Pour sa première keynote en tant que CEO d’Apple, John Ternus a commencé par décrire ce que serait l’appareil idéal pour l’intelligence artificielle : toujours connecté, équipé d’un écran, de caméras et de microphones, autonome et immédiatement compatible avec le reste de notre environnement numérique. Certains employés auraient alors pensé qu’Apple s’apprêtait à dévoiler son nouveau hub domestique.
Ce n’était pas le cas. Ternus parlait de l’iPhone. Derrière cette mise en scène se dessine une stratégie beaucoup plus large : Apple prépare bien de nouveaux appareils centrés sur l’IA, dont un écran connecté pour la maison, mais entend conserver l’iPhone comme le véritable centre de gravité de son écosystème.
John Ternus veut faire de l’iPhone l’appareil IA par défaut
Lors de la conférence « Surprise and Shine », John Ternus a construit son argumentaire comme s’il préparait l’annonce d’une nouvelle catégorie de produit. Connexion permanente, écran suffisamment grand, caméras et microphones performants, autonomie confortable et intégration avec les appareils déjà utilisés : toutes les caractéristiques énumérées pourraient correspondre à un nouvel assistant personnel dédié à l’intelligence artificielle.
La conclusion était volontairement plus conservatrice. Selon Ternus, cet appareil existe déjà : c’est l’iPhone. D’après Mark Gurman dans sa newsletter Power On, la présentation aurait même trompé certaines personnes au sein d’Apple, qui pensaient que le nouveau CEO s’apprêtait à révéler le hub domestique développé par l’entreprise. L’anecdote illustre à quel point Apple cherche désormais à repositionner son smartphone dans le récit de l’IA.
Ce discours accompagne l’arrivée de Siri AI avec iOS 27. Apple présente officiellement son nouvel assistant comme profondément intégré à ses systèmes, capable d’exploiter le contexte personnel, les informations affichées à l’écran et différentes actions disponibles dans les applications. Siri AI commence actuellement son déploiement en bêta en anglais.
L’iPhone ne doit donc plus être simplement l’appareil sur lequel fonctionne Siri. Dans la vision d’Apple, il devient le hub personnel intelligent autour duquel les autres appareils pourront graviter.
Le véritable nouveau produit serait pourtant déjà presque prêt
Apple travaille parallèlement sur un appareil beaucoup plus directement conçu pour l’IA domestique. Selon les informations de Mark Gurman, ce produit porte en interne le nom de code J490 et serait actuellement testé à grande échelle dans les logements d’employés. Sa commercialisation pourrait intervenir rapidement, potentiellement dès les prochaines semaines si le calendrier actuel est maintenu.
Le concept se situerait quelque part entre un écran connecté et un HomePod doté d’une interface visuelle.
Gurman décrit un écran approximativement carré pouvant être installé sur un support évoquant un HomePod mini coupé en deux ou directement fixé à un mur. L’ensemble serait comparable dans son principe à un Amazon Echo Show, mais avec un écran sensiblement plus compact.
Son interface mélangerait plusieurs éléments issus d’iOS, tvOS et watchOS. La configuration initiale passerait également par l’iPhone, renforçant une nouvelle fois la dépendance du produit envers l’écosystème mobile d’Apple. L’une de ses fonctions les plus intéressantes concernerait la caméra frontale. Celle-ci serait capable de reconnaître la personne placée devant l’appareil afin d’adapter automatiquement les informations affichées, sans reprendre le système de profondeur utilisé habituellement par Face ID.
Dans un espace partagé comme une cuisine ou un salon, cette personnalisation pourrait devenir essentielle. Un même écran pourrait présenter des calendriers, recommandations ou informations différentes selon le membre du foyer qui le consulte.
Siri AI était la pièce qui manquait au projet
Le matériel lui-même ne serait pas récent. Apple aurait envisagé de présenter son hub domestique dès 2024, avant de reporter le projet parce que la génération précédente de Siri n’était pas suffisamment avancée pour porter l’expérience. Le développement matériel aurait ainsi pris de l’avance sur le logiciel.
Le lancement d’iOS 27 et de la nouvelle génération d’Apple Intelligence change désormais la situation. Apple confirme que Siri AI peut exploiter les messages, e-mails, photos et autres informations personnelles, comprendre le contenu affiché à l’écran et effectuer davantage d’actions dans les applications. L’assistant s’appuie également sur un orchestrateur système capable d’exploiter certaines ressources locales comme l’index Spotlight et les outils applicatifs.
