après les fichiers, les notifications et les interactions avec les ordinateurs, Xiaomi s’attaque à un appareil beaucoup plus personnel et traditionnellement dépendant de l’écosystème d’Apple.
Mac et iPad deviennent aussi des extensions du smartphone Xiaomi
HyperOS 3 a également renforcé les interactions avec macOS. Xiaomi permet d’afficher les applications d’un smartphone sous la forme de plusieurs fenêtres redimensionnables sur un Mac, avec la possibilité de passer rapidement en plein écran. La fonction Magic Launcher va plus loin en permettant d’utiliser Touch ID sur le Mac pour déverrouiller une session reproduisant l’interface du smartphone, sans avoir à saisir directement un code sur ce dernier.
Xiaomi a également développé une version destinée à l’iPad. Elle peut utiliser Face ID pour le déverrouillage et s’intégrer au système multitâche de la tablette, afin que l’environnement du smartphone puisse cohabiter plus naturellement avec les applications iPadOS.
Ces fonctions montrent une approche différente de celle consistant simplement à créer des équivalents aux produits Apple. Xiaomi veut certes développer son propre écosystème, mais cherche parallèlement à rendre ses smartphones suffisamment ouverts pour fonctionner au milieu d’un environnement matériel concurrent.
Le pari est intéressant : un utilisateur équipé d’un Mac et d’un iPad n’a plus nécessairement besoin de considérer ces appareils comme une raison absolue de conserver un iPhone.
Xiaomi cherche à réduire le coût invisible d’un changement d’écosystème
Cette stratégie répond à un problème qui dépasse largement la fiche technique d’un smartphone. Lorsqu’un utilisateur choisit entre un Xiaomi 18 Pro, un Galaxy ou un iPhone, il ne compare plus uniquement l’appareil qu’il tient dans sa main. Il doit également considérer tout ce qui l’entoure.
Une Apple Watch, un Mac, un iPad, des services cloud et plusieurs années de données créent progressivement une dépendance à l’écosystème. Même lorsqu’un smartphone concurrent devient techniquement séduisant, la perspective de perdre certaines interactions ou de devoir remplacer plusieurs appareils peut suffire à empêcher le changement.
En améliorant HyperConnect, Xiaomi tente donc de réduire ce coût invisible du passage d’une plateforme à l’autre. L’utilisateur peut conserver une partie de son équipement Apple tout en introduisant progressivement des produits Xiaomi dans son environnement.
L’Apple Watch constitue probablement l’un des tests les plus intéressants de cette philosophie. Si les fonctions annoncées sont suffisamment complètes et fiables au quotidien, un utilisateur pourrait envisager un Xiaomi 18 Pro sans avoir immédiatement l’impression de rendre sa montre inutilisable.
À l’inverse, si la compatibilité se limite à quelques notifications et à une synchronisation partielle, l’intégration restera davantage une passerelle pratique qu’une véritable alternative au fonctionnement de l’Apple Watch avec un iPhone. Les détails techniques et les limitations seront donc essentiels pour évaluer la portée réelle de l’annonce.
HyperConnect devient un argument stratégique pour Xiaomi
La bataille des smartphones premium ne se joue plus uniquement sur les appareils photo, les processeurs ou la taille des batteries. Les constructeurs doivent également convaincre les utilisateurs que leur environnement numérique peut suivre lorsqu’ils changent de marque.
Apple a construit une grande partie de la force de son écosystème sur les interactions entre ses différents appareils. Xiaomi semble prendre le problème dans l’autre sens : plutôt que d’attendre que tous ses clients possèdent exclusivement des produits Xiaomi, la marque cherche à faire de HyperOS une plateforme capable de cohabiter avec du matériel concurrent.
Cette ouverture peut devenir un argument particulièrement puissant pour attirer les utilisateurs d’iPhone. Passer à Android devient beaucoup plus simple lorsque le Mac, l’iPad ou désormais l’Apple Watch déjà achetés ne doivent pas nécessairement être abandonnés dans le processus.
Avec HyperConnect, Xiaomi ne cherche donc pas seulement à construire un écosystème fermé capable de rivaliser avec celui d’Apple. La marque tente quelque chose de potentiellement plus perturbateur : rendre le choix du smartphone progressivement indépendant de l’écosystème que l’utilisateur possède déjà.