Ces capacités correspondent beaucoup mieux aux besoins d’un appareil domestique sans clavier ni interface logicielle traditionnelle. Un écran connecté devient nettement plus pertinent lorsque l’utilisateur peut lui demander naturellement de retrouver une information, préparer une tâche ou exploiter le contexte de plusieurs applications.
C’est probablement pourquoi le retard de Siri avait autant d’importance pour le J490 : sans assistant suffisamment compétent, Apple aurait essentiellement lancé un nouvel écran connecté dans une catégorie déjà occupée depuis des années.
Avec Siri AI, l’entreprise peut tenter de raconter une histoire différente, celle d’un ordinateur domestique principalement piloté par l’intelligence artificielle.
L’iPhone restera pourtant indispensable aux futurs appareils Apple
Cette stratégie ne s’arrêterait pas au hub domestique. Les futurs produits actuellement évoqués autour de l’écosystème Apple, notamment les lunettes intelligentes attendues à plus long terme et des AirPods équipés de caméras, resteraient largement dépendants de l’iPhone pour fonctionner.
Cette architecture permet à Apple de répartir les rôles. Les lunettes ou les écouteurs peuvent devenir les yeux et les oreilles de l’assistant, tandis que l’iPhone conserve la connectivité, la puissance de calcul, les données personnelles et une batterie beaucoup plus importante. Le smartphone peut également servir de passerelle vers les traitements distants lorsque les modèles locaux ne suffisent pas.
Dans cette configuration, Apple peut progressivement réduire le nombre de fois où l’utilisateur doit sortir son téléphone sans pour autant réduire l’importance du téléphone lui-même. C’est probablement l’un des aspects les plus stratégiques du discours de Ternus. L’iPhone peut perdre une partie de son rôle d’interface tout en renforçant son rôle d’infrastructure.
Les futurs accessoires deviennent alors des extensions sensorielles et contextuelles d’un ordinateur personnel qui reste dans la poche.
Le problème européen pourrait compliquer le lancement du hub
Une inconnue importante subsiste cependant : l’Europe. Lors de la WWDC 2026, Apple avait annoncé que Siri AI ne serait pas disponible initialement dans l’Union européenne sur iPhone, iPad et Apple Watch. Le Mac et l’Apple Vision Pro bénéficient d’un traitement différent. La situation reste particulièrement importante pour un éventuel hub domestique dont l’intérêt dépendrait directement du nouvel assistant.
Apple a depuis confirmé que Siri AI commencerait son déploiement en français en octobre, mais uniquement sur Mac et Apple Vision Pro dans les informations actuellement communiquées pour l’Union européenne. La nouvelle génération d’Apple Intelligence, elle, est déjà disponible sur les appareils compatibles.
La prise en charge d’une langue et la disponibilité d’un service dans une région sont deux questions différentes. Apple pourrait donc se retrouver avec un appareil matériel prêt à être commercialisé, mais dont la fonction centrale ne serait pas immédiatement exploitable de la même manière sur tous ses marchés.
Le problème serait particulièrement visible pour le J490. Un iPhone reste un produit extrêmement complet même sans Siri AI. Un écran domestique conçu autour d’un assistant intelligent perdrait beaucoup plus de sa raison d’être si cet assistant n’était pas disponible.
Apple ne cherche pas encore l’après-iPhone, mais l’iPhone invisible
Le discours de John Ternus prend finalement davantage de sens lorsqu’on le rapproche de tous ces projets. Apple ne nie pas l’émergence de nouvelles interfaces pour l’intelligence artificielle. Au contraire, l’entreprise prépare des écrans domestiques, explore les lunettes connectées et réfléchit à des écouteurs capables de percevoir davantage leur environnement. Mais elle ne semble pas vouloir que ces appareils remplacent rapidement l’iPhone.
La stratégie consiste plutôt à placer le smartphone derrière eux. L’utilisateur pourrait parler à ses AirPods, regarder à travers ses lunettes ou interagir avec un écran dans sa cuisine, tandis que l’iPhone continuerait à fournir en arrière-plan identité, contexte personnel, connectivité et puissance de calcul.
Le J490 sera particulièrement intéressant à observer pour cette raison. Il représentera l’un des premiers tests de la capacité d’Apple à construire une expérience informatique où Siri n’est plus une fonction supplémentaire, mais l’interface principale du produit.
Le paradoxe de la stratégie Apple apparaît alors clairement : l’entreprise prépare un monde dans lequel nous aurons peut-être moins besoin de regarder notre iPhone, tout en faisant tout pour que nous ayons encore besoin de l’avoir avec nous.